Aujourd'hui l'économie

La lutte sans fin contre le financement du terrorisme

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Des militaires français patrouillent dans le cadre d'un renforcement de l'opération Sentinelle, qui vise à protéger les «points» sensibles du terrorisme. Marseille, le 3 novembre 2020.
Des militaires français patrouillent dans le cadre d'un renforcement de l'opération Sentinelle, qui vise à protéger les «points» sensibles du terrorisme. Marseille, le 3 novembre 2020. AFP/Christophe Simon

La France se prépare à commémorer un triste anniversaire, celui des attentats du 13 novembre 2015, les plus meurtriers que le pays ait jamais connus avec 131 victimes. Une menace jihadiste qui n'a pas disparu puisque deux autres attentats ont à nouveau endeuillé le pays ces dernières semaines, à Nice et à Conflans-Sainte-Honorine. Dans ce contexte très tendu, l'État français entend montrer qu'il agit pour tarir les ressources potentielles des terroristes.

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Les récentes attaques ont démontré que la menace était intacte et que la France restait une cible de première importance. Depuis les attentats de 2015, le gouvernement français n'a cessé d'étoffer son dispositif de lutte contre le financement du terrorisme.

Il a renforcé la coordination du renseignement, nommé un magistrat référent en matière de financement. Étoffé son arsenal juridique en la matière, tout en étant à l'initiative de nouveaux règlements au niveau européen pour mieux traquer les flux susceptibles d'alimenter les actions terroristes.

Des modes de financement du terrorisme qui ont évolué depuis 2015

Avec, la perte de terrain subie par l'État islamique, ses revenus réguliers comme les taxes sur les populations, ou l'exploitation du pétrole ont fondu. Mais l'organisation a eu le temps d'amasser beaucoup d'argent et même de le placer.

Aujourd’hui, ce que les services de renseignements traquent ce sont d’une part, les micro financement qui permettent d'envoyer de l'argent aux combattants et leurs proches restés sur place. Et d’autre part, tous les flux d'argent qui permettraient de financer sur le territoire français des attaques terroristes. Et cela n'a pas changé, comme en 2015, il s'agit de petites sommes, qui agrégées par des réseaux permettent de réunir la somme nécessaire pour passer à l'acte. De l'argent qui utilisent plusieurs canaux différents.

Des transferts d'espèces difficilement traçables

Il y a toujours le transfert d'espèces, opérés par des réseaux de collecteurs et d'intermédiaires et très difficilement traçable.

Les services de renseignements ont renforcé la surveillance des réseaux associatifs également qu'ils soient actifs seulement en France ou aussi dans des zones dites « à risques ». On l'a vu, sous la pression des récents évènements, le gouvernement en a dissout plusieurs suspectées de liens avec l'islamisme radical. Il veut élargir ces mesures dans le cadre du projet de loi « sur la laïcité » qui sera connu le mois prochain. Projet de loi qui devrait aussi comporter un volet contrôle des financements venu de l'étranger. Par ailleurs, il y a quelques jours, Paris a décidé que les mesures de gel des avoirs, pièce maîtresse dans la lutte contre le financement du terrorisme...ces mesures de gel seront plus rapidement et plus systématiquement mises en œuvre, grâce au concours des banques mais aussi d’un nombre croissants de professionnels hors secteur financier. Plus de 600 mesures de gels en France concernent le terrorisme.

Les cryptomonnaies comme vecteur de financement

L'affaire de ces Français qui ont utilisé frauduleusement des coupons de bitcoins vendus en bureaux de tabac pour financer deux djihadistes en Syrie a fait beaucoup de bruit. Le gouvernement sous pression a réagi. Et en la matière, il semble vouloir aller plus loin encore que ne le recommande le GAFI, l'organisme intergouvernemental de référence en la matière. Paris veut renforcer la loi PACTE de 2019 et obliger les plateformes d’échange françaises à réclamer une deuxième pièce d'identité au lieu d'une aujourd'hui, et cela dès le premier euro. Il faut dire que l’Union européenne plaide en faveur d’un durcissement de la régulation du secteur. Des contraintes qui d'après les professionnels du secteur risque surtout de leur faire perdre des parts marchés face aux concurrents. Mais force est de constater que le risque existe, a fortiori aujourd'hui alors que les activités en ligne explosent avec le confinement. En août dernier, les États-Unis ont annoncé une saisie massive de comptes de cryptomonnaies d'une valeur de plusieurs millions de dollars. Collectés via des organismes de charité. Ces fonds alimentaient trois groupes terroristes dont Al-Qaida et l'État islamique.

EN BREF

En pleine pandémie, quinze pays d'Asie et du Pacifique doivent signer un important accord commercial ce jeudi. S'il est signé, ce partenariat régional deviendra l'accord commercial le plus important du monde puisque les États signataires représentent 30% du produit intérieur brut mondial. Coronavirus oblige, un sommet virtuel doit acter cette entente, fruit de longues années de tractations. La Chine est à la manœuvre. Pour cette raison l'Inde n'y participe pas. Les États-Unis non plus qui ont tourné le dos à l'Asie ces dernières années sous l'impulsion de Donald Trump.

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