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Le chat est un serial killer

Audio 02:36
Aux origines de sa cohabitation avec l'être humain, le chat était apprécié pour chasser les rongeurs.
Aux origines de sa cohabitation avec l'être humain, le chat était apprécié pour chasser les rongeurs. RFI /Florent Guignard
Par : Florent Guignard
8 mn

Un député écologiste français veut éradiquer les chats errants, véritable menace pour la biodiversité. Les chats, sauvages ou domestiques, possèdent un triste palmarès chez les oiseaux : 75 millions de morts par an en France.

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Oubliez l’adorable boule de poils dont vous « likez » les vidéos sur les réseaux sociaux ; le chat est un tueur en série. Le député écologiste François-Michel Lambert a ainsi déposé la semaine dernière en France un amendement à la proposition de loi sur le bien-être animal, pour éradiquer les chats errants, dangereux pour la biodiversité. « Le chat haret, un chat domestique retourné à l’état sauvage, est en train de liquider une grande partie des espèces présentes, s’inquiète le cofondateur de l’Union des démocrates et des écologistes. Ces chats, qui n’appartiennent à personne, ont besoin de chasser, de tuer, pour se nourrir. Il ont besoin de trois proies par jour, et dans un espace naturel déjà soumis à la pression de l’urbanisation, ils peuvent tout liquider ! Quand une petite musaraigne, un petit lézard ou un petit oiseau aura disparu, il aura vraiment disparu. On ne pourra pas revenir en arrière. »

L’amendement de François-Michel Lambert a finalement été jugé irrecevable. Il n’entrait pas dans le cadre de la loi sur le bien-être animal, qui vise à protéger les animaux des hommes, en interdisant par exemple l’utilisation des animaux dans les cirques ou l’élevage des mammifères pour leur fourrure. Mais le député des Bouches-du-Rhône n’entend pas baisser les bras et prépare une proposition de loi pour permettre, dans les zones de tension, l’organisation de battues aux chats harets. Leur stérilisation étant trop aléatoire, le temps pressant, il faudrait, selon lui, les tuer.

75 millions d’oiseaux tués chaque année en France

Mais le chat errant, ce « super prédateur », n’est pas seul en cause. Les chats de propriétaire, à une moindre échelle, sont aussi une menace pour la biodiversité. Selon une estimation de la Ligue pour la protection des oiseaux, les félins français sont responsables de 75 millions de morts par an. Votre chat, qui ne passe pas toutes ses journées et ses nuits à regarder la télé avachi dans un fauteuil, tuerait ainsi en moyenne 5 à 10 oiseaux chaque année.

Malgré des siècles de domestication, le chat a conservé ses instincts de chasseur. Et c’est d'ailleurs pour cela que les humains l’ont adopté, au néolithique, quand les femmes et les hommes abandonnent la cueillette pour devenir cultiver la terre, il y a à peu près 10 000 ans, selon les régions du monde. « Les cultivateurs du néolithique produisaient des céréales, qu’ils accumulaient pour se nourrir le restant de l’année, rappelle Eva-Maria Geigl, directrice de recherche au CNRS à Paris. Qui dit accumulation de graines, dit rongeurs, rats et autres souris qui sont attirés. Et pour le chat, c’est la promesse d’un festin. Les chats les moins farouches vont se rapprocher de l’habitat humain pour se régaler de ces rongeurs. » Le début d’une cohabitation « gagnant-gagnant » entre les chats et les humains. Jusqu’à leur vénération dans l’Egypte antique.

Surpopulation féline

« La chasse, c’est ce qu’on attendait du chat. C’est ce qu’on voulait qu’il fasse. On ne voulait pas d’un chat sur un canapé, et cela jusqu’à récemment », poursuit Eva-Maria Geigl. La sélection des races ne remonte qu’à deux ou trois siècles, et dans des buts esthétiques. « On n’a donc forcément jamais agi sur son caractère de chasseur. » D’autant qu’aujourd’hui encore, dans les campagnes, on apprécie aussi le chat pour qu’il chasse les souris des maisons.

En France, le nombre de chats domestiques a doublé en 20 ans. Il y a davantage de chats que de chiens. Et la population féline est estimée à 15 millions d’individus. Une forte croissance qui menace la biodiversité. « Le problème n’est pas le chat, estime ainsi Eva-Maria Geigl. Le problème est l’être humain qui a laissé les populations de chats prendre une telle ampleur. Un carnivore ne doit pas être présent dans une telle quantité. On ne le contrôle plus. Il y a donc beaucoup beaucoup trop de chats. » Le chat domestique chasse pour son bon plaisir, et la chercheuse ironise sur ce petit animal qui préfère attraper des rouges-gorges plutôt que des rats. « On pourrait utiliser les chats pour qu’il s’attaquent aux rats, qui prolifèrent par millions à Paris. Mais ils ne le font plus, parce qu’ils ont peur des rats ! » Minou préfère regarder la télé dans son canapé.


♦ La question de la semaine

« Y a-t-il des chats à l’Elysée ? »

Un seul président français possédait un chat : Charles de Gaulle. Mais son chartreux, qui s’appelait Grigri, restait à Colombey-les-Deux-Eglises et n’a jamais mis les pattes à l’Elysée. Le chef de l’Etat se doit d’avoir un chien, et si possible un labrador. De Valéry Giscard d’Estaing à Emmanuel Macron, en passant par François Mitterrand et sa chienne Baltique, devenue célèbre le jour de ses funérailles, sur le parvis de l’église de Jarnac, le labrador est devenu une tradition présidentielle française. Question d’image. Le chat serait sournois, et le chien loyal et fidèle, incarnant une forme de force tranquille. Au Royaume-Uni pourtant, le Premier ministre Winston Churchill préférait les chats, parce que comme l’écrivit Victor Hugo, « Dieu a inventé le chat pour que l’homme puisse caresser un tigre ».

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