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Invité Afrique

Alassane Ouattara sur la présidentielle ivoirienne: «C'est un sacrifice que je fais»

Audio 33:45
Alors que l'opposition appelle au boycott de l'élection présidentielle, Alassane Ouattara maintient le cap.
Alors que l'opposition appelle au boycott de l'élection présidentielle, Alassane Ouattara maintient le cap. AFP/Sia Kambou

À trois jours de l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire, le président-candidat Alassane Ouattara maintient le cap. Pas de report. « Le scrutin aura bien lieu ce samedi 31 », dit-il, malgré l'appel de l'opposition à la désobéissance civile. Va-t-il rencontrer Henri Konan Bédié ? Va-t-il laisser rentrer Laurent Gbagbo ? Sera-t-il à nouveau candidat en 2025 ? Au palais présidentiel à Abidjan, Alassane Ouattara répond aux questions de Christophe Boisbouvier de RFI et de Marc Perelman de France 24.

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Marc Perelman : Monsieur le président, nous sommes tout proches d’une l’élection présidentielle à laquelle vous ne deviez pas participer. Après le décès tragique de votre dauphin Amadou Gon Coulibaly le 8 juillet 2020, vous avez fait volteface. Pour l’opposition, ce n’est pas par devoir que vous l’avez fait, mais par « mégalomanie »,…

Alassane Ouattara : Oh là.

M.P. : Par « syndrome de l’homme providentiel »…

A.O. : Personne ne peut dire que je suis un mégalomane…

M.P. : Ils le disent…

A.O. : Ils le disent, c’est leur opinion. Mais fondamentalement, ce qui m’importe, c’est vraiment ma conscience et l’amour pour mon pays. Et je considère que cette décision est bonne. Si c’était Amadou Gon Coulibaly, ils se font des illusions, Amadou les aurait vaincus. Evidemment, à partir du moment où c’est moi, pour eux, la défaite est certaine. Par conséquent, peut-être c’est la raison pour laquelle ils essaient de ne pas aller aux élections.

M.P. : Jeudi dernier, vous avez fait des concessions un petit peu au niveau de la Commission électorale indépendante (CEI). Elles ont été repoussées par vos deux principaux adversaires. Ceux-ci réclament une facilitation internationale, est-ce que vous l’envisagez encore et est-ce que vous pourriez envisager un report du scrutin ?

A.O. : Moi, j’ai toujours la Constitution de la Côte d’Ivoire dans ma poche. J’espère que je ne vais pas déranger votre micro. La Constitution dit que l’élection présidentielle doit avoir lieu le quatrième samedi du mois d’octobre de la cinquième année du président de la République. Même si je le voulais, je ne pourrais pas le faire. Moi, je ne veux pas être un parjure, je ne peux pas changer la date. Et ils le savent, cette Constitution date du 8 novembre 2016.

M.P. : Donc, c’est définitif et ferme…

A.O. : Donc, depuis le 8 novembre 2016, ils savent que nous aurons des élections. Pourquoi voulez-vous la facilitation, pourquoi faire ? Nous ne sommes pas en transition en Côte d’Ivoire. Moi, je suis démocratiquement élu. Pourquoi voudrait-on d’une transition ? Et ces élections auront lieu comme l’exige la Constitution le 31 octobre qui est un samedi, le dernier samedi du mois d’octobre.

Christophe Boisbouvier : Vous parlez du président Henri Konan Bédié. Depuis plusieurs jours, on parle d’un éventuel tête à tête entre monsieur Bédié et vous-même. Mais visiblement, il y a un blocage. Alors d’où vient-il ? Est-ce qu’une rencontre est encore possible d’ici samedi ?

A.O. : Moi, j’ai marqué ma disponibilité. Je l’ai marquée avec la mission de la Cédéao [Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest], avec madame Shirley Botchway. Je l’ai confirmée au président [du Ghana], Nana Akufo-Addo, encore avant-hier. Mais si le président Bédié ne souhaite pas cette rencontre, peut-être qu’on la fera à une autre date. C’est mon aîné vous savez, je ne vais pas le bousculer.

C.B. : Pour l’instant, rien n’est prévu ?

A.O. : Pas à ma connaissance.

C.B. : Le fait que monsieur Pascal Affi N’Guessan et monsieur Henri Konan Bédié n’aient pas formellement retiré leur candidature, est-ce que cela laisse la porte ouverte à un accord de dernière minute ?

A.O. : Mais, posez-leur la question. Ils sont candidats. De toute façon, leurs noms vont figurer sur les bulletins de vote. Donc, ils auront des gens qui vont voter pour eux.

M.P. : Venons-en à l’ancien président, Laurent Gbagbo. Il a donc été acquitté en première instance par la Cour pénale internationale. Il attend son verdict d’appel à Bruxelles. D’après la CPI, il peut rentrer sans attendre cet appel en Côte d’Ivoire. Si vous donnez votre accord, lui affirme avoir fait des demandes de passeport, de laissez-passer…

A.O. : Tout ça est en cours de règlement. Vous savez…

M.P. : Laissez-moi juste finir…

A.O. : Non, non, non.

M.P. : Il dit que vous avez refusé de lui accorder…

A.O. : Non, non, non, ce n’est pas vrai. Je veux que Laurent Gbagbo rentre dans des conditions normales.

M.P. : Et pourquoi ne pas lui donner un passeport ?

A.O. : Non, non. Le passeport est en cours de délivrance à ma connaissance. Ce n’est pas un souci. Pourquoi je lui refuserais son passeport ?

M.P. : Il dit qu’on lui a refusé…

A.O. : Il dit, mais ce n’est pas ce que moi je constate. Ceci étant, le jugement en appel viendra, j’espère dans les semaines à venir. Puis après cela, c’est un ancien président, il a déjà fait 9 ans là-bas, je trouve qu’il est temps qu’il rentre en Côte d’Ivoire. Mais cela ne peut se faire que dans des conditions examinées d’un commun accord.

M.P. : Vous avez parlé aussi d’une éventuelle nouvelle révision de la Constitution, notamment de rétablir la limite d’âge des candidatures…

A.O. : Vous savez ce sont des perspectives, cela ne veut pas dire que ce sera le mois prochain ou l’année prochaine. Mais je crois qu’il y a une demande forte au niveau de la jeunesse pour que nous puissions limiter l’âge.

M.P. : À quel âge ? 70, 75 ans ?

A.O. : Je n’en sais rien, ce sera au Parlement…

C.B. : Donc, vous seriez d’accord pour fixer une limite d’âge qui fait qu’en 2025, aucun de vous trois, Laurent Gbagbo, Henri Konan Bédié et vous, ne seriez candidats ?

A.O. : Moi, j’ai des idées sur cela, mais cela dépendra de la commission à mettre en place, de l’Assemblée nationale, du Sénat et du vote des Ivoiriens. Et je considère qu’il est temps que nous quittions la scène politique.

C.B. : Vous n’excluez pas d’être à nouveau candidat en 2025 ?

A.O. : Non, non, non. Ça suffit comme ça, c’est un sacrifice que je fais. Pour moi, il serait difficile, même impossible. Et j’espère que la Constitution va nous régler ce problème.

C.B. : Merci monsieur le président de nous avoir accordé cet entretien sur les deux chaînes RFI et France 24.

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