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GameStop: la bataille en bourse aux airs de David contre Goliath

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Le New York Stock Exchange (NYSE) que l’on appelle souvent Wall Street est la plus grande des bourses mondiales.(Illustration)
Le New York Stock Exchange (NYSE) que l’on appelle souvent Wall Street est la plus grande des bourses mondiales.(Illustration) © Jean-Christophe BENOIST/Wikimedia.org

Des petits boursicoteurs sont parvenus à agiter Wall Street et à provoquer une poussée de fièvre spéculative sur certains titres. Tout a commencé avec une frénésie d'achat d'actions de GameStop, une chaîne de magasins de jeux vidéo.

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Au cours des dernières semaines,une armée d'investisseurs amateurs s'est coordonnée sur un forum de discussion de Reddit, pour acheter des parts dans GameStop. Pourtant, GameStop, qui vend des jeux dans des magasins physiques, est en difficulté et ses perspectives de croissance laissent à désirer.

Cela peut paraître étrange, mais c'est indirectement l'origine de ce qu'il se passe en ce moment. Vus les mauvais résultats de l'entreprise, des fonds spéculatifs avaient parié à la baisse sur l’entreprise via des ventes à découvert.

Cela consiste à vendre une action, avant de l'acheter.

Par exemple, un investisseur emprunte une action, la vend 20 euros ; et seulement après il achète l'action, en espérant que le cours aura baissé, pour la payer seulement 15 euros (toujours à titre d’exemple). Résultat, il fait un bénéfice. Mais, si beaucoup d'actions sont vendues à découvert, cela peut émettre un signal et engendrer un effet mécanique de baisse.

 +1642%

 Sauf que les boursicoteurs amateurs sont venus enrayer la machine. Celle, notamment, du fonds Melvin Capital.

Les achats massifs des investisseurs amateurs ont commencé à faire flamber le cours. Alors, les grands fonds d'investissement ont du racheter au prix fort des actions qu'ils avaient déjà vendues, pour limiter leurs pertes. D'après le Wall Street Journal, Melvin Capital aurait perdu 53% de ses investissements en janvier. Le fonds a même été renfloué de 2,75 milliards de dollars par d'autres sociétés.   

Et ces rachats ont encore alimenté la hausse. Résultat depuis le début de l'année, l'action GameStop a pris 1642 %.

 Mais la semaine dernière, des plateformes de courtage ont voulu couper l’herbe sous le pied des petits investisseurs. L’application populaire Robinhood, dont la devise est pourtant « démocratiser la finance pour tous », a décidé jeudi de limiter les échanges sur un panier d’actions jugées trop volatiles. TD Ameritrade a fait de même.

Cela a momentanément fait repartir l’action de GameStop à la baisse. Cela a aussi provoqué un tollé. Face aux critiques et au dépôt d’un recours collectif à New York, Robinhood a de nouveau autorisé des « achats limités » vendredi.

Robinhood justifie en partie sa décision en assurant vouloir protéger sa société et ses clients d'une volatilité excessive. Certaines restrictions ont été maintenues. Cela a tout de même fait repartir GameStop à la hausse. Sans pour autant mettre un terme au concert d'indignations.

 Elus et gendarme de la Bourse aux aguets

Le Républicain Ted Cruz et la démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, et c'est rare, sont sur la même ligne. La députée a fustigé sur Twitter le fait que les investisseurs amateurs aient été empêchés d'échanger des actions pendant que les institutionnels le pouvaient.

 Une audition parlementaire sur « l’attitude prédatrice des hedge funds » sera organisée. Quant à la SEC, le gendarme de la Bourse américaine, elle a dit surveiller et évaluer la volatilité du prix de certaines actions.

 Plus offensif, le procureur général du Texas a estimé dans un communiqué que « cette coordination vraisemblable entre des 'hedge funds', des plateformes de courtage et des serveurs internet pour écarter des menaces à leur domination du marché était scandaleusement inédite et injuste » et que « ça puait la corruption ».

 Occupy WallStreet ?

 Cette révolte des boursicoteurs est-elle aussi teintée de politique ?

C'est en tous cas pour certains une croisade contre les grands spéculateurs qui misent à la baisse. Les adeptes de WallStreetBets, le forum où s'est coordonnée l'action, aiment les paris risqués. Mais pour certains, il s'agissait aussi, de « montrer que les masses ont leur mot à dire ».

Jaime Rogozinski, le créateur de la page WallStreetBets dont il s'est éloigné, ose la comparaison avec le mouvement Occupy WallStreet. Une comparaison qui a ses limites, certes, mais, assure-t-il « désormais, les petites gens ont trouvé le moyen de contourner le système de l’intérieur ».

 Ce phénomène s'est d’ailleurs propagé à d'autres entreprises : BlackBerry oules cinémas AMC. Il a même inspiré des investisseurs amateurs en Malaisie qui ont apporté leur soutien à un fabricant de gants.

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