Chronique des matières premières

L'huile de palme bannie du Sri Lanka

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Une plantation de palmiers à huile. (Photo d'illustration)
Une plantation de palmiers à huile. (Photo d'illustration) De Agostini via Getty Images - DEA / N. CIRANI

Le gouvernement sri-lankais met au ban l’huile de palme. Fini les importations, et les plantations. Les cultures existantes devront être arrachées progressivement. Le pays dit vouloir protéger l'environnement.

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L'annonce est radicale et laisse incrédules les experts de la filière. La culture du palmier à huile a mauvaise réputation, ce n'est pas nouveau, mais rares sont les pays qui sont allés jusqu'à demander l’arrachage des arbres. Le Sri Lanka est peut-être d'ailleurs le premier. Concrètement, les autorités préconisent de déraciner progressivement les palmiers et suggèrent à la place de planter de l'hévéa ou toute autre culture « respectueuse pour l'environnement ».

Une décision favorable à la filière de la noix de coco

Démagogie ou vraie conscience écologique ? « Cela n’aura aucun impact sur la préservation de la nature », assure avec conviction un chercheur du Cirad, le Centre français de recherche agronomique pour le développement. Ce que font les autorités aujourd'hui, c'est simplement rassurer l'industrie de la noix de coco, ajoute notre interlocuteur, car les cultures de palmier à huile sont bien plus rentables et potentiellement séduisantes pour les planteurs. Or le cocotier et tous ses dérivés est un des piliers de l’économie locale. Le Sri Lanka est le 4e producteur mondial de noix de coco. Un lobby puissant. Beaucoup plus que celui de l'huile de palme qui ne représente que 1% des surfaces cultivées.

Demander aujourd'hui aux planteurs d'arracher des arbres, alors qu'en 2014 une décision gouvernementale était prise pour étendre les surfaces de culture, est aussi un vrai défi, au vu des cours du marché. Les autorités ont choisi le pire moment, celui où la tonne d'huile de palme bat des records alors que les cours de l'hévéa, que les autorités suggèrent de planter à la place, au contraire, sont bas. C'est d'ailleurs ce qui explique qu'en Thaïlande des planteurs d'hévéa se convertissent au palmier à huile.

Un quota pour l’industrie alimentaire faute de substitut

Autre problème, comment remplacer demain l'huile de palme sur le marché sri-lankais ? Le pays en importe chaque année entre 200 et 250 000 tonnes. Et il va bien falloir trouver une alternative. Depuis ces annonces, Colombo a d'ailleurs été contraint de lâcher du lest : les confiseries et boulangeries sont finalement autorisées à importer un quota de sterarine de palme, un extrait solide de l’huile utilisé par l'industrie, jusqu'à ce qu'un substitut à base d'huile de coco soit trouvé.

« Jouer sur des réflexes protectionnistes peut être rentable à très court terme, mais attention à l’effet boomerang », s’inquiète un de nos interlocuteurs. Une des conséquences déjà perceptible sur le marché local, et prévisible, c'est une hausse des prix de l'huile de coco.

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