Chronique des matières premières

Pour être durable, le cacao devrait être payé trois fois plus cher, selon l’ICCO

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Janvier 2021, Soubré, Côte d'Ivoire, collecte du cacao.
Janvier 2021, Soubré, Côte d'Ivoire, collecte du cacao. REUTERS - LUC GNAGO

Alors que la procédure rebondit aux États-Unis contre les multinationales du chocolat, accusées d’avoir encouragé le travail des enfants, le directeur général de l’Organisation internationale du cacao affirme que le prix mondial du cacao est trop faible pour que le cacao soit durable au niveau environnemental et social. 

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Travail des enfants, déforestation... « Il n’y aura pas de réponse aux problèmes de durabilité du cacao en Afrique de l’Ouest sans une augmentation des prix mondiaux », juge Michel Arrion, le directeur général de l’Organisation internationale du cacao (ICCO). 2000 dollars la tonne, c’est un tiers des prix du cacao d’il y a quarante ans, souligne-t-il. « La cause profonde des problèmes du cacao c’est d’abord la pauvreté, la pauvreté rurale, et dans les zones cacaoyères, cette pauvreté est due au fait que le cacao est acheté ou vendu à des montants beaucoup trop bas ».

Côte d’Ivoire et Ghana ont montré le chemin

Il faut « intégrer dans le coût du cacao le vrai coût, celui des externalités de la déforestation, des infrastructures économiques… Si on intègre tous ces coûts on arrive à un prix de l’ordre de ce qu’il était il y a quarante ans », résume celui qui dirige depuis deux ans et demi l’ICCO.

La Côte d’Ivoire et le Ghana ont « montré le chemin » en exigeant un différentiel de revenu décent aux acheteurs de fève. Mais « même avec 65% de la production mondiale ils sont restés tributaires des marchés de Londres et de New York », où les cours se sont affaissés depuis l’irruption du Covid, la demande mondiale de chocolat ayant subi un coup avec la fermeture des restaurants du fait de la pandémie, alors que la production cacaoyère continuait d’augmenter.

Aller au-delà d’une OPEP du cacao ?

« On n’est pas encore arrivé à mettre en place un système où l’ensemble des producteurs parle d’une seule voix », reconnaît Michel Arrion. Il pourrait pourtant y avoir des concertations où chacun s’engage à ne pas dépasser certains quotas de production.

Mais au-delà d’une « OPEP du cacao », qui ne regrouperait que les pays producteurs, le patron de l’Organisation internationale du cacao appelle de ses vœux un dialogue entre pays producteurs et pays consommateurs, sur le modèle de celui qu’a lancé l’Union européenne avec la Côte d’Ivoire et le Ghana pour préparer le terrain à ses entreprises, qui se verront bientôt imposer une réglementation beaucoup plus sévère sur la déforestation importée et les atteintes aux droits sociaux et humains, dont le travail des enfants dans les plantations de cacao.

Dialogue exemplaire entre l’Europe, la Côte d’Ivoire et le Ghana

Des propositions dans ce sens seront débattues en avril, lors du conseil de l’Organisation internationale du cacao, qui regroupe 22 pays producteurs et 29 pays consommateurs de cacao, à l’exception notable des Etats-Unis, pourtant le siège de grandes multinationales du chocolat.

 

Ceci était ma dernière chronique des Matières premières, après dix années dans cette spécialité. Marie-Pierre Olphand reprend le flambeau à partir du mois de mars. Bonnes lectures.

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