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Infos coronavirus

La pandémie de Covid-19 menace la lutte contre le VIH-Sida selon l’ONU

Audio 04:06
Un agent de santé pratique un test de porte-à-porte pour tenter de contenir l'épidémie de Covid-19, dans le village d'Umlazi près de Durban en Afrique du Sud, le 4 avril 2020.
Un agent de santé pratique un test de porte-à-porte pour tenter de contenir l'épidémie de Covid-19, dans le village d'Umlazi près de Durban en Afrique du Sud, le 4 avril 2020. REUTERS/Rogan Ward

Depuis lundi 6 juillet se tient la 23e Conférence de la Société internationale sur le sida et cette année, deux journées (les 10 et 11) sont consacrées à la crise du Covid-19. Alors que le monde a le regard focalisé sur le nouveau coronavirus, les autres maladies continuent à faire des victimes. C’est le cas du sida. L’Afrique du Sud est l’un des pays les plus touché du globe avec 7 millions de personnes vivant avec le VIH, le virus qui cause le sida, soit 12% de la population. C’est aussi en Afrique le pays le plus touché par le Covid-19 avec près de 216 000 cas détectés et 3 500 morts à ce jour. Selon l’Onusida, la lutte contre le coronavirus risque de mettre à mal les efforts entrepris contre le sida. L’agence des Nations unies craint en effet un regain de la mortalité liée au VIH.

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L’impact du coronavirus sur les malades du sida est multiple… Le professeur Helen Rees, directrice de l’Institut de santé reproductive et VIH de l’université du Witwatersrand à Johannesburg, explique d’abord que l’accès aux soins est plus difficile. « En Afrique du Sud, nous avons vu comme ailleurs, que pendant le confinement qui a été ici très strict et très précoce, les gens ont arrêté de se rendre dans les centres de soins. Ils craignaient d’être exposés au Covid-19 et ça veut dire que des patients ont donc arrêté de prendre leurs traitements. »

En effet, selon une étude réalisée dans le pays, les séropositifs sont plus vulnérables au coronavirus. Ils auraient 2,5 fois plus de risque de mourir du Covid-19, ce qui est inférieur à d’autres facteurs de risques comme l’âge, le diabète ou l’obésité, mais reste non négligeable. Et selon les données récoltées par Médecin sans Frontière (MSF) dans la petite ville d’Eshoe dans la province sud-africaine du Kwazulu-Natal, un quart des personnes traitées dans les structures de l’ONG ne se sont plus montrées depuis le confinement et ne sont donc plus soignées.

Ruptures de stocks de médicaments

« En plus, des soignants qui se consacrent habituellement aux malades du sida ont été réaffectés à la lutte contre le coronavirus », note Helen Rees. « Certains sont d’ailleurs tombés malades. Tout cela nous inquiète beaucoup en ce qui concerne l’accès continu aux antirétroviraux », les médicaments prescrits aux séropositifs.

L’autre risque majeur, c’est la rupture de stock d’antirétroviraux, explique le docteur Gilles Van Cutsem, spécialiste VIH et tuberculose chez MSF et basé au Cap. « La plupart des médicaments utilisés dans les pays pauvres sont fabriqués en Inde avec des produits de base qui viennent de Chine. Avec le confinement, la fermeture des frontières et la diminution de la productivité en Inde et en Chine entraîne un effet de vague. On a déjà des ruptures de stock d’antirétroviraux essentiels de première ligne et on va en avoir plus dans le futur. Il y a 73 pays dans le monde qui sont à risque d’avoir des ruptures de stocks dans les trois à six mois qui viennent », déplore-t-il.

En Afrique du Sud, les stocks d’antirétroviraux sont suffisants pour l’instant selon lui, sauf pour un traitement de substitution qui commence déjà à manquer.

500 000 morts en cas d’arrêt des services de soins

Pour améliorer la situation, les autorités sud-africaines ont déployé des points de distribution des médicaments en dehors des hôpitaux, donc loin des malades du Covid-19 qui pourraient les contaminer, ainsi que pour éviter de surcharger les centres de soins déjà saturés. Dans le même ordre d’idée, le docteur Fodé Simaga, directeur du département d’appui aux pays de l’Onusida préconise de distribuer les antirétroviraux pour des périodes longues, entre trois et six mois pour épargner aux séropositifs d’avoir à trop se déplacer. Car l’important pour lui, c’est de permettre la continuité des soins aux personnes atteintes du VIH.

« Nous avons fait une modélisation qui a montré que si il y a une interruption complète des services de traitement du fait du Covid, on aurait en Afrique subsaharienne 500 000 morts supplémentaires cette année. Cela nous ramènerait au nombre de morts, environ 1,3 millions, de 2008. C’est un recul de 10 ans c’est dramatique ! » Cette étude reste toutefois le scénario du pire, « mais même une interruption des services pour seulement 20% des personnes vivant avec le VIH en Afrique génèreraient 110 000 morts supplémentaires cette année », selon lui.

Le docteur Simaga insiste sur le fait qu’il faut affronter les deux pandémies en même temps. Mais ans son rapport annuel, l’Onusida s’inquiète déjà de voir certains financements initialement destinés à la lutte contre le VIH Sida détournés en faveur du coronavirus.

 

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