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Comment les failles du système de santé américain renforcent le coronavirus

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Les États-Unis espèrent pouvoir mettre rapidement au point un vaccin contre le coronavirus. Mais plusieurs autres laboratoires, notamment européens, sont dans la course.
Les États-Unis espèrent pouvoir mettre rapidement au point un vaccin contre le coronavirus. Mais plusieurs autres laboratoires, notamment européens, sont dans la course. REUTERS/Brian Snyder

Malgré des dépenses de santé record, les États-Unis semblent manquer de tout pour faire face à la pandémie. Le coronavirus révèle les grandes failles du système de santé américain.

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La première puissance mondiale, le pays le plus riche au monde en termes de produit intérieur brut, est aussi le pays industrialisé qui dépense le plus pour la santé. Public et privé confondu, ces dépenses représentent 17 % de son PIB. Alors que la moyenne des dépenses sanitaires tourne autour de 10 % du PIB en Europe. Et pourtant, ici comme ailleurs, tout manque pour faire face au Covid-19 : les tests, les masques, les respirateurs, ou encore le personnel soignant. Et tout coûte trop cher : il a fallu un décret pour rendre le test de dépistage gratuit, qui depuis, est en rupture de stock. Un autre décret présidentiel pour qu’un congé maladie soit accordé à tous les Covid-19 déclarés. Bizarrement, cette débauche de dépense de santé ne profite pas à tous les Américains. Environ 30 millions d’entre eux, 10% de la population, n'ont pas de couverture santé.

Car il n'y a pas de couverture santé universelle aux États-Unis, un cas unique parmi les pays développés

Et pour ceux qui vont quand même à l'hôpital en cas de suspicion de coronavirus, la note est astronomique. 35 000 dollars ont été facturées à une jeune femme non assurée pour trois passages aux urgences et un test qui s’est révélé positif ! L'Obamacare a sorti des dizaines de millions d'Américains de cette insécurité sanitaire. Quant aux Américains disposant d'une assurance privée proposée par leur entreprise, ils réfléchissent à deux fois avant d’aller se faire soigner. D’abord à cause de la franchise assez élevée appliquée par la plupart des contrats. Ensuite à cause des mauvaises surprises des factures : si l’établissement, le praticien, ou le soin nécessaire n’est pas mentionné dans le contrat, la note devient très vite astronomique, elle peut du jour au lendemain faire basculer des ménages dans la grande pauvreté. Enfin, un quart des salariés américains n’ont pas droit aux arrêts maladie. Un sur deux dans le secteur de l’hôtellerie ou de la restauration. Toutes ces failles rendent les Américains les plus pauvres encore plus vulnérables à la contamination.

Si autant d'Américains ne bénéficient pas d'une bonne couverture santé, où va l'argent dépensé ?

Comme partout dans le monde, les dépenses liées au vieillissement de la population ont contribué à la hausse globale des dépenses. C'est un facteur parmi d'autres mais pas suffisant pour expliquer la hausse exponentielle des dépenses. Leur poids relatif au PIB a quasiment quadruplé depuis les années 1980. Les causes sont plutôt à rechercher du côté de l'organisation du marché de la santé. Avec des rentes qui profitent plus à ceux qui prodiguent ce service qu'à ceux qui le reçoivent. Le filet de médecin généraliste, ceux qui sont en première ligne dans une pandémie est très faible. Il y a seulement 3 médecins pour 10 000 habitants aux États-Unis contre 9 pour 10 000 en France. C'est plus lucratif de devenir un spécialiste et de faire payer une fortune un acte ou un soin qu'un patient accepte, faute d'avoir le temps de comparer. Avec la concentration de l'industrie pharmaceutique, les grands labos sont devenus les faiseurs de prix pour les médicaments. Là aussi la facture est très lourde, sans commune mesure avec les prix pratiqués en Europe. Excédés par tous ces dysfonctionnements les Américains attendent des vraies réformes. Joe Biden le candidat démocrate potentiel à la présidentielle plaide pour une refonte totale du système. Mais avec l'explosion de la pandémie ce débat est pour le moment totalement éclipsé.

EN BREF

Aux États-Unis toujours, la chute des cours du brut a provoqué un premier dépôt de bilan dans l'industrie du pétrole de schiste. Cela pourrait être le début d'une longue liste de faillite. D'après un analyste pétrolier, seule la compagnie Chevron est en mesure de survivre à un baril en-dessous de 20 dollars. Demain, vendredi, Donald Trump reçoit tous les barons de l'industrie pétrolière.

Le FMI prépare une aide d'urgence de 220 millions de dollars pour le Sénégal. De quoi faire face à la crise provoquée par le coronavirus. Le conseil d'administration du fonds devrait valider cette décision à la mi-avril.

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