Aujourd'hui l'économie

Brexit: les entreprises souffrent de l’application aléatoire de l’accord

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Le 18 janvier 2021, des camions du secteur de la pêche ont manifesté à Londres pour protester contre les conséquences du Brexit sur leur activité économique.
Le 18 janvier 2021, des camions du secteur de la pêche ont manifesté à Londres pour protester contre les conséquences du Brexit sur leur activité économique. © AP - Alastair Grant

Le Parlement européen doit valider ce mardi l’accord commercial post-Brexit. Ce vote intervient alors que beaucoup d’entreprises de part et d’autre de la Manche trouvent bien saumâtre l’addition du divorce.

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Car l'accord, pas encore voté, s'applique à titre provisoire depuis le premier janvier. Les plus amers sont les pêcheurs. Les pêcheurs français sont en colère et ils menacent de bloquer le port de Calais si on ne leur accorde pas les licences promises pour pêcher dans les eaux britanniques, comme le prévoit l'accord commercial pour les cinq ans à venir. Pour le moment, Londres prend son temps et analyse minutieusement chaque dossier avant de délivrer le précieux sésame. Dans le premier port de pêche français, Boulogne-sur-Mer, seulement 22 bateaux sur 120 l’auraient obtenu. Les pêcheurs français se sentent trahis, ils estiment que l’esprit de l’accord n’est pas respecté.

Les pêcheurs britanniques eux aussi s’estiment trahis

Les pêcheurs britanniques souffrent aussi des tracasseries administratives pour exporter leur marchandise vers l’Europe continentale, qui demeure en théorie leur principal débouché. Grâce à l'accord commercial, il n'y a pas de droits de douane, mais en revanche des contrôles renforcés aux frontières européennes. Ils ont rallongé les délais de livraisons, de 24h à 48h, voire trois jours, une catastrophe pour l'acheminement du poisson frais. Ces ralentissements ont fait chuter les prix, notamment sur les côtes de la Cornouailles. Le rêve de reprendre le contrôle de leurs eaux grâce au Brexit vire au cauchemar pour les pêcheurs britanniques. Certains regrettent aujourd’hui d’avoir voté en faveur du divorce.

Les entreprises britanniques de l’agroalimentaire se plaignent de la baisse de leurs exportations

Là aussi c’est la bureaucratie qui est en cause. L’attribution d’un code exigé par les 27 pays de l'UE pour chaque produit exporté est une complication et un coût supplémentaire à la charge des entreprises. Elles subissent aussi des contrôles vétérinaires aux douanes, des règles plus strictes sur les plats transformés comme les lasagnes et enfin des différences de traitement d’un pays à l’autre, l’interprétation étant changeante entre la France et la Belgique par exemple. Toutes ces contraintes, ajoutées à l’effet pandémie, ont lourdement pénalisé leurs exportations vers les 27. En février elles ont baissé de 40% par rapport à leur niveau de 2020. Celles du poulet et du bœuf en particulier de 75%.

La mise en oeuvre du Brexit souffre-t-elle d’un excès de zèle de part et d’autre de la Manche ?

Les 27 avaient prévenu: le Brexit ne sera un bienfait pour personne. Dans le climat de défiance qui prévaut souvent dans les divorces, Londres et Bruxelles défendent bec et ongle leurs intérêts, parfois au détriment de leurs propres entreprises. Même quand elles font pression pour revenir au monde d'avant, c'est le cas sur le marché du carbone. Dans la perspective du Brexit, Londres a créé son propre marché qui devrait fonctionner d’ici un mois. L'accord prévoit qu'il soit raccordé au marché européen des droits à polluer. Mais les négociations n’ont toujours pas commencé. Des représentants de l’industrie britannique ont récemment uni leurs voix à celles de leurs homologues des 27 et pressent les politiques d'accélérer les discussions. En l'absence de connexion, les Britanniques redoutent de voir les cours du carbone exploser sur leur futur petit marché national tandis que les 27 craignent l’effondrement des cours provoqué par le prochain départ des gros acheteurs britanniques.

En bref

Les grandes entreprises cotées en bourse affichent des résultats records pour le premier trimestre: + 117% de chiffre d'affaire pour la banque HSBC. Grâce à son activité concentrée en Asie, Tesla fait aussi des étincelles avec un chiffre d'affaire en hausse de 74%. Son bénéfice net bondit à 438 millions de dollars, grâce à ses ventes de voitures électriques mais aussi grâce à la spéculation sur le bitcoin. Son profit n'était que de 16 millions pour les trois premiers mois de 2020.

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