Afrique économie

L’équation insoluble des producteurs de lait du Sénégal face aux importations d'Europe (1/2)

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Michel Doudou Sène dans sa ferme de Kaolack avec l'une de ses vaches laitières, le 16 juillet 2020.
Michel Doudou Sène dans sa ferme de Kaolack avec l'une de ses vaches laitières, le 16 juillet 2020. RFI/Théa Ollivier

Au Sénégal, l’augmentation des stocks de lait en poudre européen constitués lors de la crise du coronavirus risque de fragiliser davantage les producteurs locaux. Depuis 2018, ils doivent déjà faire face à un marché inondé par ce lait en poudre, qui représente 84% des importations de lait, moins cher et plus accessible. Difficile pour eux de faire concurrencer. Reportage de notre correspondante Théa Ollivier à Kaolack.

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Dans une étable de Kaolack, à 200 kilomètres de Dakar, une dizaine de vaches se reposent avant de pâturer dans la brousse, devenue verdoyante avec la saison des pluies. L’éleveur Michel Doudou Sène trait ses vaches tous les jours. « On ne trouve pas de clients. Les gens ne s’intéressent pas au lait de vache. Ils sont habitués à consommer du lait en poudre importé. La commercialisation du lait frais pose vraiment problème ici », déplore-t-il.

Le coût du lait importé est 30% inférieur à celui produit localement. Face à cette concurrence, l’éleveur Michel Doudou Sène a dû baisser le tarif de son litre de lait, de 700 à 500 francs CFA (entre 0,7 et 1 euro). « Les gens préfèrent acheter le lait le moins cher, déclare-t-il. Ça nous porte préjudice parce que nous avons beaucoup de charges pour produire ce lait : il faut bien nourrir les vaches et il y a les gardiens qu'il faut payer »

Mustapha Dia, éleveur à Namarel dans le nord-est du pays, a alors décidé de vendre son litre de lait à perte. « Ça nous permet de démarrer une action de concurrence du lait importé, explique-t-il. C'est une stratégie pour que nous puissions faire connaître qu’il y a des possibilités de commercialiser du lait de qualité. La qualité du lait local est dix fois meilleure. »

Autosuffisance possible pour le Sénégal

Avec près de 4 millions de vaches sur le territoire, le Sénégal a la capacité d’être autosuffisant en lait. Le ministère de l’Élevage assure que des efforts sont faits pour collecter le lait à travers le pays. Khar Ndiaye, de l’ONG Oxfam, s’inquiète pourtant de l’avenir de la filière. « On a été alertés par les petits producteurs européens, comme quoi il y avait un stock très important de lait en poudre, déclare-t-elle. Ce lait dégraissé avait pour destination les pays de l'Afrique de l'Ouest. »

Selon elle, des décisions doivent être prises au niveau étatique : « Ce que nous demandons aux décideurs des différents pays de l'Afrique de l'Ouest, c'est de pouvoir rééquilibrer ce désavantage qu'ont les petits producteurs africains si le tarif extérieur commun reste à 5%. Donc, augmenter ce tarif pour que le lait local puisse être en compétition avec le lait importé. » La solution est aussi de sensibiliser les consommateurs sénégalais à acheter local.

(Ré)écouter : Sénégal : la concurrence déloyale du lait réengraissé

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