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Aujourd'hui l'économie

Syrie: l'affaire Makhlouf, signe d'un régime aux abois?

Audio 03:49
Un homme regarde une vidéo de Rami Makhlouf sur son téléphone portable le 11 mai 2020 à Damas.
Un homme regarde une vidéo de Rami Makhlouf sur son téléphone portable le 11 mai 2020 à Damas. AFP

En Syrie, le sort d’une des figures les plus emblématiques du régime a été scellé cette semaine. Le magnat Sami Makhlouf, cousin et soutien indéfectible de Bachar el-Assad depuis vingt ans s’est vu saisir ses biens et ceux de sa famille. L’homme d’affaires a fait fortune notamment à la tête du premier opérateur téléphonique syrien. Mais il avait fini par élargir considérablement son empire au point de devenir le principal financier du régime et de la guerre menée depuis 2011.

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Initialement, son empire s’étend des télécoms à l'immobilier, en passant par le BTP et le commerce de pétrole. En fait, sa fortune est impossible à évaluer tant elle s’est élargi dans l’ombre de la guerre. Mais cette page est sur le point de se tourner. Via ses vidéos postées sur les réseaux sociaux Rami Makhlouf s’étant juré de résister aux pressions du régime qui cherche selon lui à s’emparer de Syriatel, le premier opérateur télécom, sa disgrâce semble désormais certaine. Plusieurs cadres dirigeants du groupe auraient été arrêtés ces derniers jours.

Qu’est-ce qui motive le régime à se retourner contre un de ses principaux alliés ?

C’est toute la question. L’opacité du régime laisse le champ à tout un ensemble d’hypothèses: de la lutte de clans internes à une pression du parrain russe pour une remise en ordre de marche de l’économie. Impossible de le savoir aujourd’hui. Le gouvernement est en tout cas lancé depuis des mois dans des « réformes économiques » dont la lutte contre la corruption est l’un des volets. En réalité, la Syrie étant le deuxième pays le plus corrompu de la planète selon l’ONG Transparency international, il s’agirait plutôt d’un de ces réajustements dont le régime est coutumier depuis des décennies. Éliminer certains acteurs pour une reprise en main de l’économie en sa faveur.

Un État syrien financièrement aux abois

Les caisses sont vides. En presqu’une décennie de guerre, l’industrie, le secteur agricole, et quasiment tous les secteurs sont à terre. Sauf peut-être la contrebande qui enrichit de nouvelles figures. Car le pays importe quasiment tout ce qu’il consomme. Les sanctions occidentales frappent toujours le régime et en juin, les sanctions américaines vont encore s’alourdir pour quiconque commerce avec lui. Bref, la reconstruction par l’afflux d’investissements étrangers n’est pas pour tout de suite.

Pire encore, depuis que l’économie libanaise s’est elle-même effondrée, la porte d’accès aux dollars, vitale pour commencer avec l’étranger s’est fermée. La livre syrienne s’est effondrée ces jours-ci à un plus bas historique. Au marché noir, 1 dollar s’échange contre presque 2 000 livres du côté d’Idlib.

En pleine crise du coronavirus, de plus en plus de Syriens dépendent de l’aide de l’État

Le gouvernement a dû se résoudre à lever plusieurs restrictions afin de permettre aux Syriens, qui tirent très majoritairement leurs revenus du secteur informel de retourner travailler. La situation est en fait désastreuse pour la population. La dévaluation de la monnaie alimente l’inflation. Des produits de première nécessité comme les oeufs, les légumes ont vu leur prix exploser. La « ligne rouge » a même été franchie avec le pain. Dans certaines zones, il fait désormais partie des aliments rationnés. Avec le confinement, des millions de syriens de la diaspora ont eu du mal à fournir l’aide habituelle à leurs proches restés au pays. Conséquence, l’insécurité alimentaire touche désormais plus de 9 millions de Syriens.

Le coordinateur des secours d’urgence de l’ONU en a appelé cette semaine au soutien des États

Afin de sécuriser l’accès de l’aide aux millions de personnes déplacées dans le nord-ouest du pays. Éviter une nouvelle crise alimentaire qui risque de se doubler d’une crise sanitaire tant le système de santé et son personnel ont été décimés par la quasi-décennie de guerre. L’aide alimentaire et médicale n’est pas affecté par les sanctions internationales, encore faut-il qu’elles parviennent sans heurts jusqu’aux populations. Alors que dans cette zone frontalière, le cessez-le-feu demeure très fragile.

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