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Invité Afrique

S. N'Guessan: «Seul un compromis politique aurait permis la candidature de Gbagbo et Soro»

Audio 05:36
Pour le politologue ivoirien Sylvain N'Guessan, seul un compromis politique aurait permis comme en 2010, la validation des candidatures de Laurent Gbagbo (G) et Guillaume Soro.
Pour le politologue ivoirien Sylvain N'Guessan, seul un compromis politique aurait permis comme en 2010, la validation des candidatures de Laurent Gbagbo (G) et Guillaume Soro. Montage RFI / Pierre Moussart

Ça passe pour Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié, Pascal Affi Nguessan et KKB. En revanche, ça ne passe pas pour Laurent Gbagbo et Guillaume Soro. Ainsi en a décidé ce lundi 14 septembre le Conseil constitutionnel de Côte d'Ivoire. Le 31 octobre, il n'y aura donc que quatre candidats à la présidentielle. Pour le politologue ivoirien Sylvain N'Guessan, la mise à l'écart de Laurent Gbagbo et Guillaume Soro n'est pas une surprise. Il répond aux quesitons de Christophe Boisbouvier.

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RFI : Votre première réaction après la décision du Conseil constitutionnel ?

Sylvain N'Guessan : Ma première réaction, c’est un peu la grande surprise de voir monsieur Mamadou Koulibaly ne pas figurer sur la liste des candidats retenus.

Mamadou Koulibaly, l’ancien président de l’Assemblée ?

Exact. Il n’a pas obtenu le parrainage dans les 17 régions, il aurait obtenu le parrainage dans seulement 15 régions, donc sa candidature a été rejetée. Personnellement, je pensais qu’il serait candidat à côté du président sortant, de monsieur Henri Konan Bédié et de monsieur Pascal Affi N’Guessan. Pour ce qui est de messieurs Soro Guillaume et Laurent Gbagbo, on était plus ou moins préparés à ne pas voir leurs noms figurer sur la liste des candidats retenus dans la mesure où leurs noms étaient retirés de la liste électorale. Donc, le Conseil constitutionnel ne pouvait pas outrepasser ce fait pour les déclarer éligibles. Ma grande surprise, c’est de voir Mamadou Koulibaly qui n’est pas candidat et monsieur Kouadio Konan Bertin qui a pu réunir les conditions pour être candidat.

Kouadio Konan Bertin, KKB, dissident du PDCI d’Henri Konan Bédié ?

Exact.

Alors Laurent Gbagbo et Guillaume Soro ont espéré tout de même que le Conseil constitutionnel ne suivrait pas la Commission électorale.

Bien sûr qu’ils ont nourri cet espoir dans la mesure où ils ont déposé leurs dossiers, mais c’était quand même difficile pour le Conseil constitutionnel d’outrepasser le code électoral et de les déclarer éligibles dans un tel contexte. À mon avis, seul un compromis politique aurait permis au président de la République, comme cela s’est fait en 2010, de permettre la candidature de messieurs Soro Guillaume et Laurent Gbagbo. Le Conseil constitutionnel est très mal placé dans la mesure où la CEI a pris grand soin de retirer les noms de Laurent Gbagbo et Guillaume Soro. Le Conseil constitutionnel est très mal placé pour les déclarer éligibles.

Alors pour Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, il y a encore un ultime recours possible ?

En principe, les décisions du Conseil constitutionnel ne sont pas susceptibles d’un recours pour ce qui est de la liste des candidats retenus pour la présidentielle. Bien sûr, nous sommes dans un environnement assez politisé, donc, est-ce que le président de la République va prendre sur lui d’ouvrir un débat politique d’ici le 31 octobre, de sorte à… ? Je ne pense pas.

Vous ne pensez pas que le président Ouattara soit prêt à une telle ouverture ?

Non, je ne pense pas. Il l’aurait fait avant de laisser le Conseil constitutionnel se prononcer. Aujourd’hui, après la décision du Conseil constitutionnel, ce serait vraiment difficile d’outrepasser la décision de cette institution. Il aurait fallu le faire bien avant.

Comment peuvent réagir aujourd’hui les partisans de Laurent Gbagbo ?

Je pense que les partisans du président Laurent Gbagbo ont été plus ou moins préparés à une telle éventualité. Je pense qu’ils savaient que la candidature de monsieur Laurent Gbagbo serait rejetée. C’est à juste titre que certains activistes proches du FPI, de la tendance de monsieur Laurent Gbagbo, ont demandé un candidat B, un plan B, au cas où la candidature de Laurent Gbagbo serait rejetée. Ce candidat aurait pu donc représenter le FPI, enfin la tendance du FPI proche de monsieur Laurent Gbagbo, à la présidentielle à venir.

Oui, mais Laurent Gbagbo apparemment ne voulait pas de plan B…

Il n’en voulait pas, ils s’y sont pliés et le résultat est là. Et peut-être qu’ils vont maintenant accepter de s’aligner derrière la candidature de monsieur Henri Konan Bédié.

Mais Pascal Affi N’Guessan se réclame également du FPI…

Oui, mais la tendance de monsieur Laurent Gbagbo a toujours clamé que monsieur Affi N’Guessan était banni de leur parti. Je ne pense pas qu’à quelques 45 jours de la présidentielle l’unité du FPI pourrait se réaliser. Je ne crois pas.

Et vous croyez que les partisans de Laurent Gbagbo préféreront voter pour le candidat PDCI Henri Konan Bédié que pour le candidat FPI Pascal Affi N’Guessan ?

Oui je le pense dans la mesure où, comme vous le savez, le président Laurent Gbagbo n’a pas voulu une autre dynamique interne au FPI. Le poste de premier vice-président du FPI n’a pas été pourvu jusque-là et le FPI n’a pas pu susciter d’autres candidatures. Monsieur Laurent Gbagbo est resté le seul maitre à bord.

C’est-à-dire que Laurent Gbagbo préfère soutenir un candidat en dehors de son parti que quelqu’un qui a été proche de lui et qui revendique le leadership de son propre parti ?

Bien sûr, mais le Premier ministre Pascal Affi N’Guessan également a tenu certains propos à certains moments qui ont poussé ses camarades au sein du FPI à prendre leurs distances vis-à-vis de lui. Quand il a annoncé que Laurent Gbagbo, c’était fini, « la veuve et les orphelins ont beau pleurer », c’était son expression, « la veuve et les orphelins ont beau pleurer, mais n’empêche que le mort sera enterré », ce sont des expressions assez fortes. Il n’était plus question de faire chemin avec monsieur Pascal Affi N’Guessan. Bon, ces derniers temps, il y a eu des tentatives de rencontres en vue d’une certaine unité, mais qui ont très vite échoué. Je ne vois pas la tendance proche de monsieur Laurent Gbagbo soutenir la candidature du monsieur Affi N’Guessan.

Comment expliquez-vous que les deux anciens ministres d’Alassane Ouattara, Albert Toikeusse Mabri et Marcel Amon-Tanoh, n’aient pas vu leurs candidatures validées ?

Ils ont tous deux respectivement eu des parrainages dans six régions sur 17.

Pas de candidatures pour les dissidents du parti d’Alassane Ouattara ?

C’est ça. Ils n’ont pas eu les parrainages qu’il fallait dans 17 régions.

Et peut-être qu’on ne les a pas aidés à avoir ces parrainages ?

À partir du moment où ils prennent leur destin en main, c’est à eux de se donner les moyens d’obtenir leurs parrainages. Ce n’est tout de même pas le RHDP qui allait aider ses adversaires à obtenir leurs parrainages !

En revanche, KKB, le dissident de chez Henri Konan Bédié, lui, il a eu tous les parrainages nécessaires ?

Oui, il a eu les parrainages nécessaires. Où a-t-il a obtenu les moyens ? Je suis quand même surpris, à vrai dire, qu’il ait obtenu tous ces parrainages, sans grand bruit d’ailleurs. Il a dû user d’une stratégie qu’il est seul à connaître et à maîtriser.


Mise au point :

À la suite des propos que Sylvain N'Guessan attribue au candidat du FPI Pascal Affi Nguessan, ce dernier les dément formellement. « Ce sont des propos d'une rare violence qui sont fictifs et mensongers », affirme l'ancien Premier ministre ivoirien, qui admet seulement avoir évoqué en 2015 la parabole de « la douleur du deuil », pour expliquer le refus de certains militants pro-Gbagbo de participer à la présidentielle de l'époque.

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