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Invité Afrique

Tchad: ils racontent l'indépendance

Audio 11:22
Le premier président du Tchad, François Tombalbaye (deuxième à gauche) avec Charles de Gaulle (deuxième à droite), deux ans après la proclamation de l'indépendance du Tchad, à Paris.
Le premier président du Tchad, François Tombalbaye (deuxième à gauche) avec Charles de Gaulle (deuxième à droite), deux ans après la proclamation de l'indépendance du Tchad, à Paris. AFP/STF
Par : Laurent Correau Suivre | Madjiasra Nako
17 mn

Il y a tout juste 60 ans, le Tchad proclamait son indépendance. Quelles ont été les figures de cette indépendance mais aussi les lignes de force des 60 années qui ont suivi ? Comment celles et ceux qui étaient là racontent, aujourd'hui, l'indépendance ? Pour évoquer toutes ces questions, l’historien Arnaud Dingammadji au micro de Laurent Correau et l'ancien Premier ministre du Tchad, Alingué Jean Bawoyeu, Premier trésorier du Tchad indépendant, répond aux questions de Madjiasra Nako.

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Qui sont les grands acteurs de l’indépendance tchadienne ? Quels sont les noms que vous souhaiteriez honorer aujourd’hui ?

Arnaud Dingammadji : Je préférerais mettre un peu la lumière sur Gabriel Lisette qui a joué un rôle prépondérant. Il s’est rendu compte qu’au niveau local, il n’y avait pas de leader charismatique capable de canaliser les énergies et d’organiser le combat pour la lutte de l’indépendance. Et c’est ainsi qu’il a fondé le Parti progressiste tchadien qui était la section locale du Rassemblement démocratique africain. François Tombalbaye était le lieutenant de Gabriel Lisette dès le départ. Et en 1959, le gouvernement de Gabriel Lisette a été renversé par l’opposition et c’est ainsi que Tombalbaye s’est retrouvé aux premières loges pour préparer donc l’accession du Tchad à l’indépendance.

 

Comment évoluaient les relations de François Tombalbaye avec les autorités françaises ?

Le jour de la proclamation de l’indépendance, des accords de coopération ont été signés entre la France et le Tchad. Et ce sont ces accords qui ont régi les relations franco-tchadiennes qui étaient très bonnes dès le départ, avant de se détériorer vers la fin du régime de Tombalbaye, c’est-à-dire vers 1972-1973 parce que Tombalbaye n’appréciait pas ce qu’il appelait « les menées de Jacques Foccart », le conseiller de l’Elysée pour les affaires africaines. Et puis, il avait institué la révolution culturelle, qui prônait le retour aux sources, l’abandon des noms français, la débaptisation des villes du Tchad dont Fort-Lamy, la capitale du Tchad qui est devenue Ndjamena. Tout cela avait déplu à la France. Il y avait aussi la question du pétrole tchadien qui avait également contribué à détériorer les relations entre la Tombalbaye et les autorités françaises à l’époque.

Et donc Tombalbaye est renversé par Félix Malloum…

Tombalbaye est renversé par des jeunes officiers qui ont placé à sa place Félix Malloum le 13 avril 1975.

L’une des grandes caractéristiques de ces 60 années d’indépendance, c’est que très vite on voit surgir des groupes armés avec la création du Front de libération nationale du Tchad (Frolinat) en 1966. Et ces groupes qu’on appelle les politico-militaires vont être l’un des principaux acteurs de l’histoire du Tchad…

Exactement. La prise du pouvoir par la France est devenue le mode de conquête du pouvoir au Tchad pendant des décennies. Des rébellions armées, des coups d’État, des civils ont fait le lot quotidien de la vie des Tchadiens, ont contribué à diviser les Tchadiens, ont sapé les fondements de l’économie et ont empêché en fait le décollage du Tchad, comme les autres États africains. Les dernières rébellions ont pris fin en 2008-2010. C’est pourquoi que je parle de la dernière décennie comme une décennie de redressement.

 

Pourquoi est-ce que c’est ce type d’acteurs qui a prospéré plus presque que les acteurs politiques traditionnels comme les partis ?

C’est une question de gouvernance. Qui fait le lit aux rébellions armées ?  C’est-à-dire que pendant de longues années, ce sont les acteurs politico-militaires qui ont prospéré parce qu’on pensait que le pouvoir se trouvait au bout des armes au Tchad ici. Donc, ceux qui avaient des armes pouvaient imposer leur loi, s’emparer du pouvoir et en tirer des bénéfices au détriment donc de la voie démocratique d’accession au pouvoir à travers les partis politiques, à travers les compétitions électorales. Cela a continué jusqu’à une époque récente.

 

On voit bien aussi que l’histoire du pays a été fortement marquée par les relations avec ses voisins, notamment la Libye et le Soudan…

Exactement. De 1966 jusqu’à 2008, depuis la création du Frolinat jusqu’à l’UFDD [Union des forces pour la démocratie et le développement] de Mahamat Nouri, la plupart des grands mouvements rebelles qui ont déstabilisé le Tchad ont pris leur origine au Soudan. Il y a aussi la Libye de [Mouammar] Kadhafi qui a voulu satelliser le Tchad en quelque sorte et de ce fait, a apporté un soutien sans faille à plusieurs mouvements rebelles.

 

C’est dans le contexte de déstabilisation que l’armée française est venue prêter main forte aux forces armées tchadiennes à plusieurs reprises dans l’histoire du Tchad. Diriez-vous que votre pays est un bastion de ce que certains appellent « la françafrique » ?

Oui. Je crois que le Tchad est l’un des terrains d’expression de la françafrique parce que, en 60 ans d’indépendance, le Tchad a enregistré plus de cinq interventions militaires françaises, soit pour soutenir un régime en place contre ses adversaires, soit pour aider le régime en place à s’opposer à une agression extérieure.

 

Pour quelle raison géopolitque ?

Parce que qui contourne le Tchad, contourne toute la bande sahélienne et peut-être une bonne partie de l’Afrique du Nord et du Nord-Est. Donc, c’est par rapport à cette situation géographique et stratégique que non seulement la France, mais également d’autres puissances veulent bien contrôler le pouvoir local.

 

Où en est-on 60 ans après l’indépendance ? Est-ce qu’il faut encore parler de françafrique ou est-ce que, comme le journaliste Antoine Glaser, la formule « Africa France » vous semble un peu mieux refléter les rapports de force qui se sont établis entre le pouvoir d’Idriss Déby et les autorités françaises ?

C’est vrai que de plus en plus, le Tchad s’affirme comme un acteur incontournable sur les questions de paix et de sécurité dans la zone, et la France comme bien d’autres États courtisent en quelque sorte le Tchad à travers son président.

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