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Le trafic de faux médicaments toujours difficile à éradiquer en Afrique

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Un patient montre ses pilules. (Image d'illustration)
Un patient montre ses pilules. (Image d'illustration) REUTERS - Siphiwe Sibeko

Le trafic de faux médicaments en Afrique s’est particulièrement amplifié depuis les années 1980. Les 17 et 18 février 2020, la déclaration de Lomé engageait sept pays du continent à introduire des sanctions pénales pour criminaliser le trafic de médicaments de qualité inférieure et falsifiés. La semaine dernière, ce sujet était au centre d’un débat en ligne, à l’initiative des associations Les Afriques vous parlent et African Business Academy.

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Deux cents milliards de dollars, c’est l’estimation de ce que rapporte aux trafiquants la circulation des faux médicaments dans le monde… Un chiffre qui pourrait atteindre 500 milliards de dollars d’ici quelques années si rien n’est fait.

De quoi s’agit-il quand on parle de faux médicaments ? « Il faut voir les produits médicaux falsifiés, c’est-à-dire des médicaments, des vaccins, des produits de diagnostic ou des appareils médicaux dont l’identité, l’origine ou la composition est faussement représentée, de manière délibérée ou frauduleuse, explique Innocent Koundé Kpéto, président de l’Ordre national des pharmaciens du Togo. Ensuite on va avoir des médicaments de qualité inférieure ; ce sont des produits qui peuvent cette fois être autorisés, mais qui ne répondent pas à leurs critères de qualité et à leur spécification scientifique. Cela est dû à des négligences, à des erreurs humaines, à un manque de ressources ou à des activités frauduleuses également. »       

Par exemple, des industries pharmaceutiques ayant toutes les autorisations officielles, mais qui, pour réduire leurs coûts de production, utilisent des matières sans garantie sur leur qualité. Et ce sont ces médicaments qui alimentent les marchés illicites. L’une des pistes pour réduire le trafic des médicaments de qualité inférieure et falsifiés en Afrique, c’est que les pays du continent développent l’industrie pharmaceutique.

« Il faut absolument que les Africains contrôlent ce qu’ils consomment, lance Elisabeth Kacou, présidente du Conseil d’administration de Pharmivoire Nouvelle. Ça aiderait à mettre fin à la contrefaçon et au trafic des médicaments. Parce que le fait de produire sur place, surtout les médicaments essentiels, ça peut, en quelque sorte, limiter l’importation frauduleuse des médicaments. »  

Les brevets protègent les médicaments de 20 à 25 ans. Après cette protection, les molécules tombent dans le domaine public et tout le monde peut en fabriquer les génériques. 10 à 15% de ces faux médicaments sont sur le marché dans le monde selon l’OMS, un chiffre qui monte à 40, voire 60% dans les pays à faibles revenus, dont la plupart sont en en Afrique. Et ces médicaments de faible qualité ou falsifiés sont à l’origine d’un million de morts par an dans le monde.

Un trafic qui prolifère à cause d’un manque d’une gouvernance adéquate. Avec aujourd'hui un processus de traçabilité difficile et lourd qui repose sur des registres qui peuvent être facilement falsifiés. La numérisation peut alléger considérablement ce processus avec la blockchain. « Ce serait pour tracer le fait du médicament qui aurait été produit à l’étranger ou en Afrique, explique l’avocat d’affaires Stéphane Brabant. Le médicament serait répertorié, contrôlé par des experts. Donc, toute la traçabilité de ce médicament pourra être faite. »   

En plus des morts provoquées par les faux médicaments, l’argent issu de ce trafic alimente d’autres « fléaux », notamment le terrorisme.

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