Accéder au contenu principal
Aujourd'hui l'économie

Pourquoi le coronavirus est devenu la maladie des pauvres?

Audio 04:05
Depuis le début du confinement, en France, les plus démunis ne pouvant pas travailler et ne bénéficiant pas des mesures de chômages techniques ou partiels, rencontrent des difficultés pour se nourrir. Ici, distribution de nourriture à Clichy-sous-Bois.
Depuis le début du confinement, en France, les plus démunis ne pouvant pas travailler et ne bénéficiant pas des mesures de chômages techniques ou partiels, rencontrent des difficultés pour se nourrir. Ici, distribution de nourriture à Clichy-sous-Bois. AFP/Ludovic Marin

Les plus pauvres sont plus exposés au coronavirus que le reste de la population. Plusieurs études scientifiques ont été menées pour vérifier cette intuition perceptible dans de nombreuses régions du monde.

Publicité

En France cette hypothèse saute aux yeux dans le département de la Seine-Saint-Denis. Ce département limitrophe de Paris qui a connu le plus haut pic de mortalité lié au covid-19 (+63% en mars 2020 par rapport à mars 2019) est à la fois l’un des plus peuplés et l’un des plus pauvres de France, c’est aussi celui où le nombre de médecins par habitant est le plus faible et où la population d’origine étrangère est la plus concentrée. « Globalement, la pandémie a frappé beaucoup plus violemment les régions françaises cumulant une forte densité démographique, une surreprésentation de la classe ouvrière et de fortes inégalités de revenus », constate l’économiste Nadine Levratto dans une étude récemment publiée sur les inégalités territoriales face à la pandémie. Ce sont en l’occurrence les régions de l’Ile de France, des Hauts de France et du Grand Est qui sont visées, celles qui restent en zone rouge sur la carte du déconfinement.

De multiples facteurs rendent les plus pauvres plus vulnérables à la pandémie

À commencer par leur moindre accès à la santé et leur plus grande exposition aux pathologies qui aggravent la morbidité comme l’hypertension, l’obésité et le diabète. Les ménages les plus défavorisés vivent en général dans des logements plus étroits, ce qui favorise la propagation familiale. Enfin, ces travailleurs pauvres occupent fréquemment des emplois incompatibles avec le télétravail. Ils se sont donc retrouvés en première ligne dans le commerce, dans toutes les structures de soin à la personne, ou encore dans la livraison des marchandises. Ce sont les premiers de corvée dans cette catastrophe sanitaire et c’est souvent dans le cadre de leur travail qu’ils ont été rattrapés par le coronavirus. Ce constat universel se décline avec des particularités propres à l’histoire socioéconomique de chaque pays. Aux États-Unis, les afro-américains sont beaucoup plus touchés que les blancs d’après les premières études sur les données par comté.

Au Royaume-Uni le taux d’affection est beaucoup plus élevé dans les régions qui ont voté en faveur du Brexit

L'écart est de 19% avec celles qui ont voté contre selon l’économiste Annie Tubadji qui a eu l'idée de croiser les données sur le vote au référendum avec l’incidence du coronavirus. Ces régions sont aussi les plus défavorisées sur le plan économique. Cette chercheuse s’est aussi intéressée au profil ethnique des régions britanniques : plus elles sont multiculturelles, plus elles sont touchées par la pandémie. Impossible en France de faire des études aussi poussées, se plaignent les spécialistes d’épidémiologie sociale. Car les données ne sont pas disponibles. Un sérieux handicap à court terme pour endiguer la pandémie. Une analyse plus fine des populations touchées permettrait une approche ciblée et donc plus efficace.

Singapour, qui a oublié les plus fragiles dans sa campagne de prévention, en a fait les frais : les migrants constituent la majorité des cas de la deuxième vague de covid-19. L’archipel a cru endiguer la maladie avec des mesures draconiennes en oubliant de tester et de protéger les soutiers de son développement économique : les migrants, souvent entassés dans des dortoirs et continuant d’assurer leur travail. À plus long terme, la pandémie va exacerber les inégalités qu’elle a révélées en négatif. À moins que les futures politiques de relance s’attaquent enfin à la réduction des inégalités, comme l’espèrent tous ceux qui sortent aujourd’hui épuisés, affaiblis du confinement, et pas encore immunisés contre ce coronavirus.

EN BREF

L'Arabie Saoudite annonce aujourd'hui un vaste plan d'austérité budgétaire. Pour compenser la chute des recettes fiscales provoquées par l'effondrement du baril de brut qui creuse le déficit public le royaume triple la TVA, elle passe de 5 à 15% à partir du premier juillet,  et l'allocation universelle introduite en même temps que cette taxe en 2018 est supprimée.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.