Chronique transports

Train, à la recherche du bien perdu

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Un train arrive à la gare Paris Montparnasse (Photo d'illustration).
Un train arrive à la gare Paris Montparnasse (Photo d'illustration). © Martin Bureau/AFP

Une montre en or rouge de 50 000 euros, un sabre africain et des calculs rénaux alignés dans une petite boîte. A priori, aucun rapport, et pourtant si ! Ces objets figurent dans la liste des objets laissés dans des trains européens l'an dernier. La loi française donne un an et un jour au propriétaire pour réclamer son bien. Passé ce délai, l'objet pourra être récupéré par la personne qui l'a trouvé. Dans le cas contraire, il peut connaître un autre destin aux enchères.

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Oublier son violoncelle dans le train, il faut le faire ! Pourtant, c’est arrivé. Des musiciens y ont aussi perdu des trompettes, des clarinettes et des trombones. Un violon stradivarius et même des prothèses de jambes et des calculs rénaux ont déjà été retrouvés...

Mais l’histoire de train et d’instrument la plus célèbre, est sans aucun doute celle de ce grand concertiste, un vendredi soir de l’été 2012. Plus fatigué que distrait, le Suisse Alexander Dubach est descendu à Berne sans son Stradivarius. Un violon estimé à 5 millions d’euros et remis aux objets trouvés deux jours plus tard.

300 objets récoltés chaque jour

En Europe, les dépôts se ressemblent. Des rayons entiers de vêtements, de clés, d’ordinateurs, de téléphones, de peluches d’enfants. Sur les 300 objets récupérés en moyenne chaque jour, certains demeurent  plus surprenants que d'autres : œil de verre, prothèse de jambes, dentier... Un voyageur a égaré une veste de détenu d’une grande prison américaine, un autre revenu de New-York oubliant sur le siège une trousse avec des morceaux des tours jumelles détruites le 11 septembre 2001.

Perdre un objet est une chose, le retrouver en est une autre ! Un cauchemar pour Raphaël Leguin. Une aventure malheureuse sur un trajet Paris-Arcachon, a poussé ce jeune français a créer Jaidansmavalise, le premier site d’entraide et de recherche entre passagers. Le site n'a pas vocation à rentrer en concurrence avec le service de la SNCF, mais d'être complémentaire, comme le souligne son créateur :

« Tout a commencé après l’arrêt en gare de Bordeaux, raconte Raphaël Leguin. Un de mes voisins est sorti avec une valise de la même couleur et de même gabarit que la mienne. Lorsque bien plus tard, je me suis levé pour aller y chercher quelque chose, j’ai remarqué que ma valise avait bougé ! Quand je l’ai ouverte, j’ai trouvé des lunettes de piscine, un maillot de bain, l’arsenal complet d’un athlète ! Dans la mienne il y avait des gâteaux et un livre canadien. »

L’importance de l’étiquette

Avec un site internet comme Jaidansmavalise.fr, Raphaël Leguin aurait moins souffert. Non seulement il aurait évité des heures d’attente à l’arrivée, recherchant le guichet SNCF compétant, mais il se serait aussi épargné des pertes de temps et d’énergie ensuite au téléphone. Paris ou Bordeaux, le sportif de haut niveau ne s’est jamais manifesté. Leur tort est d’avoir voyagé sans étiqueter leur valise.

Un an et un jour, le trouveur devient l’inventeur

Les dépôts de la SNCF (Société Nationale des Chemins de Fer) regorgent de vêtements, de clés, de téléphones ou d’ordinateurs non récupérés. Ils seront gardés jusqu’à 3 moins avant d’être détruits. En Europe, ces délais pour objets de petite valeur varient. En revanche, pour les butins importants, le propriétaire aura 1 an et un jour pour réclamer son bien. Au-delà, la personne qui a trouvé l’objet peut le récupérer. Il devient alors son inventeur. Pendant 3 ans, il sera redevable au propriétaire si ce dernier se manifeste. Au-delà, il pourra en disposer.

Objets perdus aux enchères, l’exemple Suisse

Un autre destin, beaucoup moins connu du grand public, réside dans les Maisons d’enchères. Pour ce qui est de cette seconde vie offerte aux objets orphelins, l’efficacité suisse est encore inégalée.

Tous les suisses connaissent la vitrine colorée du magasin. Cette boutique, le Fundsachenverkauf, est unique en Europe. Ouverte à tous, donnant sur une rue desservie par tramway, elle offre des rabais sur les objets laissés dans les transports et jamais réclamés. Des vêtements, du matériel audiovisuel, des accessoires, tout a été nettoyé et désinfecté. La page internet et Facebook du Fundsachenverkauf permet aux acheteurs de commander à distance. Des ventes aux enchères y sont aussi proposées.

Jean-Philippe Schmidt, responsable du Réseau ferré suisse à Lausanne reconnaît le savoir-faire helvétique. Il estime que dans les deux ans à venir, des nouveaux programmes informatiques permettront d’analyser les informations (date, lieu, heure, nature de l’objet…) beaucoup plus efficacement :

« Aujourd’hui sur notre réseau régional de Lausanne, 10 personnes s’occupent du service Objets trouvés. Nos ventes à la boutique Fundsachenverkauf permettent de les payer. La seconde réussite en Suisse est notre numéro de téléphone spécial recherche. En cas de perte dans un train encore en route, le voyageur descendu en gare pourra joindre les contrôleurs pour qu’ils retrouvent l’objet perdu. »

Avis de recherche : 40 000 euros

Terminons le voyage avec l’anecdote de ce touriste dont on taira la nationalité, dans un train français sans carte bleue mais avec une sacoche de billets, 40 000 euros. Son petit bagage n’a jamais été retrouvé…

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