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Les dessous de l'infox, la chronique

Pakistan, les infox tuent: désinformation et résurgence de la polio

Audio 04:18
Campagne de vaccination contre la polio au Pakistan.
Campagne de vaccination contre la polio au Pakistan. Reuters/Fayaz Aziz
Par : Sophie Malibeaux

La campagne d’éradication de la polio au Pakistan se heurte à la désinformation sur les réseaux sociaux. Les infox continuent de circuler à propos des vaccins. Sur le terrain, les vaccinateurs sont directement visés. Ils le payent de leur vie.

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Ce mercredi 29 janvier 2020, dans le nord-ouest du Pakistan, deux hommes à moto ont tiré sur deux femmes venues administrer le vaccin anti-polio à des enfants d’un village de la province du Khyber Pakhtunkhwa. L’une d’elles est morte sur place, l’autre grièvement blessée. Ce sont les faits relatés par le directeur de la santé publique du district à l’AFP et confirmés par la police.

Les deux hommes ont fui et l’attaque n’a pas été revendiquée, on ne sait donc pas pour le moment qui est à l’origine de cet attentat. Mais il y a eu de nombreux précédents. A chaque fois, les autorités pointent du doigt les campagnes de désinformation qui se répandent sur les réseaux sociaux et qui ont un effet dévastateur sur le personnel en charge de la vaccination et sur les enfants qui se trouvent ainsi privés de vaccin et vulnérables face à la maladie.

Le Pakistan demeure l’un des trois seuls pays au monde où la polio continue de faire des victimes. De grands progrès ont été réalisés jusqu’en 2017, où l’on ne dénombrait plus que 8 morts, mais depuis la tendance s’est inversée, la polio a fait 136 morts en 2019.

Pourtant, les autorités sanitaires ne ménagent pas leurs efforts : on peut citer la page Facebook « Pakistan Polio eradication initiative », qui vise à sensibiliser le public à l’importance de la vaccination. A la mi-janvier, les responsables en charge de la santé au Pakistan ont pris contact avec Facebook pour lutter de concert contre les campagnes de dénigrement de la vaccination.

Mais cela n’empêche pas les contenus anti-vaccins de continuer à se propager sur internet, avec des rumeurs émanant de milieux religieux ultra-conservateurs affirmant que les vaccins contiennent des ingrédients interdits par l’islam, comme du porc, ou encore que certains de leurs composants seraient cause d’infertilité. Des affirmations fausses et qui se répandent d’ailleurs sans qu’aucun début de preuve ne soit apporté, simplement du fait de l’emprise des religieux en question sur les populations.

D’autres pays font les frais de ces campagnes de désinformation anti-vaccin, concernant d’ailleurs d’autres maladies que la polio, on peut mentionner la rougeole et les oreillons dont le nombre de patients est reparti à la hausse en Europe même, du fait du refus de vaccination. Mais ce qui est symptomatique au Pakistan, c’est que les succès engrangés dans la lutte contre la maladie sont contrecarrés par des actions violentes directes contre le personnel en charge de la vaccination, comme on l’a vu cette semaine dans le nord-ouest du pays.

Le boomerang de la désinformation

Comment expliquer la persistance des croyances dans la nocivité des vaccins ?

On peut avancer une hypothèse. Il faut pour cela remonter à l’année 2011 et à la traque d’Oussama ben Laden par les services de renseignements américains.

La CIA avait orchestré une fausse campagne de vaccination à Abbottabad dans le but de recueillir des renseignements sur Oussama ben Laden. L’agence américaine avait même recruté un médecin pakistanais, Shakil Afridi, pour donner de la vraisemblance à cette opération.

Résultat : près d’une décennie s’est écoulée, et la population fait aujourd’hui les frais de cette manipulation, car les efforts produits par d’authentiques vaccinateurs sont maintenant dénoncés à tort par les adversaires des États-Unis et du vaccin. Les agents en charge de la vaccination sont clairement désignés comme des agents de l’étranger, des cibles à abattre.

Dans ce contexte, le fait que les autorités pakistanaises soient maintenant obligées de traiter avec Facebook – une société américaine – pour lutter contre les contenus anti-vaccins, n’est pas d’un grand secours.

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