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Invité Afrique

Imam Mahmoud Dicko: «En 2023, je ne serai candidat de rien ! »

Audio 05:00
L'imam Mahmoud Dicko, le 11 août 2020, lors d'un rassemblement de protestation contre le président IBK, à Bamako.
L'imam Mahmoud Dicko, le 11 août 2020, lors d'un rassemblement de protestation contre le président IBK, à Bamako. REUTERS/Rey Byhre
Par : Coralie Pierret
11 mn

Au Mali, l'imam Mahmoud Dicko entend jouer un rôle politique dans son pays. Depuis la fin des élections législatives, le mouvement de contestation qu'il dirige, le M5, vise le régime en place, entraînant parfois plusieurs dizaines de milliers de Maliens dans les rues. Après la trêve de la Tabaski, le M5 tente de trouver un nouveau souffle. Cette semaine, plusieurs évènements sont organisés.

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RFI : Imam Dicko, vous êtes depuis plusieurs mois le leader de la contestation qui réclame la démission d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Près de trois mois après la première manifestation du Mouvement du 5 juin, est-ce que vous demandez toujours le départ du président ?

Imam Dicko : Vous savez, je n’ai jamais parlé de son départ ou de son maintien, mais d’autres personnes, d’autres voix, se sont levées pour demander son départ. Pour le reste, s’il s’en va… Le problème du Mali, aujourd’hui, est un problème de gouvernance qui doit avoir une réponse meilleure que ce que nous sommes en train de vivre aujourd’hui.

Vous avez, en revanche, demandé le départ du Premier ministre Boubou Cissé…

Absolument. Il n’a aucune légitimité qui lui permette aujourd’hui de gérer cette crise de la bonne manière et de trouver des réponses adéquates.

Il y a des dissensions en interne au sein du M5. Certains souhaitent même votre départ. Quel avenir pour le Mouvement de contestation, aujourd’hui ?

Nous sommes un groupe où il y a des idées et nous avons besoin d’un temps pour tout harmoniser. Un groupe où les gens sont libres de donner leur point de vue par rapport à telle ou telle question, cela ne peut pas paraître comme une dissension. Demander mon départ ? Je ne sais pas… Mon départ pour aller où ? Je n’en sais rien.

Aujourd’hui, vous respectez l’autorité morale du M5 ?

Absolument.

La semaine dernière, les hommes politiques du pouvoir ou de l’opposition ont rendu visite au Chérif de Nioro, une autorité religieuse malienne… Vous y êtes allé aussi. C’est lui qui vous a appelé ou c’est vous qui avez besoin de lui ?

Nous avons, lui et moi, des relations très particulières. Chaque fois que de besoin, je me lève pour aller le voir et pour le consulter pour qu’on échange. C’est moi qui y suis allé.

Selon nos informations, Goodluck Jonathan, qui est donc le médiateur de la Cédéao, souhaiterait que le Chérif de Nioro remplisse le rôle de médiateur de la crise. Est-ce que vous avez accepté cette proposition ?

Pas du tout. Le chérif et moi n’avons pas abordé cette question.

On sent l’influence du chérif de Nioro dans le gouvernement restreint formé par IBK et le premier ministre Boubou Cissé. On ne sent pas votre influence, ni celle du M5.

C’est vous qui dites que vous sentez son influence. Pour moi, tout reste à faire.

Abdoulaye Daffé, qui est le nouveau ministre des Finances, est un proche du Chérif de Nioro…

Mais est-ce que le fait qu’il soit proche du chérif de Nioro suffit pour dire qu’il est son influence ? C’est un cadre émérite de ce pays, un banquier de renommée internationale. Qu’il ait l’influence du chérif ou pas, il peut être ministre.

Est-ce que vous travaillez à trouver un dauphin politique pour vous représenter dans cette arène politique ?

Je n’ai pas de dauphin, puisque je ne suis pas au pouvoir. Mais je travaille à accompagner cette jeunesse, cette jeunesse qui aujourd’hui est devenue une proie facile pour des vendeurs d’illusions. Qu’est-ce qu’on fait ? Mais on n’y pense même pas ! On n’y réfléchit même pas ! On n’a pas de politique dans ce sens, on fait semblant… On fait croire aux autres qu’on fait… L’essentiel, ce sont les actes que l’on pose ! Mais ce n’est pas l’imam Dicko qui doit poser ces actes.

Avant la manifestation du 11 août, vous avez accusé la France d’interférer dans la politique malienne. Qu’est-ce que vous reprochez précisément aux dirigeants de ce pays ?

Je n’ai accusé personne. Je dis tout simplement que nous sommes un peuple souverain qui doit être respecté, comme nous respectons aussi les autres. Il y a des mauvaises langues qui essaient de dire que Dicko c’est quelqu’un qui veut faire un truc bureaucratique… Il veut instaurer la Charia, il veut bafouer le rôle des femmes… C’est parce que je suis musulman ou que je parle arabe, que j’interprète le Coran, que cela suffit pour faire de moi un rigoriste, un anti-Français, un anti je ne sais quoi ? Écoutez, cela ne tient pas debout !

Pourtant, certains de vos partisans ont un discours accusateur. Ils accusent la France d’être en partie responsable des problèmes que connaît le Mali, aujourd’hui.

On n’a pas consulté la France pour choisir IBK ! Nous l’avons choisi, nous, ici, souverainement. En tout cas, si la France l’impose autrement, je n’en sais rien. La France n’est pas venue dans nos mosquées pour nous parler d’IBK, c’est nous qui avons fait campagne ! La corruption qui sévit dans notre pays, ce n’est pas la France, c’est nous ! Cette mauvaise gouvernance, c’est nous ! Le fait d’opposer les communautés qui s’entretuent, c’est nous ! Nous avons un problème au Mali. C’est un problème de gouvernance réelle. Nous devons faire face à cela, au lieu de faire les faux-fuyants en essayant d’accuser les gens de tous les maux d’Israël.

Qu’est-ce que vous répondez à ceux qui vous accusent d’avoir un double discours, celui pour vos partisans et celui pour les Occidentaux ?

Vous voulez que, ce que je dis dans la mosquée, je dise la même chose dans la rue ? Ce n’est pas cohérent ! La mosquée, c’est la mosquée. Quand je suis dehors, je suis un citoyen qui défend ses idées, qui parle du pays… Écoutez, ce n’est pas parce que je suis religieux qu’il m’est interdit de faire cela. Le pape, c’est un chef de l’État ! Ce n’est pas politique, cela ?

Imam Dicko, candidat en 2023, cela ne se produira pas ?

Ce n’est pas vraiment par malice que je le dis : je suis un imam, c’est ce que je sais faire de mieux. Inch'Allah ! Je resterai imam. Je ne serai candidat de rien !

 

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