C'est dans ta nature

Le lion de l’Atlas, disparu mais vivant

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Seule une centaine de lions de l'Atlas vit aujourd'hui dans le monde, en captivité.
Seule une centaine de lions de l'Atlas vit aujourd'hui dans le monde, en captivité. © Florent Guignard/RFI

La loi sur le bien-être animal, votée cette semaine à Paris, interdit l’exploitation des animaux sauvages dans les cirques et les parcs aquatiques. Ne sont pas concernés, en revanche, les zoos, ces musées vivants de la biodiversité animale. Le Parc zoologique de Paris abrite ainsi un animal disparu à l’état sauvage : le lion de l’Atlas, présent en Afrique du Nord jusqu’au milieu du XXe siècle.

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Soudain, on a entendu un grand bruit. Un magnifique rugissement. On était en train d’interviewer l’un des trois vétérinaires du Parc zoologique de Paris devant l’enclos des lions, et Alexis Lécu est vite allé voir ce qu'il se passait. « Ah oui, d’accord… C’est parce qu’il vient de grignoter un peu de place sur le rocher. »

Le rocher chauffant, fort utile en hiver, est occupé par deux lionnes en ce matin frais de janvier. Et à quelques mètres, en train de battre en retraite, Volcan, un lion de 8 ans, arrivé il y a 3 mois à peine du zoo de Rabat au Maroc. « Il essaie, depuis tout le temps, raconte Alexis Lécu. Et le bruit qu’on a entendu, c’est parce qu’il a dû mettre la patte de trop, ou le centimètre de trop. Mais vous voyez, il admet sa défaite ! » Les lions sont des animaux sociables, les rares félins qui vivent en clan, et très vite Volcan s’est rapproché des deux lionnes, et du rocher. Sans oser encore poser sa lourde patte sur cet endroit stratégique.

Un lion décimé par les chasseurs

Volcan, et les deux femelles, Bunny et Savannah, ne sont pas n’importe quels lions. Mais des lions de l’Atlas, qui vivaient au Maroc, en Algérie et en Tunisie. On emploie le passé, parce que Panthera leo leo n’existe plus à l’état sauvage depuis le milieu du XXe siècle. « Une des premières informations sur le nombre de lions en Afrique, c’étaient les chasseurs qui les donnaient. Au bout d’un moment, on n’a plus chassé le lion en Afrique du Nord, parce qu’il n’y en avait plus. »

Le lion de l’Atlas est une sous-espèce de lion, même si cette notion n’est pas unanimement partagée dans la communauté scientifique. « Les animaux que vous voyez là, en Europe ou à Rabat, détaille Alexis Lécu, sont extrêmement proches de ce qu’a été le lion de l’Atlas. Proches génétiquement, mais aussi phénotypiquement ; physiquement, ils ont la même robe, la même extension de la crinière que sur les photos et les pièces muséographiques qu’on a du lion de l’Atlas. Donc ça vaut encore le coup de sauvegarder cette diversité génétique, même si elle est un tout petit peu entamée, parce qu’il y a dû avoir une hybridation avec un lion sud-africain ou centrafricain à un moment donné. »

Un mâle reproducteur de 8 ans, né au Maroc, vient d'arriver au Parc zoologique de Paris.
Un mâle reproducteur de 8 ans, né au Maroc, vient d'arriver au Parc zoologique de Paris. © Florent Guignard/RFI

Sitôt arrivé, sitôt accouplé

C’est aussi à ça que servent les zoos, ces musées vivants de la biodiversité animale, et c’est la raison pour laquelle ils ne sont pas concernés par la loi sur le bien-être animal, votée en première lecture par l’Assemblée nationale à Paris vendredi 29 janvier. Les cirques et les parcs aquatiques en revanche devront arrêter toute exploitation d’animaux sauvages.

Ne subsiste aujourd’hui sur la planète qu’une centaine de spécimens de lions de l’Atlas en captivité. Dont Volcan, vigoureux mâle reproducteur qui s’est accouplé avec Bunny quelques jours à peine après leur premier contact. « Il n’a pas perdu son temps en arrivant en France ! », s’amuse Alexis Lécu. On n’attend plus que l’échographie dans quelques jours pour confirmer la bonne nouvelle, qui permettra de perpétuer l’espèce. 

En attendant leur réintroduction en milieu sauvage

« On a envie que les générations futures ne voient pas ça sur des livres ou sur des tablettes, mais qu’elles les voient en vrai ; on en envie de montrer ça, explique Alexis Lécu, le directeur scientifique du Parc zoologique de Paris. Et on a aussi envie d’être prêt, si le milieu naturel, ce qui n’est pas encore le cas pour l’Afrique du Nord, est prêt à recevoir de nouveau ces animaux. On maintiendra une diversité génétique suffisamment bonne pour que ces animaux, ou plutôt leurs descendants, leurs petits-enfants, puissent retourner dans le milieu naturel. Ce serait l’idéal ! »

Le lion de l’Atlas, c’est plus dans ta nature… Mais qui sait, un beau jour ?

« Pourquoi le lion est le roi des animaux ? »

Sans doute pour sa crinière, fascinante, qui l’a couronné il y a plus de 3 millions d’années. Et pour sa puissance : le plus grand carnivore d’Afrique n’a pas de prédateurs. C’est bien le roi lion, oui, mais un roi fainéant. Il dort 20 heures par jour et vous ne le verrez jamais s’épuiser à courir derrière une antilope ou un gnou. Dans la famille lion, c’est Madame qui chasse, et Monsieur qui se lève enfin de sa sieste pour se servir en premier. Le lion qui arrive sur un nouveau territoire peut aussi manger les petits d’une femelle. Pour que seule sa lignée subsiste. Son sang. Royal, forcément.

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