Aujourd'hui l'économie

La colère sociale ne retombe pas en Colombie

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Manifestations à Bogota contre la pauvreté et la répression policière de la mobilisation, le 4 mai 2021.
Manifestations à Bogota contre la pauvreté et la répression policière de la mobilisation, le 4 mai 2021. © REUTERS - Nathalia Angarita

La mobilisation se poursuit ce mercredi dans le pays andin malgré la répression des forces de l'ordre, condamnée dans le monde entier. Malgré aussi le retrait par le gouvernement du texte de loi qui a mis le feu aux poudres, celui de la réforme fiscale voulue par le président conservateur Ivan Duque. Celui-ci a nommé un nouveau ministre des Finances cette semaine pour porter un nouveau projet de réforme, expurgée des mesures les plus impopulaires. Mais le mouvement s'est mué en protestation générale contre le gouvernement.

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Ce mercredi, le « comité national de grève » appelle à nouveau à manifester partout dans le pays. Malgré la vingtaine de morts et les centaines de blessés et d'arrestations ces derniers jours.

Rien n'y fait, le retrait du projet de loi et la démission du ministre des Finances qui le portait ne suffit pas à la population.

Il faut rappeler que cette population se mobilise alors que la Colombie traverse une vague terrible de contagions par le Covid-19. En ce moment, c'est l'un des trois pays au monde qui enregistre le plus de nouveaux décès dus au virus, derrière l'Inde et le Brésil. Mais la colère contre le gouvernement est plus forte que la peur du virus, comme l'ont brandi certains manifestants sur des pancartes ces derniers jours.

Le malaise social ne date pas de la pandémie

La crise sanitaire a été une parenthèse dans la mobilisation. Fin 2019, a marqué le véritable début de la contestation. Des manifestations monstre à l'appel des syndicats de travailleurs, de la société civile réclamaient déjà des garanties de revenus minimum, la gratuité de l'éducation ou encore le soutien à la production agricole. Depuis, sont venus se greffer des demandes comme l'accélération des campagnes de vaccination. Les appels à la réforme qu'on entend dans les cortèges concernent le changement de modèle économique, vers un système plus redistributif et qui permette aux régions de se développer. On les entendait déjà en 2019.

La crise sanitaire n'a fait qu'aggraver la situation économique

L'économie colombienne, une des premières du continent latino-américain s'est effondrée de 6,8% depuis 2020. Quelque 500 000 entreprises ont mis la clé sous la porte depuis le déclenchement de l'épidémie. On estime que le chômage affecte désormais plus de 4 millions de Colombiens sur une population de 50 millions. Ce sont là les chiffres officiels, mais près de la moitié de la population vit du secteur informel. Les restrictions liées à la gestion de l'épidémie en ont plongé une grande partie dans la misère. La semaine dernière, alors que le projet de réforme embrasait la rue, une étude nous apprenait que plus de 3.5 millions de Colombiens avaient basculé dans la pauvreté en un an.

Et même si le gouvernement colombien face aux conséquences économiques et sociales de l'épidémie fait bien moins que certains de ses voisins, l'aide d'urgence qu'il a mise en place depuis l'an dernier a évité à 1,5 millions de foyers de plonger dans la misère.

Comment le programme d'aide d'urgence peut-il se poursuivre ?

Il ne serait prolongeable que de quelques mois, vu l'état des finances. Et c'est hélas toute l'ironie de la situation. Car avec sa réforme impopulaire, qui visait à faire payer des impôts à tous y compris à la petite classe moyenne et à augmenter la TVA, le gouvernement espérait récupérer 6,3 milliards de dollars pour rassurer les marchés et continuer d'emprunter. Mais aussi de pérenniser les programmes d'aide aux plus démunis. Le nouveau ministre des Finances nommé lundi, l'économiste José Manuel Restrepo (jusqu'alors ministre de l'Industrie et du Tourisme) est perçu comme un homme de dialogue. Sa lourde tâche consiste à mener une réforme jugée par tous nécessaire pour maintenir une stabilité économique, véritable dogme dans ce pays. Tout en y associant le plus d'acteurs possibles, entreprises, syndicats et  société civile. Dans un contexte hautement inflammable.

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