Aujourd'hui l'économie

L’annulation de la dette covid : le nouveau débat qui enflamme l’Europe

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Le siège de la Banque centrale européenne à Francfort, en Allemagne.
Le siège de la Banque centrale européenne à Francfort, en Allemagne. © Daniel Roland/AFP

L’annulation de la dette européenne est « inenvisageable  a rappelé Christine Lagarde, la présidente de la banque centrale européenne, avant son audition devant le parlement européen, cet après-midi à Bruxelles. Pas sûr que cela suffise à clore le débat alimenté par les économistes comme par les politiques.

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Plus d’une centaine d’économistes européens ont lancé un appel pour annuler le quart de la dette Covid, celle que les États doivent rembourser à la BCE. Une initiative très parisienne, la moitié d’entre eux sont Français, comme Thomas Piketty le pourfendeur des inégalités ou le libéral Alain Minc. Dans ce débat enflammé, la fracture traditionnelle entre keynésiens et garants de l'orthodoxie budgétaire a sauté, on retrouve les deux familles de pensée parmi les opposants comme parmi les partisans. Dans la classe politique, l’actuel président du parlement, l’italien David Sassoli, a suggéré cette idée dès le mois de novembre, elle a été tout de suite reprise par Matteo Salvini, le chef de la ligue, à l'extrême droite. En France les politiques de gauche comme de droite l’ont aussi adopté: Jean-Luc Mélenchon, le candidat déclaré de la gauche radicale à la présidentielle a été le premier à faire cette proposition. Il a été suivi par Arnaud Montebourg, tandis que le numéro 2 des Républicains Guillaume Peltier propose une variante sous forme de dette perpétuelle.

Annuler une partie de la dette Covid permettrait de libérer de l’argent pour investir ?

Dans la transition écologique et la résorption des inégalités selon l'appel des économistes. Ils estiment que cette mesure est indolore pour la réputation d’un pays puisque les créanciers privés ne seront pas concernés. L’histoire démontre que chaque fois qu’il y a une unanimité politique, l’annulation de dette se fait sans problème. Pour l’Allemagne au lendemain de la guerre en 1953 comme pour l’Irak plus récemment. Pour les politiques c’est aussi une réponse aux inquiétudes des contribuables qui redoutent une hausse des impôts. Car personne ne croit vraiment à l’argent magique. Il faudra bien un jour rembourser la dette Covid estiment aujourd’hui une majorité de Français. Les keynésiens partisans de l'annulation veulent dépenser plus, mais à droite l'objectif est de revenir à la maitrise des comptes publics.

Quels sont les arguments des opposants ?

Pour Christine Lagarde c’est incompatible avec le traité européen. Bercy balaie également cette option, au nom de la crédibilité de la France, Bruno Le Maire plaide pour un cantonnement de la dette Covid, un montage comptable isolant cette dette. Les experts se demandent surtout si une annulation est bien utile. Car l'argent prêté par la BCE génère des dividendes qui reviennent dans la poche des États via leurs banques centrales. La restructuration d'une dette intervient en général dans un pays en crise, acculé, or ce n’est pas du tout la situation actuelle des pays européens. Jamais les intérêts de la dette n’ont été aussi légers. Parce que les taux sont bas, voire négatifs, la France dépense aujourd'hui beaucoup moins pour le service de sa dette qu’il y a dix ans alors que sa dette globale est beaucoup plus élevée. C’est plutôt le moment de s’endetter davantage pour soutenir la reprise soulignent les opposants keynésiens.

Les pays européens aujourd’hui surendettés pourraient-ils survivre à une soudaine hausse des taux ?

Vu les torrents d’épargne qui gonflent dans le monde entier, cette hypothèse parait lointaine. D’autant plus que les États, contrairement aux ménages ou aux entreprises, ne remboursent jamais totalement leur dette, ils la rachètent en permanence. En revanche la question se pose pour les émetteurs privés. Leur endettement est bien plus inquiétant : en France, comme chez la plupart de ses voisins la dette des ménages et des entreprises pèse bien plus lourd que celle de l’État, et ces acteurs n’ont pas la faculté de rouler leur dette comme le font les États si la pandémie rebondit ou si la reprise patine.

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