Aujourd'hui l'économie

Avec son «Davos du désert», l’Arabie Saoudite veut reconquérir les investisseurs

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Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane participant à une séance de dialogue lors du Forum économique mondial à Alula, en Arabie saoudite.
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane participant à une séance de dialogue lors du Forum économique mondial à Alula, en Arabie saoudite. © AFP

Un autre Davos démarre aujourd’hui : le « Davos du désert » organisé depuis quatre ans à Riyad par l’Arabie saoudite. Une conférence économique prestigieuse pour attirer les investisseurs. Et redorer le blason du Royaume.

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Le nom de cette quatrième édition, Néo-Renaissance, en dit long sur l’état d’esprit des Saoudiens. Renaissance post-Covid-19 d’abord, c’est en soi un tour de force d’organiser cette manifestation en partie en présentiel, en partie en virtuel avec des événements dans plusieurs capitales mondiale, Paris, New York ou Mumbay, alors que la pandémie sévit toujours. Parmi les 140 invités de marque, sont annoncés Usain Bolt le champion olympique mais aussi l'italien Matteo Renzi, l'ancien Premier ministre démocrate ou encore le président argentin Alberto Fernandez. Renaissance médiatique donc après la calamiteuse édition 2018 boycottée à cause du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Cette fois, les dirigeants des grandes banques américaines d’investissement sont quasiment tous là. Beaucoup de grandes pointures des milieux d'affaires asiatiques également, et des Chinois en particulier, l’Arabie saoudite vend son pétrole surtout en Asie, c'est le premier fournisseur de la Chine.

Cette manifestation doit rassurer les partenaires internationaux ?

Surtout les Américains. Il y a bien sûr une forte dimension politique dans cet événement selon Romain Aby de Rumy Consulting : « Il faut montrer à l’administration Biden que l'Arabie compte dans les industries du futur », puisque c'est le thème de la conférence. Le nouveau président américain a souvent été critique avec le royaume. Après la normalisation avec le Qatar, l'Arabie espère convaincre cette nouvelle administration de sa volonté de maintenir sa relation privilégiée avec les États-Unis. Le bémol, c’est l’instabilité de la région, hier encore une bombe a explosé à Riyad, rappelant aux participants à quel point la situation sécuritaire est précaire. Malgré le choc économique provoqué et par le Covid-19 et par la chute des cours du brut que l'Arabie Saoudite a en partie alimentée en se lançant dans une guerre des prix contre la Russie au printemps 2020, l'Arabie veut démontrer qu'il « faudra compter avec elle, selon l’expert François Aïssa Touazi, qu'elle reste une grande puissance pétrolière, et qu'elle a l'ambition de devenir une grande puissance financière avec son fonds souverain ».

Le fonds souverain saoudien ne connait pas la crise, il veut devenir le premier au monde d'ici 2025

Et passer de 400 à plus de 1 000 milliards de dollars d'actifs dans moins de cinq ans. Il investit à tour de bras à l'étranger dans des secteurs d'avenir, avec l'objectif de ramener les technologies, les usines sur place. Le constructeur californien de voiture électrique Lucid qui a reçu un milliard de dollars du fonds saoudien a annoncé récemment un projet d'usine près de Jeddah sur la mer Rouge. La vocation de ce fonds souverain abondé par les revenus pétroliers et en partir par la privatisation d'Aramco est de financer la diversification de l'économie. 70% de ses placements seront domestiques, à raison de 40 milliards de dollars par an.

Où en est la Vision 2030 du prince, annoncée en 2017, pour sortir du tout pétrole ?

Encore en chantier : « Il y a la volonté saoudienne d’un côté et la pratique de l’autre : le pays est coutumier des effets de manche, le développement économique est lent, entre autre à cause de l’administration, de la politique » explique Romain Aby. L’environnement juridique a changé, la digitalisation de l’administration est en cours mais le basculement vers le privé n’a pas encore eu lieu.

La pandémie et ses conséquences calamiteuses sur le tourisme oblige le gouvernement saoudien à revoir les priorités de Vision 2030, une réflexion est en cours pour orienter les futurs projets sur la santé et les mines d’après François Aïssa Touazi.

Il y a quinze jours, Mohamed Ben Salman a pris soin d'annoncer lui-même la dernière trouvaille futuriste de cette vision 2030 : The line, la ville de demain étendue sur une ligne de 170 kilomètres dans le désert. Une smart city écolo à taille humaine, sans voiture en surface, avec tous les services à proximité. Sur les réseaux sociaux de la région du Golfe ces projets pharaoniques font jaser, la majorité des experts pensent qu'ils ne se matérialiseront pas tous, mais l’intention demeure : investir dans l'innovation pour créer des emplois. Les attentes sont grandes : le chômage est à 15% dans le royaume, peut-être beaucoup plus, la publication des derniers chiffres est attendue depuis décembre et sans cesse reportée, le comptage est officiellement compliqué par la pandémie.

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