Reportage France

Avec les restrictions bancaires, les étudiants libanais à l'étranger en difficulté

Audio 02:30
Les étudiants libanais qui vivent à l'étranger subissent de plein fouet la crise économique qui touche leur pays. Pour eux, impossible notamment de recevoir de l'argent de leurs proches. Les banques libanaises bloquent la plupart des opérations financières, et la livre libanaise perd chaque jour un peu plus de sa valeur.
Les étudiants libanais qui vivent à l'étranger subissent de plein fouet la crise économique qui touche leur pays. Pour eux, impossible notamment de recevoir de l'argent de leurs proches. Les banques libanaises bloquent la plupart des opérations financières, et la livre libanaise perd chaque jour un peu plus de sa valeur. © Getty Images/aristotoo

L’association des banques du Liban a indiqué la semaine dernière que 240 millions de dollars ont été transférés au cours de la période 2019-2021 en faveur de 30 000 étudiants libanais basés à l’étranger. Mais dans les faits, nombreux sont ceux à avoir du mal à s’en sortir.

Publicité

Cité universitaire internationale. Dans sa petite chambre à la Maison du Liban, Charbel Hakim a tout ce qu’il faut. Mais pour cet étudiant venu faire sa thèse en France, la situation s’est dégradée ces derniers mois : « Le dollar était normalement à 1 500 livres libanaises. Maintenant, le dollar, si je ne me trompe pas parce que tous les jours cela évolue, vaut dans les 13 000 à 15 000 livres libanaises », explique-t-il.

Avec les restrictions bancaires, Charbel ne reçoit plus d’argent de ses parents. Son père, pourtant ancien banquier, n’arrive pas à débloquer la situation. « Ils disent qu’il faut avoir le certificat de scolarité, tous les papiers. J’ai bien tous les papiers, je les donne à mon père. Il va à la banque  et on lui dit “on va voir, on va faire un virement”. Il se passe 3 mois, 4 mois, 5 mois, il n’y a pas de virement... », déplore l’étudiant.

► À écouter aussi : Précarité des étudiants: les initiatives se multiplient pour les aider

« Je me suis obligé à travailler 5 jours parfois 6 jours par semaine »

Si Charbel peut compter sur ses économies, ce n’est pas le cas de Samir Torbay, 25 ans. Il vient de finir son Master 2 à l’école des métiers de la culture. Il alterne entre son stage à distance, et un emploi d’électricien à temps partiel : « Je n’ai aucune expérience dans ce métier avant. C’est pour gagner un peu plus d’argent, car du coup, j’ai beaucoup de dépenses », raconte Samir

Parmi elles, son école, à qui il doit 5 000 euros. Alors Samir travaille, quitte à dépasser le minimum légal pour un emploi étudiant. « Je me suis obligé à travailler 5 jours, parfois 6 jours par semaine. À côté de ça, j’ai mon stage. Mon temps est toujours plein. Je n’ai pas le temps pour m’amuser, penser à d’autres choses », dit Samir.

► À lire aussi : Jusqu’où le Liban va-t-il s’enfoncer dans la crise?

Une loi votée, mais non appliquée

En octobre 2020, le gouvernement libanais votait une loi censée garantir les transferts d’argent pour les étudiants à l’étranger. Dans les faits, elle n’est pas appliquée. Et elle ne concerne pas ceux qui ont fait le choix de partir récemment. Comme Sara Alachram, arrivée il y a 7 mois en France.

« Ils n’ont pas inclus les gens qui sont venus récemment, car dans leur logique, ils ont dit que “vous connaissez la situation économique, vous n’avez pas à faire ce choix-là, même si c’est votre argent », raconte Sara. Pendant des années, ses parents mettent de côté pour lui permettre de partir. Aujourd’hui, 50 000 dollars sont à la banque, sans pouvoir être touchés. « Si on veut le prendre, on doit le convertir. Mais on perd beaucoup d’argent à la conversion », regrette-t-elle.

« C’est tellement difficile »

Alors l’étudiante enchaîne les petits boulots, du baby-sitting par-ci par-là. Pas suffisant pour subvenir à ses besoins. Les larmes aux yeux, elle craque. « Tu ne peux même pas demander à tes parents de t’aider. Ils ne peuvent pas tellement c’est difficile. Il y a des fois où je ne dors pas pour travailler ou étudier. »

► À lire aussi : Crise au Liban: de plus en plus d'habitants ont désormais du mal à se nourrir

Face à cette situation, ces trois jeunes libanais partagent le même avis : il vaut mieux rester en France, car il n’y a pas d’avenir au Liban.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail