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Reportage Afrique

Kenya: le boom inquiétant des grossesses d'adolescentes

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Au Kenya, des milliers d’adolescentes sont tombées enceintes en quelques semaines depuis la fermeture des écoles.
Au Kenya, des milliers d’adolescentes sont tombées enceintes en quelques semaines depuis la fermeture des écoles. Getty Images/Jose Luis Pelaez Inc

Dans le comté de Machakos, non loin de Nairobi, 4 000 jeunes filles seraient tombées enceintes entre mars et juin derniers depuis la fermeture des écoles pour lutter contre le coronavirus, selon des chiffres recueillis auprès des hôpitaux de la région. Mais le phénomène serait national. 

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Elles ont entre 12 à 18 ans, certaines même plus jeunes encore. Des milliers d’adolescentes sont tombées enceintes en quelques semaines. Un phénomène que les médias kényans surnomment « la peste du sexe ». En cause : la fermeture des écoles et des enfants renvoyés au village pour permettre à leurs parents de continuer de travailler.

« Lorsque nous essayons de comprendre, nous faisons toujours le même constat : les parents confient leurs enfants à des proches dans leur village, à leurs grands-parents par exemple, avant de retourner en ville. Une fois partis, ils ne savent pas ce qu’il se passe et ne prennent plus de nouvelles de leurs enfants. Ces enfants sont livrés à eux-mêmes sans que personne ne prenne soin d’eux », explique Salome Muthama, la responsable du département enfance du comté de Machakos.

Rapports sexuels non protégés, mais aussi viols et prostitution. Ces jeunes filles voient leur avenir dévasté. « La vie de ces jeunes filles est détruite. La moitié d’entre elles vont probablement se marier au plus vite, encore mineure, la plupart ne retournera pas à l’école et elles vont devoir commencer à travailler si jeune. C’est une vie de misère qui les attend », se désole Salome Muthama.

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Bloquer l’accès à la pornographie

Après une phase de déni, les autorités kényanes se sont finalement emparées de l’affaire. Le ministre kényan de l’Éducation appelle à l’interdiction de la pornographie dans le pays.

« Ces filles, c’est-à-dire nos filles et nos petites-filles, tombent enceintes comme si nous ne faisions que penser au sexe. Je vais demander au gouvernement que l’on bloque l’accès à la pornographie dans ce pays. Je pense que c’est une décision sage et appropriée. D’ailleurs, pourquoi ces sites pornographiques sont-ils accessibles au Kenya ? Qui en a besoin ? Ne me dites pas que parce qu’aux États-Unis, les gens y ont accès, on devrait y avoir accès ici. Beaucoup de pays ont bloqué ces sites et leur culture n’en est que meilleure », soutient le ministre.

Un fléau antérieur au coronavirus

Les grossesses adolescentes sont un véritable fléau au Kenya, apparu bien avant le coronavirus. « Au Kenya, une adolescente sur cinq est soit enceinte, soit sur le point d’accoucher », expliqueSad Chatterjee, coordinateur résident des Nations unies au Kenya.« C’est un chiffre tellement énorme et cela dure depuis longtemps. Et honnêtement, c’est sans doute le vol le plus odieux de l’avenir de ces jeunes filles, car cela compromet leur santé, leur éducation et leurs opportunités futures. »

Si la fermeture des écoles depuis mars dernier aggrave davantage la situation, le gouvernement n’entend pas pour autant rouvrir leurs portes d’ici 2021.

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