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Reportage Afrique

Madagascar veut débaptiser ses infrastructures des noms des figures coloniales

Audio 02:27
Entrée du Lycée Jules Ferry, en plein coeur d'Antananarivo, dans le quartier de Faravohitra.
Entrée du Lycée Jules Ferry, en plein coeur d'Antananarivo, dans le quartier de Faravohitra. RFI/Sarah Tétaud

Madagascar commémore cette année les 60 ans de son indépendance. À cette occasion, le ministère de la Culture a lancé fin juin dernier un appel auprès des citoyens de toute l’île afin qu’ils proposent des noms de personnalités vivantes ou non, pour baptiser ou rebaptiser des bâtiments publics, des rues, boulevards ou places du pays. Dans la ligne de mire, entre autres, les infrastructures portant encore le nom de certaines figures du colonialisme.

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Dans la capitale, les dernières statues à la gloire des colonisateurs français ont été déboulonnées il y a plusieurs décennies. Les noms des rues ont tous été modifiés. Seuls deux bâtiments, les lycées Gallieni d’Andohalo et Jules Ferry à Faravohitra rappellent sans détour ce passé colonial.

Mais d’ici la fin de l’année, ces deux établissements pourraient bien être rebaptisés. Au futur comité dit de « rebaptisation » d’en décider. « Le comité se charge de sélectionner les noms proposés par le citoyen lambda. Et il est libre d’accepter ou non cette proposition. Et c’est le comité qui va choisir les bâtiments à rebaptiser ou non », indique Francis Razafiarison, directeur général de la Culture.

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« Ce n’est pas en supprimant les noms des colonisateurs sur les bâtiments que ça va effacer l’histoire du colonialisme à Madagascar »

L’initiative provient du ministère. Francis Razafiarison, souligne que l’objectif du comité – dont la composition devrait être annoncée sous peu –, n’est en aucun cas de réécrire l’histoire du pays.

« Ce n’est pas en supprimant les noms des colonisateurs sur les bâtiments que ça va effacer l’histoire du colonialisme à Madagascar, parce qu’on sait très bien qu’on a été colonisées de 1897 à 1960 », soutient-il. « On ne peut pas nier l’existence de cette histoire-là. Mais il faut avoir l’habitude de malgachiser tous les noms, pour mettre en valeur l’identité malgache, la fierté nationale, et la valeur des figures malgaches. »

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Réhabiliter les grandes figures malgaches

Et justement, des figures malgaches qui ont marqué l’histoire, mais un peu moins la mémoire collective, il y en a plein. Pour Helihanta Rajaonarison, historienne, ce serait l’occasion d’en réhabiliter quelques-unes. « La reine Iovana est une princesse Tanala. Les Tanalas sont de grands guerriers. Ils avaient résisté à Radama Ier, qui voulait rassembler tous les peuples de Madagascar sous son autorité. Mais Radama Ier n’a jamais réussi à les soumettre. Et cette reine Iovana a beaucoup fait pour résister à l’entreprise coloniale française. Mais ce sont finalement les armes [à feu] qui ont soumis les Tanalas », raconte-t-elle.

Toujours au XIXe siècle, l’historienne pense aussi à ce jeune étudiant, Ravarika, envoyé en Angleterre par le très conquérant roi Radama Ier, étudier ce qu’on appelait « le progrès à l’européenne ». « Ravarika, connu aussi sous le nom de Verkey dans les ouvrages historiques, est un ancien esclave malgache, acheté par un traitant mauricien et qui a été affranchi par Radama Ier et qui a servi d’interprète aux huit autres étudiants partis avec lui. En Angleterre, il a étudié dans un arsenal la fabrication de poudre. Et rentré à Madagascar, il était à la tête d’une poudrière, mais malheureusement pour lui son industrie a pris feu, et il était dedans », explique l’historienne.

Nombreux encore sont celles et ceux qui mériteraient les honneurs affirme l’historienne. Si la clôture du dépôt des propositions est prévue pour le 15 juillet, le choix des infrastructures sélectionnées et leur nouveau nom devraient être révélés au public le 14 octobre prochain, lors de la célébration de l’anniversaire de la Ire République.

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