Accéder au contenu principal
Invité Afrique

Maâti Monjib, journaliste et historien marocain : «La persécution à mon égard est permanente»

Audio 05:00
L'historien, journaliste et militant des droits de l’homme marocain Maâti Monjib.
L'historien, journaliste et militant des droits de l’homme marocain Maâti Monjib. © Maâti Monjib

Notre invité ce matin est l'historien, journaliste et militant des droits de l’homme marocain Maâti Monjib. Cet universitaire est l’objet depuis quelques semaines d’une nouvelle campagne d’insultes, de pressions policières et de menaces. Président de l’association Freedom Now pour la liberté de la presse, il est poursuivi, de même que six autres journalistes et militants des droits humains, depuis 2015 pour « atteinte à la sécurité de l’État ». Un procès déjà reporté à 19 reprises et dont la prochaine audience est fixée au jeudi 1er octobre. Plusieurs centaines d’universitaires marocains et étrangers l’ont soutenu dans une tribune publiée dans la presse l’an dernier. Maâti Monjib répond aux questions de Carine Frenk.

Publicité

RFI : Pourquoi la campagne d’intimidation contre vous redouble-t-elle de vigueur en ce moment ?

Maâti Monjib : J’ai été le premier à informer l’opinion publique de l’arrestation, le 22 mai, du journaliste Souleymane Raissouni, que j’ai annoncée dix minutes après son arrestation.

Comment cela se traduit-il, concrètement ?

Tout d’abord, par les insultes. Et les insultes c’est très, très dur, au Maroc, et c’est très bien organisé ! Depuis quelques mois, ils ont commencé à produire des vidéos et des caricatures très méchantes sur moi, sur ma famille, sur mes amis… Et c’est très, très grave, parce qu’il y a des centaines de milliers qui voient ces vidéos. Puis je suis filé, ma maison a été visité plusieurs fois… Ils ont, par exemple, photographié chez moi et ils ont publié cela dans des sites d’information très populaires. Ma famille a été aussi menacée, etc. Cela se passe comme ça depuis quelques années, mais c’est relancé depuis fin mai.

Quand vous dites « ils », qui désignez-vous ?

En fait, c’est la police politique. Cela relève de trois organisations de la police, y compris la DST.

Les réseaux sociaux sont un outil pour vous intimider ?

Aussi dans les réseaux sociaux, la police est très présente. Mais je parle de journaux. Même les premiers journaux, par exempleAl Akhbar, me diffame tout le temps ! Une fois, ils disaient dans l’édito que j’ai volé 2 milliards ! Avec ma photo, en impliquant ma famille… Donc c’est loin des réseaux sociaux, mais cela existe aussi, la diffamation, les pressions, les menaces de mort passent aussi via Facebook… Donc voilà, c’est quotidien ces intimidations-là.

Et quotidien depuis des années…

Je suis interdit d’enseignement depuis cinq ans. Je suis interdit de colloques. Je suis filé jusqu’à la campagne, quand je vais voir ma mère et ma mère reçoit des menaces. Elle a 88 ans. Et parfois, la police me suit avec le gyrophare, la nuit. Quand je reviens à Rabat, ils me suivent et mettent le gyrophare pour me faire peur. Quand je suis à l’étranger, je suis filé par la police. Même en France. Et ils l’annoncent parce que parfois je ne m’en rends pas compte. Par exemple, à Montpellier, j’y étais le 13 août dernier. Ils ont publié le lendemain que je portais une chemise jaune, en soie - elle n’était pas en soie, elle était en coton -, et que j’allais me reposer dans ma ferme. Je n’ai pas de ferme, mais je suis allé chez des amis à la campagne. Et là, ils ont annoncé il y a une semaine, qu’ils vont publier des photos de moi, à Montpellier. Si je rencontre n’importe quelle femme -collègue ou journaliste-, le lendemain, il y a l’information que j’ai couché avec elle hier soir. Et parfois, ils mettent des détails, faux bien sûr, que j’ai bu avec elle du vin, etc. Et plein d’autres choses comme ça. Donc c’est permanent la persécution. Ils utilisent beaucoup de ressources humaines et financières pour me mettre dans une situation intenable.

Tout cela, parce que vous publiez simplement des articles qui dérangent ?

J’écris régulièrement dans la presse démontrant la corruption et le despotisme du régime, mais aussi parce que j’ai travaillé, les années précédentes, pour un rapprochement de différents courants politiques, pour mettre en place un front pro-démocratique au Maroc.

Vous êtes poursuivi avec six autres personnes pour atteinte à la sécurité de l’État. Où en est la procédure ?

Nous rencontrons nos juges pour la vingtième fois, le 1er octobre 2020, c’est-à-dire dans une semaine. Cela dure toujours quatre ou cinq minutes. Puis le juge, très respectueux, annonce la prochaine audience.

Selon Amnesty International, ce procès est « inquiétant pour la liberté d’expression au Maroc », Amnesty qui demande l’abandon des charges, mais rien n’y fait…

Rien n’y fait. Notre défense demande que le procès soit ouvert. Il n’est jamais ouvert. C’est sans fin. C’est sans fin… Mais cela a une importance pour le régime. C’est, de mettre une épée de Damoclès sur nos têtes.

Est-ce que vous avez l’impression que le régime marocain bénéficie d’une certaine indulgence de la Communauté internationale ?

Les États occidentaux, oui, ferment les yeux -surtout depuis le « Printemps arabe » -, sur les pratiques répressives du régime marocain. C’est très clair. Bien sûr, il y a un soutien des organisations internationales, y compris occidentales, comme Amnesty International, Human Rights Watch… Mais les États occidentaux, y compris les États-Unis, la France et l’Espagne, ne font aucune pression sur le régime marocain concernant ces pratiques de persécution.

Et quel est votre état d’esprit, aujourd’hui ? N’êtes-vous pas fatigué après toutes ces années ?

La persécution, et surtout les insultes, sont fatigantes et je suis fatigué. Mais je continuerai à résister aux pratiques autoritaires du régime marocain. Je ne lâcherai pas.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.