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Invité Afrique

Centrafrique: «Nous avons quatre mois de retard sur le processus électoral»

Audio 07:37
Anicet Georges Dologuélé.
Anicet Georges Dologuélé. AFP/Issouf Sanogo

En Centrafrique, le chef de file de l'opposition est candidat à la prochaine présidentielle. Anicet Georges Dologuélé a été investi il y a une semaine par son parti, l'URCA, l'Union pour le renouveau centrafricain. Officiellement, la présidentielle se tient 27 décembre prochain, mais l'opposition avance que rien n'est prêt et demande un report concerté jusqu'à 2021. C'est l'appel qu'elle lance au président Touadera. Anicet Georges Dologuélé, l'homme qui est arrivé deuxième à la présidentielle de 2016, répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

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RFI : Il y a quelques mois, l’opposition disait que la Centrafrique n’était pas prête pour voter en décembre prochain et qu’il fallait envisager un régime de transition. Maintenant, vous êtes candidat à cette présidentielle de décembre. Est-ce que ce n’est pas contradictoire ?

 

Anicet Georges Dologuélé : Au niveau de l’opposition, notamment de la COD 20-20 [Coalition de l'opposition démocratique 2020], nous n’avons jamais réclamé de transition. Par contre, nous avons signalé que l’Autorité nationale des élections était en train d’accumuler du retard et qu’il valait mieux s’asseoir et regarder sereinement ce retard et voir comment le réduire. Et malheureusement, les faits nous donnent raison aujourd’hui, nous avons déjà pratiquement quatre mois de retard sur le processus électoral.

Oui, mais ce retard ne peut-il pas être rattrapé afin qu’on vote en décembre ?

Je ne vois pas très bien comment il peut être rattrapé, puisque le corps électoral doit être convoqué d’ici le 27 septembre et le recensement électoral n’est pas terminé.

Les autorités disent qu’elles mettent les « bouchées doubles » ?

Mais c’est une bouchée double catastrophique, parce toutes les opérations sont bâclées et notamment, vous voyez la ville de Bangui, comment pouvez-vous avoir 257 000 inscrits pour une ville de plus d’un million d’habitants ? Et vous allez voir qu’à ce rythme, nous allons nous retrouver avec un corps électoral qui sera largement inférieur au corps électoral de 2016.

Faut-il envisager un glissement de la date de l’élection au début 2021 ?

C’est un constat. Nous constatons que les opérations sont en retard et que la date du 27 décembre ne pourra plus être respectée. A ce moment-là, comme le glissement s’annonce inévitable, il faut discuter et c’est ce qui nous a été proposé par la Cour constitutionnelle, faire une concertation nationale parce que notre but à tous, c’est de faire en sorte que des élections soient bien organisées. Vous voyez, nous sommes tous animés d’une bonne volonté pour discuter, sauf le président de la République lui-même, et personne ne comprend pourquoi.     

Vous critiquez beaucoup le président sortant, Faustin Archange Touadéra, mais l’accord de paix signé avec les groupes armés à Khartoum il y a 18 mois, en février 2019, est-ce que ce n’est pas un succès à mettre à l’actif du président Touadéra ?

C’est un accord personnalisé entre lui et les chefs de guerre. Ces chefs de guerre font ce qu’ils veulent, quand ils veulent. On ne sait plus qui dirige le pays : [Abbas] Sidiki, Ali Darassa ou [Mahamat] Alkatim… Ils sont tous des personnalités qui ne sont pas des Centrafricains, qui pour certains ne parlent pas du tout notre langue, qui ne s’intéressent pas au développement de la Centrafrique, mais qui, au quotidien, donnent des instructions à notre gouvernement.

Mais qu’est-ce que vous auriez fait de mieux à la place de Faustin Archange Touadéra ?

Je n’aurais pas fait cet accord de cette manière. Je n’aurais pas laissé l’insécurité se développer de cette manière. Le président lui-même a encouragé et orchestré une guerre interethnique entre les populations du Nord-Est, ce qui est extrêmement dangereux parce que toutes ces populations sont armées. Je dis que cet accord doit être renégocié à zéro.

Donc vous êtes contre l’opinion de l’Union africaine et du Conseil de sécurité des Nations unies ?

Je suis Centrafricain, ne l’oubliez pas. Je suis leader politique, j’écoute les populations, je suis député. Ce que je dis, c’est ce que pense la majorité de la population. Les Nations unies et l’Union africaine nous aident à négocier un bon accord et à le  conduire, mais un accord entre Centrafricains, c’est pour la paix en Centrafrique.

Mais il y a tout de même beaucoup d’observateurs de la communauté internationale dans votre pays qui disent que c’est un bon accord et qu’il faut maintenant l’appliquer dans sa totalité…

Sa totalité, c’est pour utiliser un mot, les sanctions. Quand des chefs de guerre n’appliquent pas un accord, ne respectent pas un accord, il faut les sanctionner. Donc, quand nos partenaires disent qu’il faut appliquer cet accord dans sa totalité, cela veut dire qu’il faut passer aux sanctions. Et je suis content de voir que cela a commencé avec Sidiki [Bidi Sidi Souleman, alias Sidiki Abass, leader du groupe armé 3R (milice Retour, Réclamation et Réhabilitation), sanctionné par l’ONU pour assassinats, tortures, viols, trafic d’armes, et engagement dans une guerre avec d’autres milices]. Dans ma région, là où je suis député, à Bocaranga et tout ça, je suis content de voir qu’il y a un début de cela. J’encourage la Minusca [Mission de l’ONU en Centrafrique] et l’armée centrafricaine à poursuivre ces opérations de sanctions de ces chefs de guerre.

Vous êtes candidat au nom de l’opposition, mais il y a un autre poids lourd qui est candidat, c’est l’ancien président Bozizé (2003-2013). Est-ce que votre division ne fera pas le jeu du président sortant ?

Non, ce n’est pas de la division. Nous faisons tous partie d’une coalition qui s’appelle la COD 20-20 [Coalition de l'opposition démocratique 2020]. Chaque parti politique investit son candidat.  Donc, chaque parti peut investir son président. Mais après, il peut y avoir une discussion pour avoir un seul candidat au finish. On était tous au congrès de François Bozizé. Tout le monde a été à mon congrès. Nous serons tous au congrès de Alexandre-Ferdinand N'Guendet, de Nicolas Tiangaye, de Mahamat Kamoun, ainsi de suite. Donc, ce n’est pas de la division, c’est le processus normal que nous suivons.

Ne risquez-vous pas d’être la victime du match Touadéra-Bozizé ?

Je ne suis pas sûr d’un match Touadéra-Bozizé. La présence de Touadéra dans le match est dans l’esprit de ses partisans. Mais ils sont très peu nombreux. Les Centrafricains estiment tous que Touadéra est déjà hors-jeu, même s’il est au pouvoir, même s’il dispose de moyens de l’État, même s’il se prépare à tricher. Je pense que le rejet est trop fort.

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