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RDC: faut-il à nouveau autoriser l'exploitation du bois rouge?

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Vue d'une forêt dans la région du Katanga, en RDC.
Vue d'une forêt dans la région du Katanga, en RDC. Martin Harvey / Getty images

La question faisait l’objet d’un séminaire de réflexion, organisé la semaine dernière par l’ONG Premi Congo à Lubumbashi. Depuis 2017, un moratoire existe sur les coupes du bois rouge, un bois précieux. Il n’autorise à l’exportation que les quantités coupées avant cette année-là pour lutter contre l’exploitation illégale de cette espèce protégée. Aujourd’hui, les exploitants forestiers plaident pour une levée des restrictions.

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De notre correspondante à Lubumbashi,

Ce sont 100 000 mètres cubes de bois rouge qui sont actuellement stockés selon le ministère de l’Environnement à Lubumbashi. Sur ce total, 26 500 ont déjà été exportés vers la Chine entre 2019 et 2020. Reste les trois quarts de ce bois rouge à vendre. Pourtant, trois ans après l’entrée en vigueur d’un moratoire sur la coupe du bois rouge, certains exploitants craignent pour l’avenir de leur business.

« Nous avions 2 000 containers du bois. Il y a parmi nous, des gens qui ont déjà vidé leur stock et qui, actuellement, n’ont plus rien à faire. Ils veulent que cette mesure conservatoire soit levée et qu’ils procèdent à de nouvelles coupes du bois », déclare Jean Lwamba, président de l’association des exploitants forestiers du Katanga.

Autorisation d’exportation du bois rouge sous conditions

Autoriser à nouveau la coupe du bois rouge appelé Mukula dans la région du Katanga, le ministère de l’Environnement n’y est pas hostile. Mais il faut d’abord écouler les 72 000 mètres cubes du bois encore en stock. 

« Notre objectif aujourd’hui, c’est de terminer tout le stock de 2016-2017. Il reste encore deux tiers de ce stock, car pour l’exporter, les démarches prennent du temps et parfois l’exportateur n’a pas assez de moyens pour supporter le chômage des containers et des camions », dit Jean Pierre Ngwej, coordonnateur provincial de l’environnement, qui poursuit : « Alors si on autorisait aujourd’hui une nouvelle coupe du bois, on va bloquer tous ceux qui ont les anciens bois. C’est pour cela que nous leur avons demandé qu’ils fassent diligence pour qu’on évacue tous ces vieux bois ».

Des certificats délivrés de façon opaque

La reprise de l’exploitation ne peut se faire sans une réforme des méthodes de contrôle afin d’éviter les trafics illicites ainsi qu’une surexploitation. Car actuellement, les certificats sont délivrés de façon totalement opaque. Christian Bwenda, responsable de l’ONG Premi Congo, explique que : « jusque-là, il n’y a pas de traçabilité parce que le certificat d’origine du bois est délivré à Kinshasa sans qu’on ait vérifié l’existence de ce bois-là. Le certificat phytosanitaire qui confirme qu’on a traité le bois et qu’il ne peut transmettre des maladies, il est délivré alors qu’on n’a même pas vu le bois. Si l’anarchie continue, il y a risque que le Mukula soit inscrit à l’annexe I de la CITES. Là alors, on ne pourra plus l’exporter ».

Le bois rouge appelé Mukula est jusque-là inscrit par la Convention de Washington, dit CITES, sur la liste des espèces qui pourraient disparaître si son commerce n’est pas étroitement contrôlé. Voilà pourquoi son exploitation nécessite une vigilance au niveau local estime l’ONG Premi Congo.

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