Chronique des matières premières

Le plastique a-t-il profité de la crise du coronavirus?

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Une caissière vêtue d'un masque avec un film de plastique pour se protéger du coronavirus, dans un supermarché à Strasbourg, le 19 mars 2020.
Une caissière vêtue d'un masque avec un film de plastique pour se protéger du coronavirus, dans un supermarché à Strasbourg, le 19 mars 2020. FREDERICK FLORIN / AFP

Davantage de matériel médical, de masques et de visières, plus d’emballages dans l’agroalimentaire. L’épidémie de Covid-19 semble avoir favorisé le retour en vogue du plastique. Mais ce n'est qu'une apparence.

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La crise sanitaire aura redonné une certaine noblesse au plastique. Ses applications biomédicales sont devenues évidentes pendant l’épidémie de Covid-19, face à laquelle les soignants ont été en quête de respirateurs, de surblouses, et bien sûr de masques chirurgicaux et FFP2. Pour ces derniers on s’est arraché la matière première, le non tissé en fibres de polypropylène, spunbond et surtout meltblown, aux propriétés filtrantes incomparables. L’Europe en fabrique mais avant tout pour les produits d’hygiène, comme les couches culottes, ce ne sont pas du tout les mêmes machines, explique un professeur de l’ENSAIT, l’école d’ingénieurs textiles de Roubaix. Les prix du meltblown ont donc plus que décuplé.

Course au meltblown pour les masques, tension sur le plexiglass

Le contexte épidémique a également favorisé la production d’emballages alimentaires. Les consommateurs confinés ont fait plus de courses dans les supermarchés, et par prudence ils sont allés vers les denrées emballées, même les fruits, ce qui a favorisé la production de films alimentaires en PELD, de barquettes en PEHD, de bouteille en PET. Du PET également pour les visières que se sont mis à porter les salariés pour se protéger, en plus des masques. Les parois de plexiglass, le PMMA, ont aussi fait leur apparition devant les caisses. Enfin partout sur la planète, on s’est mis à se laver davantage les mains, or les canalisations, les citernes et baquets, sont en polypropylène ou en PET.

Plus 30% dans l’emballage, moins 90% dans la construction et le bâtiment

Mais ces nouveaux usages du plastique n’ont pas compensé l’effondrement d’autres débouchés. « Pour une croissance de 30% dans l’emballage et avant tout dans l’emballage alimentaire, on a vu les débouchés se réduire de 90% dans la construction et l’automobile », qui étaient à l’arrêt, rappelle Jean-Martin, le directeur général de la Fédération de la plasturgie. « Dire que le plastique a profité de la crise sanitaire n’est pas exact », juge-t-il.

Défis pour le recyclage

La filière du recyclage plastique a de son côté triplement souffert, de la baisse de 40% des volumes collectés, du plongeon des volumes écoulés et de la concurrence de la matière vierge. Depuis que le prix du pétrole s’est effondré, le PET vierge vaut moins cher que le PET recyclé (700 euros contre 1 150 la tonne). « Certains industriels de l’agroalimentaire ont quand même joué le jeu de l'emballage recyclé », se félicite Jean-Luc Petithuguenin, le président de FEDEREC.

La Fédération des entreprises du recyclage promet qu’au démontage des parois de plexiglass, ses adhérents proposeront une collecte. Recycler les masques n'est en revanche pas encore envisagé, ils sont voués à l'incinération, s'ils ne sont pas jetés n'importe où mais dans les poubelles.

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