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Aujourd'hui l'économie

«Dollars» en bois, «ducati», des monnaies locales contre la crise

Audio 04:16
Wayne Fournier, le maire de Tenino dans l'État de Washington, et un billet de 25 «Covid-dollars.»
Wayne Fournier, le maire de Tenino dans l'État de Washington, et un billet de 25 «Covid-dollars.» AFP/Jason Redmond

Pour contrer la crise économique, les pouvoirs publics ont multiplié les plans d’aide, faisant exploser le déficit budgétaire des États-Unis qui atteint 864 milliards de dollars au mois de juin 2020 contre 8 milliards en juin 2019. De l'autre côté de l'Atlantique, les dirigeants européens se réuniront en fin de semaine pour négocier le plan de relance de l’Union. Mais, il existe aussi des initiatives plus modestes comme celle de Tenino, une localité du nord-ouest des États-Unis qui a édité sa monnaie locale.

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Des dollars en bois ! Rien à voir avec les chèques en bois, les « Covid-dollars » de Tenino ont bien une valeur, celle des vrais dollars mais seulement dans le village. L’idée a germé dans l’esprit du maire de cette commune de 1 800 habitants désireux de soutenir les commerçants. Il a fait imprimer 10 000 dollars sur de petites planches de bois avec la presse typographique du musée de la ville.

Respect de la tradition oblige, ces coupures de 25 dollars sont peintes en vert et à l’effigie d’un président américain, en l’occurrence George Washington. Une monnaie qui se veut rassurante : la phrase « Nous contrôlons la situation » a été écrite en latin. Beaucoup moins conventionnel que le portrait présidentiel, figure également la mention « Covid-relief », une mention inscrite sur la silhouette d’une chauve-souris !

Ces billets ou plutôt ces planchettes sont distribuées sous forme de subvention aux habitants qui souffrent des effets de la pandémie. Sur justificatif, ils peuvent recevoir jusqu’à 300 euros par mois. L’avantage pour le maire, c’est que cette monnaie n’est valable que dans la ville. L’aide publique ruisselle donc nécessairement jusqu'aux commerçants de la commune.

Ducati et obligations « Bourbons »

Cette formule plutôt inventive présente aussi l’intérêt de faire sourire. La planchette verte attire des curieux dans la ville, autant de consommateurs potentiels.

En Italie, Castellino del Biferno, village du Molise de 500 habitants a aussi attiré l’attention des médias en lançant mi-avril le Ducato. L’épidémie a bel et bien été l'élément déclencheur mais le maire qui veut aussi lancer des obligations « Bourbons » – comme le roi Ferdinand II des Deux-Siciles – y réfléchissait depuis longtemps, a-t-il expliqué dans le Corriere della Sera. Plusieurs coupures ont été imprimées, dont l'une avec la mention « Sud Rebelle ». Cette fois, a priori, pas de chauve-souris mais les billets sont plastifiés et par conséquent faciles à désinfecter, une autre manière de lutter contre le Covid-19.

Des précédents

Mais ces expériences ne sont pas les premières du genre. D’ailleurs Wayne Fournier, le maire de Tenino s’est inspiré de l’histoire locale. Une monnaie avait été imprimée sur de l’écorce d’épicéa après la crise de 1929 en raison de la pénurie monétaire.

Depuis, des dizaines de monnaies locales complémentaires ont déjà vu le jour dont la plus ancienne est le WIR suisse, créée en 1934. 

Mais il faut distinguer plusieurs catégories : d’une part, les deux cas que l’on vient d’évoquer qui sont en fait des aides municipales de relance et rapides à mettre en place mais pas nécessairement durables. Les « Covid-dollars » de Tenino ont été conçus comme une devise temporaire, vouée à disparaître en même temps que la crise.  

Une devise différente des monnaies locales complémentaires citoyennes. Ces dernières sont créées par des collectifs. Il en existe un peu partout dans le monde : au Brésil, au Royaume-Uni ou encore en Bavière avec le Chiemgaueur.

En France, ces monnaies sont officiellement autorisées depuis 2014 et sont adossées à l'euro. Cela dit, certaines octroient un bonus à l'achat et une décote peut être appliquée à la conversion en euro de quoi inciter à continuer à faire circuler la monnaie et à dynamiser le territoire. C'est dans ce même but que certaines monnaies peuvent « fondre », c’est-à-dire perdre de leur valeur si les billets ne sont pas dépensés dans un délai donné.

Succès mitigés

Alors est-ce efficace ? Les succès sont variés, et pour l’instant le recul est limité puisque les premières MLCC de ce type sont nées dans les années 1990. Certes, le WIR suisse est fier de ses performances après plus de 80 ans de longévité. Mais, « on est dans un registre assez différent, c’est d’abord un système de crédit pour les PME, c’est une banque en fait », tempère Jérôme Blanc, spécialiste des monnaies locales complémentaires citoyennes à Sciences Po-Lyon.

L’auteur des Monnaies Alternatives (La découverte, Repères) a recensé 82 MLCC en France fin 2019. Beaucoup de petite envergure, mais certaines tirent leur épingle du jeu. L'Eusko du Pays basque commence à atteindre une taille significative avec 4 000 utilisateurs particuliers et plus d'un million et demi d'euros en circulation. C’est encore « marginal pour l’ensemble du territoire du Pays basque » souligne Jérôme Blanc. « Les effets de l’Eusko ne sont pas visibles macroéconomiquement. En revanche, on peut voir comment les professionnels ont changé leurs pratiques d’achats auprès de leurs fournisseurs de même que les consommateurs ont changé leurs pratiques. »

Mais gare au risque d’essoufflement ! Le fondateur du Chiemgauer bavarois reconnaissait dans Le Monde en 2018 qu'elle marquait le pas. « Dans le cas d’une économie bien portante, le recours aux monnaies locales baisse », analysait-il alors dans le quotidien.

Alors la crise du coronavirus va-t-elle donner un nouveau souffle à ce concept ? Certains en rêve dans les tribunes des journaux. Après la crise de 2009, plusieurs monnaies locales ont émergé. En tous cas, il faut du temps pour les créer. Contrairement aux monnaies municipales, difficile de tabler sur un effet relance à court terme via de nouvelles monnaies locales complémentaires citoyennes.

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