Reportage international

Chine: envolée du prix des containers et crise de nerfs pour les expatriés qui déménagent

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Des conteneurs et des camions dans le port en eau profonde de Yangshan à Shanghai, en Chine, le 19 octobre 2020.
Des conteneurs et des camions dans le port en eau profonde de Yangshan à Shanghai, en Chine, le 19 octobre 2020. REUTERS - ALY SONG

L’envolée des coûts du transport maritime a des conséquences très concrètes pour les expatriés en Chine. La pénurie de containers a multiplié par deux le prix des déménagements internationaux. 

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De notre correspondant à Pékin,

Des jambes et des mains derrière de grands cartons qui avalent les marches jusqu’au troisième étage. La scène est presque ordinaire en ce mois de juin dans les résidences où vivent les « laowai », les étrangers de Pékin. C'est la saison des grandes migrations pour les expatriés, mais depuis la crise sanitaire, parfois les meubles partent seuls sans leurs propriétaires.

Antoine Richard est venu donner un coup de main à un voisin qui n’a pas pu revenir en Chine : « Là on vient déménager l’appartement d’un de mes amis qui est bloqué en France depuis 14 mois, donc on va emporter sa maison telle qu’il l’a laissée il y a 14 mois en partant à cause du Covid pour 10-15 jours. Donc en fait, c’est en l’état brut. »

La suspension des visas, les tarifs aériens ont empêché le retour des familles à Pékin. Le prix des containers a retardé le retour de leurs effets personnels. « On en est à des niveaux qu’on n'a jamais vu dans les 15-20 dernières années. Sur les containers larges de 40 pieds, sur une semaine ça a augmenté de 2 500 dollars pour les trajets à destination de l’Europe depuis la Chine, explique Romain Damiani, manager de déménagement en Chine. Comme les containers ne reviennent pas en Chine, c’est la loi de l’offre et la demande, il n’y a pas assez de containers pour subvenir aux besoins du marché. À partir de là, les prix s’envolent. Initialement le bateau, c’est le plus petit poste de dépense sur un déménagement international, ça représente 20% du budget. A l’heure actuelle c’est devenu le plus important. On a vraiment un facteur de 1 par 5 qui se traduit par un doublement du prix. »

Apocalypse zombie en Chine

Le verbe partir au futur sur un tableau à la craie dans la chambre des enfants, des bassines, des feuilles de plastique sur la bibliothèque. « C’est tout le problème quand tu n'es pas là pendant 14 mois, il y a eu des dégâts des eaux, et donc en fait tu te retrouves à gérer en urgence des endroits que tu connais parce que tu es venu une fois dîner, mais en fait avec une vie qui s’est arrêtée. C’est un peu l’apocalypse zombie, mais en Chine. Donc j’ai essayé de faire le tri », confie Antoine Richard, venu aider son voisin.

« Tout le monde met à vendre ses objets, parce qu’on ne peut pas se permettre de payer le déménagement, notre lit, notre canapé, donc on revend tout, constate Marianne Daquet créatrice d’un groupe sur l’appli WeChat « À vendre ou à laisser ». Elle aussi est sur le départ. On revend même des choses qu’on aimait a prix cassé, parce qu’en fait comme il y a beaucoup de gens qui partent... » « Ça marche très bien. Toute la journée, il y a des choses à acheter, à vendre, et de tout. »

Des meubles attachés à l’histoire des foyers expatriés, mais aussi des livres, des vêtements ou des purificateurs d’air qui n’auront plus d’utilité en Europe. Dans le monde d’après du transport maritime, les déménagements risquent d’être plus légers.

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