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Invité Afrique

«Il y a eu un certain abandon de l'Afrique par l'administration Trump»

Audio 04:45
Donald Trump, le 16 septembre 2020.
Donald Trump, le 16 septembre 2020. AFP/Mandel Ngan

Le président américain Donald Trump fera face ce mardi soir à Joe Biden à l'occasion du premier débat télévisé de la campagne électorale américaine. Deux candidats, deux conceptions très différentes de la politique étrangère, et notamment de la place que l'Afrique doit occuper dans la diplomatie américaine. Jeffrey Hawkins, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), oppose ce qu'il appelle « l'abandon » de l'Afrique par l'administration Trump à la volonté de « coopération » de l'équipe Biden.

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RFI : Comment la politique africaine des États-Unis a-t-elle évolué sous Donald Trump ?

Jeffrey Hawkins : Il y a eu un certain, je dirais, abandon de l’Afrique par l’administration Trump, notamment de la part du président lui-même. C’est un hommes d’affaires, un homme politique qui n’a prêté que très peu d’attention au continent. C’est quelqu’un qui a des intérêts économiques dans pas mal de pays au monde... mais en Afrique, très peu. Donald Trump a notamment parlé de « pays de merde » à une certaine époque. C’est quelqu’un qui n’a jamais voyagé sur le continent. Et même son secrétaire d’État [Mike] Pompeo n’y est allé qu’une fois. C’est donc une administration qui prête très peu d’attention au continent africain, sauf quand il s’agit des enjeux géostratégiques, et notamment vis-à-vis de la Chine.

Est-ce que ce désintérêt s’est traduit par une véritable réduction de la politique africaine des États-Unis ou est-ce que l’administration américaine, notamment le département d’État, a maintenu une politique africaine parallèlement au désintérêt de la Maison Blanche ?

Certainement… Celui qui est chef de l’Afrique au département d’État, c’est un diplomate de carrière…

Tibor Nagy…

Oui… Tibor Nagy, c’est un diplomate qui a fait un travail tout à fait correct. Mais sans le soutien, sans la volonté du président, il reste assez peu de choses à faire.

Où en est-on d’un point de vue sécuritaire ? Au début de l’année, le chef d’état-major, le général Mark Milley, avait annoncé une réduction des effectifs du Commandement des États-Unis pour l'Afrique (Africom), est-ce que le retrait militaire s’est confirmé depuis ?

Non. On en parle toujours. Et d’ailleurs, on garde à peu près 7 000 soldats américains sur le sol africain… et je n’ai pas l’impression pour l’instant que ce chiffre ait baissé sensiblement. Par contre, ça ne concerne pas l’Afrique, mais Donald Trump est un peu fâché avec les Allemands. Et donc, il veut réduire la présence militaire américaine en Allemagne, y compris l’état-major de l’Africom qui se trouve à Stuttgart. Cela va certainement totalement désorganiser l’effort militaire américain vis-à-vis de l’Afrique si on est en train de déménager de l’Allemagne vers un autre pays.

Est-ce qu’on a des raisons de penser que cette politique africaine pourrait évoluer si Donald Trump était réélu ?

Si Trump est réélu, je ne pense pas.

Est-ce qu’on sait ce qui changerait si Joe Biden était élu ?

Certainement. Ce n’est pas que tout d’un coup, l’Afrique sera la priorité numéro une de l’administration américaine. Joe Biden est face à des défis énormes, notamment le Covid en ce moment, le changement climatique, la Chine, la prolifération nucléaire, le Moyen-Orient, la Russie, etc. Et l’Afrique va certainement passer en deuxième priorité après ces grands défis. Ceci dit, c’est une administration, si jamais Biden est élu, qui aura beaucoup d’expertise sur l’Afrique, des gens qui connaissent bien le continent. La campagne électorale de Biden a ce qu’on appelle un « Africa policy group » donc il y a déjà une cellule qui prépare la politique de Biden vis-à-vis de l’Afrique.

Avec des gens comme Susan Rice, Antony Blinken, c’est ça ?

Antony Blinken et autres : Nicholas Burns qui est un de nos grands diplomates, Michelle Gavin qui était ambassadrice au Botswana. Cette cellule est certainement en train de préparer un engagement plus équilibré, plus respectueux que ce que nous avons vu de l’administration Trump.

Est-ce qu’on sait déjà dans quelle direction cette cellule voudrait orienter la politique africaine des États-Unis si elle venait à prendre le pouvoir ?

Je pense que ça va beaucoup ressembler aux priorités de l’administration Obama, parce que la plupart de ces experts sont des vétérans de l’administration Obama. Avec certainement une forte reconnaissance du potentiel du continent africain et notamment de la jeunesse africaine qui était une priorité sous Obama ; les mêmes intérêts pour les affaires, les marchés, les investissements, certainement une administration qui veut coopérer avec l’Afrique et qui cherchera notamment à aider à la résolution des crises africaines, comme l’a fait l’administration Obama, et qui est prête à travailler avec les organisations internationales. N’oublions pas aussi que Biden a bien sûr été vice-président du président Obama, mais il a aussi été président de la commission pour les relations internationales au Sénat. C’est quelqu’un qui connait très bien le monde, qui connait ses institutions et qui connait un tout petit peu l’Afrique. Donc, l’Afrique n’aura peut-être pas une place de premier plan, mais on ne va pas oublier l’Afrique.

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