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Invité Afrique

Sahel: «La crise qui traverse le Mali est multidimensionnelle»

Audio 05:09
Le sommet du G5 Sahel à Nouakchott, le 30 juin 2020.
Le sommet du G5 Sahel à Nouakchott, le 30 juin 2020. Ludovic Marin /Pool via REUTERS

Une semaine ne s’est même pas écoulée depuis le sommet du G5 Sahel à Nouakchott que les violences ont repris. Mercredi, plus de 30 civils ont été massacrés par des hommes armés dans l'attaque simultanée de plusieurs villages dogons dans le centre du Mali. Quelques jours avant, au Burkina Faso, ce sont sept villageois qui étaient retrouvés tués par balle après leur interpellation. Niagalé Bagayoko, présidente d'Africa Security Sector Network, un groupe de réflexion basé à Accra au Ghana, répond aux questions de RFI.

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RFI : Les violences continuent au Sahel, c’est la spirale qui se poursuit ?

Niagalé Bagayoko : C’est la spirale qui se poursuit, et c’est surtout la démonstration que la crise que traverse le Mali est multidimensionnelle, c’est-à-dire qu’on a trop souvent tendance à la lire ou à la présenter comme crise de nature sécuritaire, mais au-delà de son évidente dimension conflictuelle, il y a une dimension politique comme on le constate à travers la contestation du pouvoir du régime actuel, mais également une forte dimension qui touche à la gouvernance et au modèle d’État qui prévaut actuellement au Mali comme le démontre à cet égard par exemple la crise de l’école et la grève des enseignants.

Au Burkina Faso, c’est une fois de plus l’armée qui est soupçonnée d’avoir exécuté des villageois, comment expliquer ces exactions répétées des armées au Sahel ?

Alors il y a notamment quand on discute avec des militaires, des officiers, ils vous expliquent qu’il leur arrive d’arrêter une fois, deux fois, trois fois, des personnes qu'ils soupçonnent d’appartenir à des groupes terroristes et de les voir immédiatement relaxées, donc ils disent voilà, cela, ça nous conduit à les neutraliser, à les éliminer tout simplement. Parmi les autres explications, il y a aussi la méfiance pour dire le moins, qui s’est développée entre les forces de défense et de sécurité sahéliennes et certaines communautés accusées de collusion avec des groupes jihadistes, notamment la communauté peule et cette forme d’hostilité est présentée notamment par les différentes associations de défense de droits de l’homme comme pouvant aussi expliquer certaines des exactions commises actuellement.

Y a-t-il une forme de stratégie ?

Non, à mon sens il n’y a pas de stratégie d’élimination systématique décidée au plus haut niveau politique et stratégique. La question qui se pose, c’est celle de la chaîne de responsabilité : est-ce que ça se situe au niveau de l’état-major, ce dont je doute à titre personnel, ou est-ce que la responsabilité revient à des commandants d’unités, voir au niveau des soldats eux-mêmes à un très bas niveau ? Donc, la question du niveau de responsabilité dans ces exactions est absolument essentielle à établir pour pouvoir comprendre à quel niveau intervenir de manière à les prévenir.

Parce que ces exactions alimentent le terrorisme ?

Bien sûr, elles alimentent le terrorisme mais également, ça c’est l’autre face de la pièce, elle contribue à délégitimer les appareils de défense et de sécurité, alors qu’aujourd’hui ce dont on a besoin, c’est de rétablir la confiance entre les forces de défense et de sécurité et les populations qui sont, quand on regarde différentes études, différents sondages, très demandeuses de davantage de protection de la part de leurs forces armées de sécurité.

Alors jusqu’à présent la communauté internationale était plutôt silencieuse sur la question des exactions. Lors du sommet du G5 de Nouakchott, cette question a été abordée par le chef d’État, le président Macron a même pour la première fois évoqué l’amalgame contre les populations peules, ça, c’est vraiment quelque chose de nouveau, c’est important selon vous ?

La déclaration d’Emmanuel Macron dénonçant la stigmatisation des communautés peules, dénonçant clairement qu’elles ne sont l’ennemi de personne, est un message fondamental dans le contexte actuel de polarisation croissante entre les communautés au Sahel. Donc ce point me paraît majeur. On regrette cependant que l’accent soit toujours mis de manière majeure sur la lutte antiterroriste qui est bien entendue nécessaire et indispensable dans le contexte actuel, mais que la question fondamentale de la protection civile ne soit pas mise en avant.

Le président français s’est montré plutôt optimiste en parlant d’une victoire possible au Sahel, partagez-vous ce sentiment ?

Pour être tout à fait honnête, non. Il y a des victoires au niveau tactique indéniables comme l’élimination du leader de L’aqmi Droukdel ou la neutralisation  de nombreux combattants de l’EIGS qui sont annoncées régulièrement, mais on constate, comme l’a démontré l’attaque à frontière de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso, que les jihadistes ont tendance à étendre leur emprise territoriale et à essayer de gagner les zones portuaires et par ailleurs les attaques continuent à se poursuivre notamment dans le centre du Mali.

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