Les dessous de l'infox, la chronique

L'art de faire mentir les chiffres sur le coronavirus

Audio 03:13
Du personnel médical de l'hôpital de Strasbourg soigne un patient atteint du Covid-19.
Du personnel médical de l'hôpital de Strasbourg soigne un patient atteint du Covid-19. AP Photo/Jean-Francois Badias

Depuis l’émergence des premiers cas d’infection par le Covid-19, une partie de l’opinion s’interroge sur la gravité du virus, conteste les chiffres, et met en cause la façon dont la crise a été gérée. Des points de vue divergents s’expriment à ce sujet sur tous les continents, mais aussi beaucoup d’infox qui brouillent le débat sur les réseaux sociaux.

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On voit encore circuler sur les réseaux sociaux des démonstrations reposant sur lacomparaison du nombre de morts provoquées par le nouveau coronavirus avec d’autres fléaux présentés comme infiniment plus graves pour le genre humain. Par exemple, ce tableau qui affiche « Le nombre de décès dans le monde entre le premier janvier et le premier mai 2020 ». Cela donne, dans les grandes lignes : coronavirus 237 000 ; malaria 327 000 ; suicides 357 000 ; malnutrition 3 731 000 et même « pour comparaison » : avortements : plus de 14 millions.

Dans le bas du tableau, il est inscrit : « Sources : ONU/OMS - Chiffres accessibles sur worldometers.info »

Chiffres à l’appui d’un argumentaire fallacieux

Le tableau est posté en préambule d’une démonstration visant à mettre en doute la raison d’être des mesures adoptées pour lutter contre le coronavirus. En résumé, cette comparaison permettrait d’affirmer qu’il ne serait pas aussi dangereux qu’on nous le dit, ce serait juste un prétexte de plus pour garantir l’enrichissement des plus riches et leur assurer le contrôle des populations. C’est la théorie conspirationniste du « Nouvel ordre mondial », au service duquel le coronavirus ne serait qu’un instrument de domination. De nombreuses versions du même type sont relayées sur les réseaux sociaux, certaines incluant les morts d’accident de la route, du tabagisme ou de l’alcoolisme.

Erreur d’analyse, interprétation abusive

Le premier mensonge, c’est la source inscrite au bas du tableau : ONU/OMS. Jamais ces organisations ne se sont livrées à de telles comparaisons. Les chiffres en eux-mêmes ne sont pas nécessairement faux, ils proviennent principalement du site Worldometer, qui publie des données recueillies dans le monde entier, actualisées en temps réel. On peut néanmoins se demander l’intérêt qu’il y a à inclure dans ce tableau les morts par suicide ou les avortements. Quant à la comparaison du Covid-19 avec d’autres maladies, elle manque tout autant de pertinence dans la mesure où le tableau omet le caractère évolutif des données. D’ailleurs, depuis sa publication, le bilan a dépassé les 330 000 décès du Covid-19 dans le monde.

En fait, ce tableau qui relativise la gravité du virus conduit à oublier le fait qu’il y a à peine plus de cinq mois, l’on n’avait encore très peu entendu parler de ce nouveau virus. Le tableau ne dit donc rien de la contagiosité du virus. Il ne nous apprend rien sur ce virus et son évolution.

Si l’on veut se livrer à une critique des moyens mis en œuvre pour gérer la crise ici ou là, pourquoi pas, mais ce graphique et la théorie qu’il sous-tend ne peuvent que nous induire en erreur. Et pourtant il circule avec des vidéos virales, elles-mêmes truffées d’infox.

Dans le cadre de la gestion de la crise, les chiffres sont importants, mais pour qu’ils aient du sens, on ne peut faire abstraction de leur évolution, dans le temps et dans un espace donné. Par ailleurs le simple constat de mensonge concernant les sources du graphique incite à se méfier de tout ce qui suit dans cet argumentaire.

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