Chronique transports

Automobile: la Norvège, le royaume électrique

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Station de recharge d'une voiture électrique.
Station de recharge d'une voiture électrique. © CC0 Pixabay/Stux
Par : Marina Mielczarek
7 mn

La Norvège devient le premier pays au monde où la moitié des voitures sont électriques. À Oslo, le gouvernement a tout fait pour : taxes supprimées et incitations économiques continuent de convaincre la population. Mais s'acheter un véhicule électrique reste cher et pas toujours adapté à la géographie. 

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Si un jour, il vous prend l’envie de convertir vos habitants aux voitures électriques, voici deux recettes : offrez-leur la gratuité aux péages des centres-villes, et ensuite, la possibilité de rouler dans les couloirs de bus et de taxis.

À Olso, ça a marché ! Si bien marché d’ailleurs que pour rattraper le manque à gagner en recettes fiscales, le gouvernement norvégien vient d’annoncer le gel, pour cette année du moins, de ces deux privilèges. L’objectif n’a pas changé, 100 % des nouveaux véhicules seront électriques, à hydrogène ou hybrides.

Zéro taxe, zéro bruit, les entreprises manquent à l’appel

Outre son impact sur la pollution, les transports électriques réduisent considérablement le bruit dans les grandes agglomérations comme dans les villes moyennes. Cependant, un dernier sondage des professionnels de la route montre que les acheteurs sont des particuliers. Les entreprises privilégient les voitures diesel ou à essence.

Oyvind Solberg Thorsen, le directeur de la Fédération routière norvégienne, reste confiant puisque les allègements de taxes sur les ventes restent alléchants. « Le gouvernement et le Parlement, explique-t-il, sont sur la même lignée. Ils ont décidé de profiter des ressources en eau de la Norvège pour développer l’énergie hydraulique. Les piles pour les voitures électriques ou à hydrogène proviennent aujourd’hui et proviendront à l’avenir, de cette énergie propre. Avec des allègements de taxes, la Norvège veut encourager les ventes de véhicules propres. » 

La jeunesse en faveur du tout électrique

En Norvège, s’acheter une voiture électrique reste cher, au minimum 47 000 euros. Mais la population et surtout la jeunesse s’enorgueillissent de ce record battu. Devenir le premier pays au monde à posséder un parc automobile à près de 54% électrique est une fierté nationale. S’ils ne peuvent pas s’offrir une voiture, les étudiants et les jeunes adultes optent pour les trottinettes, les vélos électriques.

À grand renfort de publicité, le pays sait vanter sa richesse hydrique. Si les constructions de barrages et d’usines à batteries de moteurs électriques restent polluantes (avec des émissions de CO2), elles s’avèrent gagnantes sur le long terme. Toutes les études le prouvent : il n’existe pas d’énergie 100% propre.  

L’avenir de l’automobiliste : le mix énergétique   

En Norvège, même les constructeurs les plus avancés en matière de véhicules électriques le reconnaissent : l’avenir de la voiture européenne réside dans le mix énergétique. Avec, dans les dix ans à venir, l’offensive des nouveaux moteurs à hydrogène. Encore faut-il qu’ils soient fabriqués avec des usines hydrauliques.

Lorsqu’il provient d’une réaction hydraulique (à partir d’eau, et non de minerais, de pétrole ou d’autres sources thermiques), l’hydrogène passe du statut de gris au vert. Il est appelé ainsi, vert, car reconnu pour être le moins polluant. L’échappement des voitures qu’il alimentera ne sera composé que d’eau. L’Asie a signé, la Norvège remplit ses carnets de commandes : elle exportera son énergie hydraulique.    

Des super chargeurs au bord des routes

Contrairement à ses voisins européens, la Norvège a su équiper ses routes de bornes de recharges électriques. Il existe plusieurs tailles de bornes et il est prévu de développer le maillage à l’ensemble du pays. L’autonomie d’une voiture peut aller jusqu’à 400 km et le maillage s’étend sur des trajets reliant les villes.

Franck Orban, professeur à l’université d’Östfold, au sud-est du pays, s’alarme face à l’offensive du tout électrique. S’il reconnaît l’effort dans l’installation de bornes de recharges, il reste convaincu que dans un pays de fjords et de forêts, les habitants des zones les plus reculées n’opteront jamais pour ce genre de voitures :  « J’ai un sentiment partagé pour cette transition électrique. Certes, j’admire les Norvégiens, ils suivent les choix d’un gouvernement qu’ils admirent. Cependant, au nord du pays, vers la Laponie et l’ouest, la région des forêts enneigées où les hivers et les paysages sont rudes, les habitants n’auront jamais la même offre de recharges que dans les villes. Cela peut créer un sentiment de défiance entre gens des villes, l’élite d’Oslo, et les gens des contrées éloignées. »

Le 4X4 électrique, champion des ventes en 2019

D’autres voix s’élèvent en Norvège pour dénoncer les subventions publiques. Ainsi, le chercheur Bjart Holtsmark de l’institut de statistiques SSB, dénonce l’achat en masse l’an dernier de grosses voitures SUV, selon lui trop bruyantes et émettrices de particules fines. L’an dernier, le 4X4 électrique a été le véhicule le plus vendu dans le royaume.

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