Aujourd'hui l'économie

Coronavirus: une nouvelle décennie perdue en vue pour l’Amérique latine ?

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Le président brésilien Jair Bolsonaro photographié à Brasilia, le 13 mai 2020.
Le président brésilien Jair Bolsonaro photographié à Brasilia, le 13 mai 2020. REUTERS/Adriano Machado

L’Amérique latine est devenue l’un des épicentres de la pandémie de coronavirus. Une propagation facilitée par les inégalités sociales et la faiblesse de la gouvernance. C’est aussi l'une des régions du monde qui souffre le plus des conséquences économiques du Covid-19.

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Plus de la moitié des nouveaux malades répertoriés dans le monde apparaissent désormais en Amérique du Sud. Parmi eux, Jair Bolsonaro, le président brésilien qui l'a annoncé mardi, sans pour autant changer de stratégie. Ce corona-sceptique continue à minimiser l'ampleur de la crise. Son pays est pourtant le plus touché par la pandémie après les États-Unis. Si le coronavirus se répand comme un feu de paille en Amérique latine, c’est en partie à cause des structures socio-économiques de ces pays. Les inégalités de revenus par exemple qui sont très fortes au Brésil, en Colombie, en Bolivie, au Panama et au Guatemala, sont un facteur important de propagation.

Le coronavirus circule facilement dans les quartiers des plus déshérités. Là où la promiscuité est importante et les conditions sanitaires souvent insuffisantes. Et ces poches d’extrême pauvreté se retrouvent parfois à quelques encablures des quartiers habités par la grande bourgeoisie. C’est à cause de cette concentration de disparités que Santiago, la capitale du Chili, est devenue un foyer de coronavirus. Au Brésil où le niveau de pauvreté se confond avec la couleur de la peau, un peu comme aux États-Unis, les Noirs sont deux fois et demi plus souvent contaminés que les Blancs. L’accès à la santé est aussi très hétérogène, plutôt satisfaisant pour les classes les plus riches et déficient à l’autre bout de l’échelle sociale ; globalement, nombre de ces États n’investissent pas assez dans la santé. Le Pérou y consacre seulement 3% de son PIB alors que l’OMS prescrit un minimum de 6% du PIB. La lenteur de réaction des autorités, voire leur mauvaise foi, comme dans le cas de Jair Bolsonaro, font le reste. La pandémie nourrit aussi la corruption au détriment de la riposte sanitaire, avec des détournements de fonds dédiés au Covid-19 ou la manipulation des prix. De multiples plaintes sont en cours d'instruction au Brésil, au Mexique ou au Pérou.

Pour les plus pauvres, le choc est rude : plus exposés à la maladie, ils sont aussi les premiers à perdre leur emploi. Au Brésil par exemple, 7,8 millions d'emplois ont disparu, dont 5,8 millions dans le secteur informel, selon les statistiques officielles publiées la semaine dernière. Jamais d’aussi mauvais chiffres n’ont été enregistrés depuis que ce type d'enquête a commencé en 2012. D’après l’Organisation internationale du travail (OIT), les revenus de l’ensemble des travailleurs sud-américains non déclarés auraient chuté de 80%. En quelques mois, le coronavirus va effacer des années de lutte contre la pauvreté. Le PIB du Brésil et d’autres pays de la région pourrait chuter de 10%. La Banque mondiale estime que 50 millions de Latino-Américains vont glisser dans l’extrême pauvreté, avec un revenu quotidien inférieur à 5,50 dollars par jour. Il faudrait des investissements colossaux pour redresser la barre. Pour éviter à l’Amérique latine de revivre une décennie perdue. Comme celle qu’elle a enduré dans les années 1980 quand les économies de la région se sont rétrécies de 10% après une série de défauts sur la dette extérieure.

EN BREF
 

En France la récession sera finalement moins violente que prévue

D'après l'Institut national de la statistique (Insee), le produit intérieur brut (PIB) baissera cette année de 9% et non pas de 10% comme il avait été précédemment annoncé. Grâce un fort rebond au troisième trimestre qui démarre, de l'ordre de +19%. L'Insee est plus optimiste que la Banque de France et le gouvernement, qui lui s'attend toujours à une chute de 11% de la richesse nationale.

À suivre ce mercredi, une nouvelle réunion ministérielle sur le moratoire de la dette, dont pourraient bénéficier plusieurs dizaines de pays

Au moins une quarantaine d'entre eux ont fait une demande au niveau du G20, qui coordonne cette initiative. Et la moitié ont déjà signé un acord. Les ministres des Finances des pays créanciers ou les gouverneurs de leur banque centrale doivent discuter de la suite du programme. Il se limite pour le moment à une période de six mois.

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