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Invité Afrique

Covid-19: l’ONG Alima note des difficultés matérielles et défauts de solidarité en Afrique

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#OXYGENFORAFRICA, de l’oxygène pour l'Afrique. C'est le nom de la campagne que lance l'ONG Alima.
#OXYGENFORAFRICA, de l’oxygène pour l'Afrique. C'est le nom de la campagne que lance l'ONG Alima. oxygenforafrica.alima-ngo.org

#OXYGENFORAFRICA, de l’oxygène pour l'Afrique. C'est le nom de la campagne que lance l'ONG Alima, sur les réseaux sociaux. Cette ONG médicale humanitaire qui s'est illustrée notamment contre le virus Ebola en Guinée et en RDC, travaille dans 12 pays d’Afrique de l’Ouest et centrale en appui aux ministères de la Santé dans la prise en charge de malades du Covid-19... et doit faire face à de nombreuses difficultés, sur le terrain. Explications d'Augustin Augier, directeur général d'Alima.

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Augustin Augier, ONG Alima. Campagne #OXYGENFORAFRICA

Augustin Augier est le directeur général de l'ONG Alima.
Augustin Augier est le directeur général de l'ONG Alima. alima-ngo.org

RFI : « OXYGENFORAFRICA, de l’oxygène pour l’Afrique ». Pourquoi cette campagne aujourd’hui ?

Augustin Augier : Cette campagne, parce qu’on sait que la meilleure façon pour les patients du Covid-19 qui sont dans un état grave, qui ont besoin d’être hospitalisés, de survivre, de ne pas décéder de cette maladie, c’est d’avoir accès à ce que l’on appelle de l’oxygénothérapie, donc de leur donner de l’oxygène. Or, on sait qu’aujourd’hui beaucoup de pays africains sont très peu, voire quasiment pas, équipés d’appareils permettant cette assistance respiratoire pour les patients graves.

Le risque, c’est qu’il y ait un taux de mortalité beaucoup plus élevé ?

On peut craindre que là où il y a des systèmes de santé fragiles, il n’y ait pas la capacité d’hospitaliser tous les patients sévères, comme on a pu le faire dans le reste du monde. Donc il va falloir multiplier ces capacités hospitalières avec des médecins, des infirmiers, des médicaments et de l’oxygénothérapie.

Et combien vous faut-il pour réussir cette opération ?

En fonction de ce que va être la courbe épidémique, ce que l’on peut imaginer, c’est qu’il faudra multiplier entre cinq à vingt le nombre de lits disponibles. Donc à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest et centrale, par exemple, cela représente plusieurs milliers de lits d’hospitalisation qui devront être développés dans les semaines qui viennent.

Le manque de respirateurs n’est pas le seul problème que vous rencontrez. Quelles sont les autres difficultés auxquelles vous devez faire face sur le terrain ?

On doit faire face à un grand nombre de difficultés. Quand il y avait une épidémie comme Ebola, sur laquelle Alima est beaucoup intervenue en appui du ministère de la Santé, il y avait un élan de solidarité internationale : solidarité de financement, solidarité de ressources humaines… Aujourd’hui, cette solidarité n’est pas possible, parce que les autres pays sont tous préoccupés à lutter eux-mêmes contre la maladie. Et puis, il y avait aussi une solidarité de matériel. On envoyait du matériel du monde entier pour aider les pays les plus touchés. Or, de la même façon, aujourd’hui, chaque pays achète le matériel pour lui, parce qu’il en a besoin, le plus offrant gagne. Il n’y a pas une bonne solidarité pour que ce soit équitablement réparti en fonction de la réalité des besoins. Donc du coup, tout est plus difficile. Et c’est encore plus difficile, parce qu’au-delà de ce manque de solidarité, il y a une difficulté à acheminer le matériel sur le terrain, puisqu’il n’y a plus d’aviation commerciale dans le monde entier, et du coup, pour envoyer du matériel on est dépendants d’avions cargos -il y en a peu- et le matériel arrive trop tardivement.

Et pour le personnel ?

Là aussi, la plupart des pays sont ouverts, si jamais il y a des procédures qui permettent de s’assurer que le personnel médical qu’on envoie ne va pas venir contaminer. Donc on va les mettre en quatorzaine, on va les tester avant qu’ils sortent et après ils pourront venir aider leurs collègues. Et le problème c’est arriver à les acheminer, de trouver des avions qui aujourd’hui n’existent pas.

Et dans les pays où vous intervenez aujourd’hui, quels sont les pays pour lesquels vous êtes le plus inquiet ?

Nous sommes inquiets potentiellement pour tous nos pays d’intervention. Après, il y en a qui ont des systèmes de santé plus ou moins fragiles, les pays notamment, par exemple, qui sont en conflit ou les pays vraiment les plus pauvres. Evidemment, c’est toujours la même chose, les épidémies touchent les plus vulnérables, les pays les plus fragiles. C’est là que nous sommes le plus inquiets.

Et en RDC, où vous avez travaillé sur Ebola, est-ce que les interventions pour la prévention et le traitement des patients Ebola peut vous servir pour la réponse à l’épidémie de Covid-19 ?

En RDC, qui a vu l’épidémie d’Ebola pendant plus d’un an et demi, notamment à l’Est, dans la région du Nord-Kivu, il y a des milliers de professionnels du ministère de la Santé, des ONG, qui sont formés pour contrôler les infections des épidémies. Donc cela peut être un vrai atout pour lutter contre la maladie du Covid. La difficulté c’est qu’on pensait être sortis de l’épidémie d’Ebola et on a vu une résurgence de quelques cas. Donc la somme des deux épidémies, pour le coup, peut être très problématique. Pour moi, il y a deux principales leçons additionnels que l’on peut tirer d’Ebola. La première, c’est qu’il faut que ce soit la population locale, les autorités locales, qui s’approprient la riposte. Il ne faut pas que ce soit des gens venus de l’extérieur qui aient les moyens et le pouvoir de lutter contre l’épidémie. Il faut une appropriation par la communauté. Et puis la deuxième leçon, c’est que, pour venir à bout d’une épidémie aussi importante, on a besoin d’une solidarité construite pour la communauté et on a besoin d’aides extérieures. Sinon, on n’y arrive pas.

Comment les services de santé qui vont devoir traiter des cas du Covid-19, vont-ils pouvoir prendre en charge toutes les autres urgences, tous les autres besoins des populations ?

Nous sommes très inquiets, évidemment, des conséquences indirectes du Covid sur la fragilisation des systèmes de santé. Il ne faut pas s’occuper uniquement des cas de Covid. La malnutrition, le paludisme, les urgences obstétricales restent des sujets très important. Et encore une fois, ce qui va se passer c’est que le personnel de santé de première ligne, comme cela a été le cas dans la plupart des épidémies et dont Ebola, vont encore se comporter en héros, c’est-à-dire qu’ils vont prendre énormément de risques individuellement. On espère qu’on arrivera à utiliser le maximum de matériel de protection, mais il y a toujours un risque pour eux. En plus, ils vont devoir gérer le fardeau habituel du système de santé, plus cette épidémie. Donc en fait le poids de tout cela va peser une fois de plus sur le personnel de première ligne : les médecins, infirmiers, aides-soignants africains…

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