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L'Épopée des musiques noires

Billie Holiday révélée…

Audio 29:00
James Erskine, heureux de présenter l’affiche de son film sur les écrans le 30 septembre 2020.
James Erskine, heureux de présenter l’affiche de son film sur les écrans le 30 septembre 2020. Christian Rose

La destinée de Billie Holiday a suscité bien des commentaires, d’écrits et de controverses depuis sa disparition en 1959. Présentée comme la victime d’une société ségrégationniste, son image s’est déformée au fil des décennies. Le réalisateur britannique James Erskine tente de lui rendre toute sa profondeur à travers un film sobrement intitulé "Billie". C’est une combattante que l’on découvre soudainement dans ce documentaire passionnant.

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C’est en mettant la main sur des archives sonores inédites que James Erskine entreprend de dévoiler la vraie personnalité de "Lady Day". Tout commence au début des années 70 quand une journaliste américaine, Linda Lipnack Kuehl, se lance dans l’écriture d’une biographie richement illustrée de propos exclusifs. Elle rencontre et interviewe alors des dizaines de personnalités ayant côtoyé Billie Holiday. Charles Mingus, Tony Bennett, Count Basie, John Hammond, Jo Jones, entre autres, répondent à ses questions directes et parfois dérangeantes. Elle cherche à révéler la véritable histoire d’une reine de l’art vocal malmenée par une Amérique raciste et cruelle. Elle interroge des proxénètes, des managers, des agents du FBI... 200 heures de témoignages seront enregistrées. Avant d’avoir achevé son ouvrage, Linda Lipnack Kuehl trouve la mort en 1978. Les bandes magnétiques qu’elle avait compilées resteront muettes jusqu’à ce jour.

James Erskine au micro de Joe Farmer.
James Erskine au micro de Joe Farmer. Christian Rose

En découvrant ce trésor inespéré, le réalisateur James Erskine décide d’en extraire le meilleur. Son film "Billie" redonne ainsi subitement vie à une époque, à des personnages, des intrigues, des sentiments, des injustices qui façonnent le vrai visage de Billie Holiday, une femme déterminée, rebelle, excessive et sensible. Au micro de Linda Lipnack Kuehl, le guitariste Barney Kessel avait pointé du doigt l’esprit frondeur de sa partenaire de scène lorsqu’elle interprétait, au risque de sa vie, l’hymne de la contestation, "Strange Fruit" : "Les paroles de la chanson étaient percutantes. Elle était d’ailleurs au bord des larmes quand elle la chantait. On entendait sa voix se briser. Et ses yeux en disaient long sur ce qu’elle avait enduré. Le fait que les Noirs n’aient pas les mêmes chances la révoltait. Et le seul moyen, pour elle, d’exprimer cette injustice, c’était de chanter des chansons comme celle-ci ! ".

Si l’avalanche des déclarations présentes dans le film de James Erskine demande une attention particulière, la flamme d’une artiste, trop longtemps caricaturée et incomprise, brille à nouveau avec éclat tout au long de ces 90 minutes haletantes. Au-delà de cette épopée poignante, le sort de Linda Lipnack Kuehl est tout aussi émouvant. Son suicide, toujours remis en doute par sa famille, interpelle et plonge son existence dans le roman noir du jazz. Son personnage prend alors une dimension inattendue dans le récit cinématographique de James Erskine. Le doute s’installe, les époques s’entrechoquent, Billie et Linda se répondent, leurs questionnements s’additionnent, deux aventures humaines se confrontent et leur combat social devient un enjeu commun, comme un écho de notre XXIe siècle agité.

→ La bande annonce du film "Billie".

Affiche du film "Billie" de James Erskine.
Affiche du film "Billie" de James Erskine. Dark Star Productions

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