Aujourd'hui l'économie

Inde: une économie durement affectée par le coronavirus

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Des Indiens font laqueue pour faire leurs courses, en plein confinement.
Des Indiens font laqueue pour faire leurs courses, en plein confinement. AFP/Sajjad Hussain

L’Inde tente toujours de limiter l’expansion de l’épidémie de cooronavirus. Un confinement a pour cela été mis en place le 25 mars. Il aura cours jusqu'à la fin mai, même s'il est progressivement assoupli depuis le début du mois. Résultat, l’économie indienne est en souffrance.

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Le secteur des services s’est effondré en avril. L’indice PMI du cabinet IHS Markit s’est établi à 5,4 points le mois dernier. En mars, il était de 49,3 points, une dégringolade jamais vue depuis le début de son calcul, il y a 15 ans. Or, les services représentent la moitié du PIB de la troisième économie asiatique.

La tendance est sensiblement la même pour l'indice de l’activité manufacturière. Le PMI composite a plongé passant de 50,6 points en mars à 7,2 en avril.

Et l’industrie lourde n’est pas en reste. L’institut Kayrros et EY consulting ont observé les évolutions de l’activité grâce à des images satellites sur les sites de quatre secteurs (le ciment, l’acier, le pétrole et l’électricité) et ont créé un indicateur en partenariat avec Les Echos. L’indice 100, la référence, a été fixé au 6 janvier. Début mai, il n’était en Inde plus que de 46,58 soit une activité réduite de plus de moitié. Le score le plus bas parmi les pays analysés.

Contraction de 5%

Goldman Sachs s’attend même à la pire récession jamais connue par le pays et prédit une contraction de 45% annualisée au deuxième trimestre par rapport au précédent. Un rebond de 20% pourrait alors suivre au troisième trimestre.

D’une manière plus globale, pour l’année fiscale 2021, qui court d’avril 2020 à mars 2021, la banque anticipe une chute de 5% du PIB. Même prévision pour l’ICRA, un cabinet d’analyse lié à Moody’s. C’est donc très en-dessous de ce qu’espérait le FMI il y a à peine plus d’un mois. Dans les perspectives générales du mois d’avril du Fonds Monétaire International, l’Inde apparaissait dans la courte liste des pays qui aurait une croissance positive.  

Pourtant l’épidémie de Covid-19 est arrivée à un moment où l’économie indienne n’était pas au meilleur de sa forme. Au cours des trois dernier mois de 2019, la croissance indienne n’avait pas connu un rythme aussi lent depuis 6 ans. Et sur un an, on s’attendait à 5% de croissance. Cela aurait été le taux le plus bas en plus d’une décennie selon Reuters.

122 millions d’Indiens ont perdu leur emploi

Et derrière ces chiffres, c’est un drame social qui se joue.

Le chômage a grimpé en flèche. Selon une estimation du groupe de réflexion Centre for Monitoring Indian Economy, environ 122 millions d’Indiens ont perdu leur emploi en avril. Sur le site du think tank, le taux de chômage est affiché à 24% actuellement.

Des centaines de milliers de « migrants », des Indiens venus travailler dans les grandes villes, se sont retrouvés dans une situation intenable et ont entrepris de rentrer dans leur région d'origine. Parfois à pied ou en empruntant des transports de fortune, parfois sur plusieurs centaines de kilomètres. Au moins 180 d’entre eux sont morts dans des accidents ou de fatigue selon des ONG.

Un plan de soutien à 245 milliards

Pour tenter d’enrayer la chute, un plan d’aide a été annoncé il y a peu par les autorités. Au total, près de 245 milliards d’euros d’aides ont été promises. L’équivalent de 10% du PIB indien a précisé le Premier ministre, Narendra Modi. Ces fonds doivent en particulier aider les petites et moyennes entreprises et les familles pauvres. Le gouvernement a également annoncé des privatisations s’attirant des critiques.

Cela sera-t-il suffisant ? L’Icra assure que cela va soutenir l’économie mais estime qu’une partie seulement du plan d’aide aura un effet direct, seulement 10% de ce qui a été annoncé. Pour le reste, il faudra sans doute attendre quelques années pour que les effets se concrétisent.

Par ailleurs, pour faire repartir l’économie au plus vite et jouer la carte de la compétitivité, plusieurs États ont décidé d’alléger temporairement les droits des travailleurs. Dans un pays où le travail informel est déjà développé et le coût de la main d’œuvre pas très élevé, pas sûr que cela stimule vraiment la reprise. Si ces mesures sont entérinées, ce sont les droits des travailleurs qui pourraient aussi souffrir du Covid-19.

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