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Invité Afrique

Bourdon Fattal: «Il est temps de lancer des audits sur les contrats de Dan Gertler» en RDC

Audio 04:45
(Illustration) L'homme d'affaires israélien Dan Gertler en visite au complexe minier de Katanga Mining Ltd. en 2012.
(Illustration) L'homme d'affaires israélien Dan Gertler en visite au complexe minier de Katanga Mining Ltd. en 2012. Simon Dawson/Bloomberg via Getty Images

Le milliardaire israélien Dan Gertler, ami de l’ancien président Kabila, est au centre d'une nouvelle enquête. Depuis décembre 2017, il est sous sanctions des États-Unis, accusé par le Trésor américain d’avoir servi d’intermédiaire dans la vente d'actifs miniers en RDC à bas prix, ce qui aurait coûté au pays près d’un milliard et demi de dollars entre 2010 et 2012. À l'époque, cela représentait tout de même le double des dépenses annuelles de l’État pour la santé et l'éducation réunies. Le nouveau rapport de Global Witness et PPLAAF, la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique, intitulé «Des sanctions, mines de rien», explique comment Dan Gertler a contourné les sanctions américaines. L'un des auteurs de ce rapport, Gabriel Bourdon Fattal de PLAAF, est notre invité.

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RFI : Avant de parler des détails de votre enquête, on va revenir sur le personnage sur lequel porte votre rapport. Dan Gertler, homme d’affaires israélien, ami de Joseph Kabila, sous sanction des États-Unis depuis décembre 2017.

Gabriel Bourdon Fattal : En effet, Gertler, qui est présent au Congo depuis bientôt vingt ans, a eu une amitié, d’abord avec le père de Joseph Kabila et après avec Kabila lui-même, ce qui lui a permis d’obtenir des contrats miniers. Ce qui lui aurait permis aussi, d’agir en tant qu’intermédiaire entre des internationales minières et le président Kabila. Et en effet aussi, pendant des années, la RDC aurait sous-évalué des contrats miniers qui auraient été vendus à Gertler et après revendus par Gertler à un prix beaucoup plus élevé. Ce genre d’affaires, plusieurs fois, Gertler aurait pu gagner des millions et des millions grâce à ce pacte et à son amitié avec le président Kabila.

Dan Gertler est mis sous sanction en décembre 2017 -lui, ses sociétés et certains de ses associés-, en tout cas dans les années qui suivent. Et pourtant, ce rapport montre qu’en fait il arrive à continuer à faire des affaires au Congo…

En effet. Gertler, d’après notre rapport, continuerait à faire des affaires en RDC. C’est à dire qu’il continuerait à faire des affaires avec des multinationales, c’est-à-dire qu’il continuerait à acquérir des contrats miniers en RDC, après avoir été sanctionné et avant le départ de Kabila. Et aussi, possiblement, qu’il aurait utilisé un réseau de blanchiment d’argent international pour continuer à faire bouger des millions et continuer Business as usual.

Et ce que montre ce rapport, c’est que vraiment, malgré les sanctions américaines, les partenaires de Dan Gertler continuent de faire des affaires avec lui.

En effet, de multinationales nombreuses, dont certaines d’entre elles sont sous enquêtes dans d’autres juridictions que la RDC pour leurs affaires avec Gertler. Glencore, la multinationale suisse, continue de payer des royalties à Gertler, ce qui serait une évasion des sanctions américaines. Mais aussi d’autres multinationales, comme Sicomine et ERC, continueraient, malgré les sanctions, à être en affaires avec lui au Congo.

L’autre pan, c’est le blanchiment d’argent. Et là, on est sur une histoire un peu rocambolesque, puisque apparaissent, après les sanctions, toute une série de personnages en RDC proches de Gertler, mais qui ne faisaient pas d’affaires avant en RDC.

Voilà… Donc, on voit de jeunes hommes d’affaires franco-israéliens qui apparaissent en RDC, qui n’ont aucune trace d’une activité passée en RDC, et qui tout d’un coup, obtiennent des contrats miniers incroyables, sans marché public, de manière complètement douteuse.

Votre enquête vous amène à découvrir tout un réseau de sociétés et cela vous amène même à découvrir qu’il y aurait un faux milliardaire russe.

Comme beaucoup d’affaires de corruption présumées, on voit beaucoup de sociétés offshores dans de nombreux pays. Donc il est très difficile de tracer de réels actionnaires de ces sociétés. On voit, en effet aussi, qu’une société est détenue par un milliardaire russe de 86 ans, qui ferait des affaires en RDC. Ce que notre enquête nous montre, c’est que ce milliardaire habite dans un appartement pas très grand à Moscou, qu’il a une Peugeot qu’il a achetée d’occasion en 2015. Point d’interrogation sur le fait qu’il soit milliardaire.

Mais comment est-ce possible que l’on se retrouve dans ce type de situation où on voit de l’argent liquide circuler de société en société via des banques ? Qu’est-ce qui permet en fait une telle évaporation d’argent ?

Comme toujours, au Congo, c’est le système financier congolais qui, malheureusement, permet ce genre de méfaits. On l’a vu dans le passé avec la banque BGFI, qui avait permis de faire circuler l’argent du président Kabila et de ses proches. C’est maintenant la banque Afriland, qui est une filiale d’une banque camerounaise, qui tout d’un coup est passée d’un statut de petite banque en RDC à une banque qui est parmi les plus grandes. Et cela, possiblement, grâce à Gertler et ses hommes de confiance.

A travers les documents bancaires, vous voyez cette banque, finalement obtenir des tas de dépôts et souvent en liquide, de dizaines de millions de dollars…

En effet, on voit une banque qui aurait été dans le secret de ce schéma frauduleux, qui était consciente que cela se passait dans cette banque et qui aurait permis à des dizaines de millions de dollars d’être versés sur des comptes et de circuler.

Qu’est-ce que vous recommandez suite à ce rapport ?

Sur ce rapport, je pense qu’il y a deux conclusions à avoir. C’est la RDC et en dehors de la RDC. En dehors de la RDC, cela nous montre qu’être sanctionnés par les États-Unis, cela ne suffit pas. Il faut que des sociétés, des multinationales, des banques des pays qui auraient permis -consciemment ou pas-, à l’argent présumé de Gertler de circuler, fassent le nécessaire pour stopper ce genre de malversations et de corruptions au Congo. Par rapport à la RDC, qui a vu un changement de régime début 2019 et des promesses du nouveau président Félix Tshisekedi de stopper la corruption, il faut mettre une pression par rapport à ce nouveau président, en lui disant qu’il est temps de stopper la corruption en RDC. Cela, commence par stopper des gens qui sont les auteurs de corruption sanctionnés par les États-Unis. Je pense qu’il est temps de lancer des audits sur les contrats de Gertler, de vérifier s’il est toujours présent en RDC et comment, et de commencer par un gel de ses avoirs en RDC.

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