Aujourd'hui l'économie

Europe : pourquoi les frugaux font de la résistance ?

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Les dirigeants de l'Union européenne participent au premier sommet européen face à face depuis l'épidémie de coronavirus (Covid-19), à Bruxelles, Belgique, le 17 juillet 2020.
Les dirigeants de l'Union européenne participent au premier sommet européen face à face depuis l'épidémie de coronavirus (Covid-19), à Bruxelles, Belgique, le 17 juillet 2020. REUTERS / François Lenoir / Pool

Voilà quatre jours que les dirigeants européens sont réunis en sommet à Bruxelles pour discuter du fonds de relance post-covid et cela va continuer ce lundi après-midi. Un sommet dont on ne voit pas l'issue parce que quatre pays bloquent complètement la négociation. Dans les pires scénarios les pays dits frugaux veulent rétrécir le fonds de relance de 750 à 700 milliards d'euros. Pourquoi ces pays font-ils de la résistance ?

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Le Danemark, la Suède, l'Autriche et les Pays-Bas se retrouvent sur une même ligne, celle du moins disant budgétaire. Avant même la création du fonds de relance pour le Covid-19, ces pays ont voulu former une alliance dite des frugaux, un qualificatif plus positif que celui de radin que leur ont attribué leurs voisins du Sud, avec un cheval de bataille : dépenser le moins possible dans le futur budget de l'Union européenne post-Brexit.

Politiquement, ils forment une coalition hétérogène puisque leur chef de file, le néerlandais Mark Rutte, est un libéral, le chancelier autrichien un conservateur, et leurs homologues danois et suédois des sociaux-démocrates. Tous dirigent des coalitions, avec les Verts en Autriche, en Suède et en Finlande, le pays qui partage la même vision limitée de la solidarité européenne. Leur logiciel commun, ce n'est donc pas tellement la politique, mais plutôt une pratique budgétaire. Une gestion serrée de leurs comptes publics. La plupart ont fait les réformes nécessaires, celles des retraites ou du travail pour éviter un endettement excessif. Ce qu'ils ne voient toujours pas dans les pays qui vont bénéficier des fonds Covid.

C'est la révolte des fourmis contre les cigales?

Cette fracture entre contributeurs nets et bénéficiaires nets du budget européen est aussi vieille que l'Union européenne mais elle s'est renforcée pendant la crise de la dette qu'ont enduré le Portugal, l'Espagne, l'Italie et surtout la Grèce.

L'opposition de ces pays frugaux a longtemps été portée par l'Allemagne. Le pays intransigeant sur l'orthodoxie budgétaire. Avec la pandémie, Berlin a fait sa révolution et a changé sa façon de calculer. L'Allemagne a compris que laisser les économies des pays les plus affectés par le coronavirus s'enfoncer dans la crise pourrait lui coûter très cher car ses exportations sont en grande partie destinées aux voisins européens.

Cette approche n'a pas encore effleuré les pays dits frugaux. Si en termes strictement budgétaires, ils sont des contributeurs nets, ils ne sont cependant pas les seuls, c'est aussi le cas de la France et de l'Italie. Et surtout, ils sont en revanche des grands bénéficiaires de l'appartenance à l'Union Européenne, révèlent des statistiques choc publiées en février dernier par la Commission. Les experts de Bruxelles estiment que le retour sur investissement des Pays-Bas est 7 fois plus grand que leur contribution dans le prochain budget. Ce ratio est de 4 pour le Danemark, de 2 pour l'Autriche.

L'existence de l'Europe est-elle menacée par ces divisions ?

On verra dans les prochaines heures comment les marchés réagissent au blocage de l'Union européenne. Il n'y a pas péril en la demeure. Souvenons-nous que la Banque centrale européenne est l'un des plus gros détenteurs de la dette des États membres, cela limite le risque de crise de la dette. L'hypothèse d'un fonds de relance à 26, c'est-à-dire sans les Pays-Bas, a été envisagée avant l'ouverture du sommet. Après le départ des Britanniques, cette option apparait comme la pire des solutions, le début de la dissolution de l'Europe. Personne n'y a intérêt, y compris les frugaux. Si les discussions reprennent cet après-midi, c'est bien pour éviter ce naufrage.

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