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Aujourd'hui l'économie

Le Covid-19 a fait exploser la doxa budgétaire

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Le ministre français de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, lors d'une conférence de presse après le Conseil des ministres, le mercredi 10 juin 2020 à Paris.
Le ministre français de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, lors d'une conférence de presse après le Conseil des ministres, le mercredi 10 juin 2020 à Paris. Ludovic Marin/Pool via REUTERS

Le gouvernement français s'apprête à présenter son projet de budget 2021. Un budget placé sous le sceau des dépenses. Les vannes sont grandes ouvertes pour financer la relance, ce plan de relance de 100 milliards d'euros annoncé au début du mois pour aider notamment les entreprises. Cette année, pour la première fois depuis longtemps, on ne parlera pas des critères budgétaires imposés par l'Union européenne. Ils ont été suspendus au début de la crise sanitaire.

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En mars dernier, la Commission européenne a fait sauter la clause du « pacte européen de stabilité et de croissance » qui impose aux États de voter des budgets à l'équilibre.

Il s'agissait de répondre à la crise sanitaire qui nécessite de nombreuses dépenses pour soutenir les entreprises et les populations. Depuis le printemps, au fil des budgets rectificatifs, les déséquilibres des finances se creusent. La France s'achemine vers une dette publique qui dépasse largement le PIB. Jusqu'à 2025, elle sera de 120%, a reconnu le ministre des Finances Bruno Le Maire. C’est le double du plafond imposé par les règles budgétaires européennes. La question de la dette et des déficits jadis au cœur des débats passe au second plan. C'est le temps de la dépense.

Les voisins européens ne sont pas en reste

On peut soutenir qu'en France, même si la rigueur budgétaire est en permanence débattue, elle n'est jamais vraiment appliquée. Même chez nos voisins allemands, le dogme de la rigueur, issu du traumatisme de la crise des années 1920 est abandonné pour l'instant. La semaine dernière, Berlin a approuvé un budget 2021 avec une nouvelle dette nette de 96,2 milliards d'euros pour financer la lutte contre les effets de la pandémie. Le gouvernement a dû suspendre une règle constitutionnelle pour passer ce budget hors des clous et ça pourrait continuer l'année prochaine. Au total, dans la zone euro, l'endettement public s'élève à 102% du PIB.

Et pour l'instant, l'Union européenne soutient donc ce mouvement

Partant du constant que a plupart des États seront en récession et largement endettés et que les incertitudes continueront de planer encore l'an prochain, la Commission ne compte pas remettre sur le tapis les règles budgétaires. Pas avant 2022. Elle étudiera la question au printemps prochain. D'ici là, la Banque centrale européenne continue d'aider les États à s'endetter à des taux historiquement bas. Surtout, le plan massif de relance européen de 750 milliards d'euros qui, chose inenvisageable, jusqu'ici sera financé par de la dette commune, doit aider les États à engager des investissements de long terme dans l'éducation, la santé, le climat.

Va-t-on reparler de rigueur budgétaire un jour ?

Certainement mais pas tant que les nuages continueront de s'amonceler sur la tête des européens, qui devront affronter dans les semaines et les mois qui viennent une nouvelle flambée de Covid-19.

Mais il ne faut pas se leurrer. La plupart des gouvernements gardent en tête ces règles qui ont été conçues à la base pour maintenir un certain équilibre entre les États. À Paris, on précise qu'on n'oublie pas les objectifs de rétablissement des finances publiques. Mais à Paris, à Rome, on appelle aussi à revoir des règles budgétaires européennes trop complexes et inadaptées, surtout en temps de crise économique. Même les experts qui conseillent la Commission les jugent irréalistes. Mais la dette est aussi une question politique : quand et qui la remboursera... Il est certain que le débat vaste et complexe reviendra tôt ou tard sur le tapis.

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