Reportage France

Les ex-enfants placés en famille d'accueil, devenus majeurs, en quête de soutien

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Dès 18 ans, les anciens enfants placés en famille d'accueil ne bénéficient plus d'aide de l'ASE. Une situation que déplorent certaines associations. (image d'illustration)
Dès 18 ans, les anciens enfants placés en famille d'accueil ne bénéficient plus d'aide de l'ASE. Une situation que déplorent certaines associations. (image d'illustration) © Getty Images/Mladen Zivkovic

Les assises nationales de la protection de l'enfance se déroulent ce jeudi 24 juin à Nantes, l'occasion pour les professionnels et bénévoles de réfléchir sur les moyens d'améliorer les conditions de vie des enfants placés en foyer ou en famille d'accueil. Un projet de loi dans ce sens a d’ailleurs été présenté en conseil des ministres le 16 juin dernier et passera pour étude à l’Assemblée nationale le mois prochain. Mais les associations déplorent le fait qu’il n’y ait rien de prévu pour soutenir les anciens enfants placés.

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En France, plus de 350 000 enfants sont pris en charge par l’ASE, l’Aide sociale à l’enfance, et la moitié d’entre eux sont placés dans des foyers ou familles d’accueil. 

C’était le cas de Cheikh Traoré un jeune franco-ivoirien. Il a été placé à l’âge de 8 ans, suite à des violences subies chez son oncle. « Moi j’ai été placé d’abord au foyer d’urgence très rapidement. Par la suite j’ai eu une famille d’accueil où j’ai été placé jusqu’à l’âge de 16 ans », dit Cheikh. « C’est vrai que malheureusement, j’en connais qui sont passés de famille en famille, donc ça crée une instabilité. Moi je n’ai pas eu ce problème ; pour le placement familial, ce n’est pas le parcours le plus difficile », relativise-t-il.

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18 ans, l’âge redouté

En effet, les difficultés pour Cheikh Traoré ont commencé à l’âge de 16 ans quand il a été placé en semi-autonomie dans un foyer. Le jeune garçon a ensuite vécu seul dans un studio en région parisienne et, dès qu’il a eu 18 ans, plus aucune protection ni accompagnement. 

« Les jeunes de l’ASE ne fêtent pas leurs 18 ans malheureusement, parce que c’est le moment où on a le plus peur en fait. Parce qu’à 18 ans, on a tous les signaux qui sont au rouge. Sauf que moi je voulais faire de longues études. J’étais en prépa et j’avais juste besoin de deux petites années le temps de finir ma classe prépa. Mais malheureusement je n’ai pas eu cette occasion et j’ai dû me prendre en charge moi-même. »

Ne pas lâcher malgré les difficultés

Contrairement à Cheikh Traoré, Anthony Hurfin, lui, était pressé de sortir du dispositif après être passé par une vingtaine de familles d’accueil depuis sa naissance. « Ce qui a été le plus compliqué à mes 18 ans, ça a été d’avoir un contrat jeune majeur lorsque je n’avais plus besoin d’eux. Ils n’ont rien fait d’extraordinaire pour moi quand j’étais plus jeune à l’ASE. J’avais déjà envie de partir parce que lorsque l’on choisit pour moi, c’est ce que je n’aime pas, et c’est ce qu’ils faisaient d’ailleurs... »

Malgré les difficultés, ces anciens de l’ASE n’ont pas baissé les bras. Cheikh prépare actuellement un deuxième master en finance internationale et Anthony a un travail dans lequel il s’épanouit.

Aider au « cheminement vers l’âge adulte »

Repairs! 44 fait partie d’un réseau d’associations qui vient en aide aux anciens enfants placés. Pour Alissa Denissova, coordinatrice, « c’est très déstabilisant pour ces jeunes-là de se retrouver du jour au lendemain seuls et sans soutien ».

Pour parer à cela, elle explique qu’« en Loire-Atlantique, depuis peu, on a voté – et nous n’étions pas obligés de le faire, c’était une volonté du département –, de pouvoir faire en sorte que les contrats jeunes majeurs aillent jusqu’à 25 ans et que les jeunes puissent être accompagnés, s’ils en ont besoin et surtout envie, par un éducateur qui continue ce cheminement vers l’âge adulte. »

Les bénévoles des associations Repairs, en majorité des anciens de l’ASE, espèrent que la future loi visant à améliorer le sort des enfants placés prenne en compte les besoins des jeunes majeurs de l’Aide sociale à l’enfance.

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