Aujourd'hui l'économie

Une pénurie géante de semi-conducteur fragilise l’industrie automobile

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Une chaîne de montage de l'usine Volkswagen de Wolfsburg.
Une chaîne de montage de l'usine Volkswagen de Wolfsburg. REUTERS/Fabian Bimmer/Files

La pénurie de semi-conducteurs contraint l’industrie automobile à freiner sa production. Un comble au moment où la demande repart. D’où vient le problème ?

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En Allemagne, au Royaume Uni ou aux États-Unis, des usines sont aujourd’hui à l’arrêt ou en activité réduite, faute de semi-conducteurs. Les délais de livraison sont passés de quelques semaines à plusieurs mois au minimum. On découvre à quel point ces composants sont devenus indispensables. Les puces sont partout aujourd’hui dans notre quotidien et donc dans nos automobiles. Aussi vitales pour notre économie que le pétrole l’a été au XXe siècle. L’industrie automobile se serait bien passée d’une telle panne. Après une année 2020 difficile à cause de la pandémie, les carnets de commande se sont à nouveau remplis au dernier trimestre, bien au-delà des attentes des industriels. Mais les voilà incapables d’y répondre.

La pandémie explique en partie cette avarie

D’abord parce que la forte demande en ordinateur portable pour le télétravail, ou de console de jeu, a par ricochet fait exploser la demande en semi-conducteurs. Tout comme l’essor de la 5G. La pénurie actuelle est aussi une conséquence et une déclinaison de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis. En menaçant de sanctions les entreprises qui chercheraient à se fournir en semi-conducteur auprès de la Chine l’administration de Donald Trump a gelé les nouveaux flux qui auraient pu absorber cette demande inhabituelle.

Quels sont aujourd’hui les grands producteurs de semi-conducteurs ?

Avec Intel, Qualcomm,  Apple ou encore Nvidia pour les cartes graphiques, les États-Unis sont toujours les premiers d'un marché mondial estimé à 450 milliards de dollars en 2020. Des acteurs majeurs mais toujours très dépendants des fondeurs asiatiques, ceux qui produisent les galettes de silicium sur lesquelles on grave les puces. Le sud-coréen Samsung et surtout le géant taïwanais TSMC, en sont les champions mondiaux. L’administration Trump a voulu renforcer le made in America pour remédier à cette fragilité mais aussi pour empêcher la Chine de devenir un acteur majeur de ce marché stratégique. Pékin est encore à la traine. Important encore 80% de ses besoins. Dans son assaut anti-chinois, l’administration américaine a aussi affaibli les autres concurrents potentiels.

Les concurrents européens par exemple ?

Comme le premier fabricant européen, le franco-italien STMicro Electronic qui a dû renoncer à livrer Huawei sous la pression américaine. Un premier de la classe en perte de vitesse, il ne figure plus dans le top dix des fabricants mondiaux établi par le cabinet Gartner. Le numéro deux européen, le néerlandais NXP spécialisé dans les puces pour l’industrie automobile non plus. Pour étoffer son offre, l’Europe rêve d'une alliance pour construire une usine comparable à celle de Samsung ou TSMC, pourquoi pas en leur proposant un partenariat. Une dizaine de pays européens y travaillent, dont la France. Si nécessaire il faudra savoir attirer ces partenaires avec des conditions très avantageuses car l’Europe n’est qu’un débouché mineur pour le taïwanais, seulement 6% de ses ventes, les États-Unis 60%. En attendant que ces projets se concrétisent, la pénurie est prévue pour durer, au moins jusqu’en 2022.

EN BREF

Un nouveau record pour les investissements étrangers en Chine en 2020, malgré la pandémie

Ces investissements se montent à 129 milliards de dollars à la fin novembre selon les derniers chiffres intermédiaires disponibles. Le record de 2019 est déjà dépassé. Cet afflux d'argent sur la Chine continentale fait flambler les bourses asiatiques ce matin

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