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Invité Afrique

L’Unesco dénonce l’usage frauduleux de son logo dans un trafic d’œuvres d’art africaines

Audio 05:47
Ernesto Ottone, sous-directeur général pour la culture à l'Unesco.
Ernesto Ottone, sous-directeur général pour la culture à l'Unesco. RFI/Stephan Rozenbaum

L'Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) a dénoncé cette semaine une nouvelle forme d’arnaque concernant des œuvres d’art africaines. Celle-ci utilise le nom et le logo de l'Unesco pour convaincre de l’authenticité des œuvres vendues. Une fraude qui dure depuis deux ans et qui a fait une vingtaine de victimes, en majorité des Français qui ont des liens avec l’Afrique. Les fraudeurs ont empoché plus d’un million d’euros. Ernesto Ottone, sous-directeur général pour la culture de l'organisation, répond aux questions de RFI.

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RFI : Quel impact a pour vous l’utilisation frauduleuse du nom et du logo de l’Unesco pour vendre des biens culturels africains ?

Ernesto Ottone : Eh bien, effectivement, cette utilisation frauduleuse donne l’impression que ce sont des transactions légales et autorisées par l’Unesco, ce qui est totalement faux. Tout le monde sait que pour utiliser le nom ou le logo de l’Unesco, il faut d’abord obtenir une autorisation et s’assurer que cette demande est garantie par les autorités gouvernementales de chaque pays, donc l’Unesco ne délivre pas de certificat pour garantir des ventes, c’est pourquoi nous sommes en train de dénoncer ces récentes arnaques, entre autres, car en réalité l’Unesco n’a aucune relation avec ce qui est en train de se faire sur ses marchés depuis un certain temps - et spécifiquement dans le cas des biens de culture africaine - mais ça arrive aussi dans d’autres régions.

Le trafic d’œuvres d’art africaines se développe fortement sur internet, il se sert beaucoup des réseaux sociaux. Les réseaux ont-ils favorisé ce trafic à votre avis ?

Nous avons eu un webinaire vendredi dernier avec des experts mondiaux et notamment avec les organisations qui travaillent avec nous sur ce sujet : Interpol, les douanes, et d’autres autorités qui voient ce sujet dans la chaîne de valeur où se fait ce trafic et effectivement pendant cette pandémie du Covid-19. Nous avons observé une augmentation de ces ventes puisqu’elles ne pouvaient pas se faire physiquement par le biais des réseaux Internet, donc effectivement on voit une augmentation de l’utilisation d’Internet et des réseaux mais en même temps on voit aussi une prise de conscience de la part des plus grands par rapport à ce trafic illicite.

Reconnaissez-vous aujourd’hui des difficultés plus qu’avant à combattre ce phénomène alors que le volume du trafic ne cesse d’augmenter, quel rôle justement l’Unesco pourrait-elle jouer face à l’amplification de ce phénomène ?

Effectivement cette année nous commémorons les 50 ans de la lutte contre le trafic illicite des biens culturels qui a une convention a l’Unesco, la convention de l’Unesco de 1970 et qui justement traite ces sujets, nous voyons que dans ces 50 ans il y a eu bien sûr un progrès significatif puisqu’en ce moment sur les 193 pays qui intègrent l’Unesco, il y en a 140 qui ont ratifié cette convention, ce qui démontre clairement la volonté de plusieurs pays à travailler ensemble pour éradiquer ce phénomène. Cependant nos actions doivent être renforcées surtout sur la coopération avec les pays et les différentes organisations qui aujourd’hui pourraient ou devraient contrôler ces circuits de vente. En parallèle nous allons lancer au mois de septembre une campagne de sensibilisation du public, afin qu’il fasse attention avant d’acquérir ces objets culturels, puisque vous allez comprendre bien sûr qu’il y a quelqu’un qui les vend, et aussi quelqu’un qui les achète, donc on doit faire le travail sur les deux bouts de la chaîne.

Alors le trafic illicite de bien culturel est souvent associé à d'autres crimes transfrontaliers et participe au financement du terrorisme comme c’était le cas au Moyen-Orient, en Syrie et en Irak, est-ce le cas aussi en Afrique ?

Ça a été le cas au Mali puisque dans le nord du pays il y a eu une occupation des groupes armés extrémiste qui se maintient dans certaines zones où des sites archéologiques ont été pillés dans la région de Gao par exemple où les manuscrits anciens volés de la région de Tombouctou et nous sommes convaincus que ces pillages ont fait partie du financement des activités de ces groupes qui occupent cette partie du nord du Mali entre autres, mais qui a démontré et ça Interpol a les chiffres que pendant la grande crise au Moyen-Orient sans doute ça doit être le troisième moyen de financement des groupes terroristes.

Le commerce de l’art africain est très prisé en Europe mais il repose en partie sur le trafic illégal que vous avez évoqué, comment luter aujourd’hui contre ce trafic, le pillage des objets culturels africains ne fait-il pas partie de la face sombre des rapports entre pays africains et de nombreux pays d’Europe ?

Il faut quand même dire qu’il est important de faire une distinction entre les questions de retour et de restitution qui aujourd’hui sont en discussion des biens culturels africains, mais les questions de trafic illicite pour des fins commerciales tel que nous l’observons depuis 50 ans, depuis que la convention existe est différent. Pour ce qui est du débat sur le retour du patrimoine de culture africaine, nous avons à l’Unesco un comité inter-gouvernemental qui offre ses bons offices de médiation entre les pays lorsque nous sommes sollicités, ça c’est un des mécanismes.

Mais pour lutter contre le trafic illicite de biens culturels en Afrique, il faudrait déjà que tous les pays africains ratifient la convention de 1970, car entre autres il y en a 17 à peu près qui ne l’ont toujours pas fait et donc restent très exposés à ce phénomène. Dérober un objet d’art à travers un trafic illicite ce n’est pas seulement obtenir un bien culturel d’un autre pays, c’est vraiment dérober une partie de l’identité de la mémoire de ce pays.

Donc ce n’est pas que vous affectez en particulier un musée ou un site archéologique ou une maison particulière où cet objet aurait été dérobé, c’est que vous êtes en train de mépriser, de voler une partie de l’identité de la mémoire d’une communauté, d’une nation ou d’une région et c’est cela qu’on veut éviter car rappelez-vous que l'Unesco est quand même chargé de maintenir la paix dans l’esprit des hommes et des femmes et bien sûr quand il y a un acte illicite, ça ne va pas dans la ligne de maintenir la paix dans le monde.

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