Mohammed el Kurd, l'enfant du quartier Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est

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Panneau trilingue à l'entrée du quartier Cheikh Jarrah à Jérusalem Est.
Panneau trilingue à l'entrée du quartier Cheikh Jarrah à Jérusalem Est. © Tamar Hayardeni/Wikimedia.org

Notre série d’été « Vis ma vie d’étudiant » part à la rencontre de Mohamed el Kurd, jeune étudiant palestinien, originaire de l’emblématique quartier de Sheikh Jarrah à Jerusalem-Est. Lui, sa famille et leurs voisins, risquent l’expulsion de leurs maisons au profit de colons israéliens. Depuis son enfance, le jeune homme documente sa vie sous l’occupation, les violences des colons, la répression des forces israéliennes dans cette partie de la ville annexée en 1967 par l’État hébreu. Un reportage de notre envoyé spécial permanent, Sami Boukhelifa.

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Malgré lui, Mohamed El Kurd est devenu le porte-voix du quartier de Sheikh Jarrah. Ce jour-là, il enchaîne les interviews avec les médias internationaux. À 23 ans, le jeune homme est en dernière année de Master en Littérature au Brooklyn Collège.

« Je suis rentré de New York au mois d’avril dernier. J’ai quitté l’université en plein milieu du semestre. Je n’avais pas le choix, il fallait absolument que je rentre pour soutenir ma famille. Je suis l’une des rares personnes du quartier à parler anglais, et à accepter d’être médiatisé ».

Depuis près de cinquante ans, le quartier de Sheikh Jarrah est au cœur d’une bataille judiciaire. Elle oppose les riverains palestiniens à Nahalat Shimon International. Petit à petit, cette organisation de colons, qui revendique la propriété du terrain, met la main sur les habitations palestiniennes.

« En 2009, cette organisation de colons sionistes s’est emparée d’une partie de notre maison. Évidemment, cela s’est fait avec l’aide des forces d’occupation israéliennes. Aujourd’hui, un colon juif américain vit chez nous. La propagande gouvernementale israélienne tente de faire croire qu’il s’agit d’un simple conflit immobilier entre un locataire et un propriétaire. Mais lorsque vous avez des députés religieux israéliens, qui viennent ici, chez nous, juste pour nous provoquer, vous comprenez qu’il ne s’agit pas d’un simple litige immobilier. C’est une politique de déplacement forcé des Palestiniens. Lorsqu’on dit : nous vivons sous un régime fasciste, ce ne sont pas des paroles en l’air. Le gouvernement israélien œuvre méthodiquement à nous frapper, nous insulter et nous réprimer. »

Grenades assourdissantes, police montée, canon à eaux usées, Sheikh Jarrah est assiégé par la police israélienne. Régulièrement, les rassemblements des Palestiniens solidaires, venus soutenir les habitants du quartier, sont dispersés par la force.

« Je suis étudiant, mais je donne également des conférences sur les violences policières à des étudiants en première année de mon université aux États-Unis. Ces dernières semaines, je dispensais mes cours via l’application Zoom. Et il arrivait parfois, qu’en plein milieu de mes conférences, mes étudiants à New York entendent les déflagrations ici à Sheikh Jarrah. Parfois, je devais même interrompre le cours parce que l’air devenait irrespirable, à cause des gaz lacrymogènes. Mes étudiants ont bien compris ce qu’il se passait ici ».

Mohamed el Kurd, qui a grandi à Sheikh Jarrah, secteur palestinien de Jérusalem-Est, voit son quartier changer de visage. Les rues portent toujours les noms des compagnons du prophète de l’Islam, mais autour de chez lui, les colons, parfois armés, sont toujours plus nombreux à s’installer.

Etudier ou participer à la lutte: le dilemme de l'étudiant

« Les colons bénéficient d’une impunité totale. Ils sont à l’image du gouvernement israélien qui commet des crimes à l’encontre des Palestiniens, sans être inquiété. Ces gens font ce qu’ils veulent, et ils n’ont de compte à rendre à personne. Ces criminels sont un pur produit de l’entité sioniste. Ici, un colon, et je dis bien un colon pas un soldat, pourrait décider de me tuer, et il n’y aura aucune conséquence. C’est déjà arrivé qu’un colon tue un Palestinien, sans aucune conséquence judiciaire. »

Être un étudiant palestinien, c’est aussi ça pour Mohamed el Kurd : faire face à un dilemme permanent. Lutter contre l’occupation, ou tenter de poursuivre ses objectifs, et quitter Jérusalem.

« Dans l’idéal j’aimerais repartir à New York, mais je ne veux pas abandonner mes proches ici, donc je n’ai pas encore pris ma décision. À cause de cette situation je suis complètement dans le flou, ils m’ont volé mes ambitions, mon espoir et mon avenir. Je n’arrive même plus à me concentrer sur mes études et à penser à mon diplôme. Mais malgré tout cela en tant que Palestinien je fais partie d’un peuple qui ne renonce jamais ».

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