Accéder au contenu principal
Invité Afrique

Gabon: «Le discours de la Première ministre n'a pas fait illusion, le pays est bloqué»

Audio 04:58
Alexandre Barro Chambrier en 2012.
Alexandre Barro Chambrier en 2012. AFP/Xavire Bourgrois

La nouvelle Première ministre Rose Christiane Ossouka Raponda est intervenue sur RFI mardi après avoir prononcé vendredi dernier son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale, avec comme priorité la relance de l’économie en cette période de Covid-19. « Une panoplie de promesses démagogiques » pour Alexandre Barro Chambrier, du Rassemblement pour la patrie et la modernité (RPM), ancien ministre du Pétrole qui avait quitté le parti au pouvoir pour rejoindre Jean Ping, candidat malheureux à la présidentielle de 2016.

Publicité

RFI : Qu’avez-vous pensé du discours de politique générale de la Première ministre, Christiane Ossouka Raponda ?

Alexandre Barro Chambrier : Cela n’a pas fait beaucoup d’illusions. Tout le monde sait très bien que le problème n’est pas le Premier ministre. Donc, il n’y a rien de nouveau. Une panoplie de promesses démagogiques. Le pays est bloqué par des décisions mal avisées en matière budgétaire, en matière d’endettement qui est devenu incontrôlable et dont on ne voit pas la contrepartie productive, et ce pouvoir s’est constitué une solide réputation dans le déni des réalités.

Vous considérez que tout cela, ce sont des mots. Mais, le gouvernement doit faire face à un contexte sanitaire et économique particulièrement difficile. Et ce n’est pas seulement au Gabon ?

Ce n’est pas seulement au Gabon, mais ce n’est pas en niant les réalités, ce n’est pas en continuant une fuite en avant, en parlant de partenariats public-privé, d’investissements directs étrangers, alors que nous savons très bien que depuis 2016, personne de sérieux ne vient investir au Gabon.

Qu’est-ce qui vous inquiète le plus actuellement ?

Les libertés fondamentales sont bafouées. Nous avons le maintien d’un couvre-feu alors qu’on nous dit que la situation sanitaire s’améliore. En réalité, il s’agit de museler l’opposition. Nous avons là un régime oppresseur qui dénie le fait qu’il y ait des prisonniers politiques. Tout cela est absolument intolérable. Nous ne pouvons pas continuer comme ça. À un moment donné, il va arriver ce qui va arriver. Nous n’avons pas besoin de vous faire un dessin. Tout est possible.

Lors de votre discours prononcé à l’occasion du soixantième anniversaire de l’indépendance du Gabon, vous avez proposé une période de transition. Qu’entendez-vous par là ?

Il faut une remise à plat des institutions et une gestion paritaire de manière à aller vers des élections apaisées, des élections transparentes. Nous n’allons pas aller en 2023 dans les mêmes conditions que nous avons connues en 2016.

Mais, cela fait bientôt deux ans que le chef de l’État a été victime d’un AVC, deux ans que l’opposition met en cause ses facultés à diriger le pays. Est-ce que l’opposition gabonaise n’est pas plutôt en mal d’inspiration tout simplement ?

Non, madame. Nous ne sommes pas en mal d’inspiration. Tout le monde voit bien que le Gabon court à la catastrophe. Et le problème qui se pose, c’est le problème de notre système politique où tous les pouvoirs sont concentrés au niveau de la présidence de la République au moment où nous savons tous que le titulaire du poste aujourd’hui est affaibli et n’est plus en mesure de prendre toutes les décisions. Nous savons bien qu’autour de lui, son entourage tire les ficelles. Donc, il est temps de nous mettre autour d’une table pour considérer l’intérêt supérieur de la nation.

On a parfois l’impression que l’opposition gabonaise est atone. Elle est divisée. Aucun leader ne se dégage…

Comment voulez-vous ne pas avoir de difficultés dans un environnement liberticide. Courageusement, l’opposition s’organise, l’opposition essaye de s’exprimer avec les moyens du bord.

Du côté du pouvoir, de nouvelles personnalités émergent. Ne faudrait-il pas que l’opposition présente de nouveaux visages ?

Je ne suis pas sûr que c’est un problème de nouvelles têtes dans l’immédiat. Mais il y a également des jeunes qui s’organisent au sein des partis, en dehors des partis. Il y a des forces de la société civile qui se battent pour créer les conditions d’élections transparentes.

Où en sont vos rapports avec Jean Ping, opposant et ancien candidat à la présidence de la République ?

2016-2020. Cela fait quatre années et nous devons capitaliser sur l’expérience 2016. Mais nous devons résolument regarder en 2020. Et il n’est pas question de faire l’impasse sur la nécessité de réorganiser l’opposition, de nous redonner une colonne vertébrale pour susciter à nouveau l'espoir pour les échéances à venir.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.