Fréquence Asie

Covid-19: «Le gouvernement chinois a peur de perdre la face»

Audio 03:28
À gauche: Chen Mei et à droite  Cai Wei. Tous les  deux attendent leur procès à Pékin - ils risquent 5 ans de prison pour avoir sauvegardé sur une plateforme américaine des articles critiquant le gouvernement chinois pour sa mauvaise gestion de la crise du Covid-19.
À gauche: Chen Mei et à droite Cai Wei. Tous les deux attendent leur procès à Pékin - ils risquent 5 ans de prison pour avoir sauvegardé sur une plateforme américaine des articles critiquant le gouvernement chinois pour sa mauvaise gestion de la crise du Covid-19. © Chen Kun

Il y a un an, dans la mégalopole chinoise de Wuhan, un virus inconnu fait rage. Dans les hôpitaux, une vague de patients atteints d’une pneumonie mystérieuse déferle. Le jeune ophtalmologue Li Wenliang alerte sur un « défi sans précédent » et succombe à son tour, le 7 février 2020, à ce virus qu’on appellera plus tard Covid-19. La situation sanitaire est chaotique, et sur le Net, les internautes expriment leur colère contre le gouvernement. Mais très vite, la machine de propagande reprend le contrôle et réécrit l’histoire.

Publicité

Une vague de répression s’abat sur ceux qui osent défier la censure. Chen Mei fait partie de ceux là – comme d’autres journalistes citoyens, il est arrêté. Heike Schmidt retrace son histoire (avec le témoignage de son frère, exilé à Paris) :

L’histoire de Chen Mei est celle d’un jeune idéaliste, disparu dans les geôles chinoises pour avoir fait connaître une vérité qui dérange. Celle des hôpitaux débordés par un virus jusque-là inconnu, le Covid-19.

On est au début de l’année 2020. Avec un ami, Chen Mei contourne la censure : sur leur site « Terminus 2049 » hébergé par la plate-forme américaine GitHub, ils sauvegardent des centaines d’articles et commentaires critiques - auparavant supprimées par la police de la toile. Chen Kun, le frère de Chen Mei, se rappelle :

Chen Kun : « On pouvait y lire des informations sur la pénurie d’équipement médical à Wuhan et dans la province du Hebei et aussi des articles qui critiquaient le gouvernement local et les autorités chinoises pour leur mauvaise gestion de la crise sanitaire et leurs tentatives de cacher ce qui se passait véritablement. Un des documents archivés et sauvegardés par mon frère racontait l’histoire d’un habitant entré secrètement dans un hôpital. Il y avait trouvé des morts qui n’apparaissaient nulle part dans les statistiques officielles. »

« Terminus 2049 » - le nom du site fait référence à un roman de science-fiction: dans ce livre d’Isaac Asimov, des savants préservent sur la planète Terminus les connaissances d’une humanité menacée. Chen Mei payera le prix fort pour avoir voulu faire de même : préserver ce que la censure chinoise avait effacé. En avril, il est arrêté, avec son ami Cai Wei. Après 54 jours de détention au secret, tous les deux sont inculpés.

Chen Kun : «Jusqu’à présent, je n’ai aucune nouvelle de mon frère. L’avocat que j’avais choisi pour le défendre a été refusé. Mon frère a été forcé d’accepter deux avocats commis d’office. Il est détenu à Pékin. (..) On l’accuse d’avoir cherché querelle et d’avoir provoqué des troubles ce qui peut lui valoir jusqu’à cinq ans de prison. »

Au moment où le petit frère de Chen Kun tente de sauvegarder les témoignages qui décrivent le chaos sanitaire à Wuhan, le web chinois pullule de créativité... et de critiques.

Chen Kun : « Après la mort du lanceur d’alerte, le docteur Li Wenliang, beaucoup de Chinois étaient en colère et postaient des commentaires et des images en réclamant la liberté d’expression. Mais ensuite, le gouvernement a repris le contrôle. Si vous dites quelque chose contraire à la propagande vous risquez de disparaître ! J’ai des amis qui ont été arrêtés juste parce qu’ils voulaient organiser une lecture de poèmes en ligne en hommage au docteur Wenliang. Le gouvernement a peur de perdre la face. Il veut faire croire que la Chine est puissante et qu’elle a remporté la victoire face à l’épidémie. »

Depuis Paris, où il vit avec sa femme et sa fille depuis septembre dernier, Chen Kun se bat pour la libération de son petit frère. Libre penseur, qui a lui-même subi interrogatoires et tortures en 2014, le dissident espère pouvoir rester en France, par crainte de disparaître à son tour, dès qu’il rentrerait en Chine. 

La Chine où la machine de propagande a pris le dessus et où son frère Chen Mei et son ami Cai Wei attendent actuellement leur procès.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail