Grand reportage

Rathlin, la petite île qui voulait atteindre la neutralité carbone

Publié le :

Il y a six ans, l’accord de Paris sur le climat fixait l’objectif de réduire à 0 les émissions mondiales de CO2 d’ici 2050. La petite île de Rathlin, tout au nord de l’Irlande du Nord, a décidé d’avancer cet objectif de 20 ans, et de devenir neutre en carbone à la fin de cette décennie, afin de se poser en modèle écologique.

La communauté de Rathlin espère faire fonctionner ses ferries à l'hydrogène, une énergie  propre, d'ici moins de dix ans.
La communauté de Rathlin espère faire fonctionner ses ferries à l'hydrogène, une énergie propre, d'ici moins de dix ans. © Emeline Vin
Publicité

De notre correspondante à Dublin,

Le Rathlin Express, un petit ferry d’une soixantaine de places, relie 5 fois par jour la petite ville de Ballycastle, à une heure de Belfast, à l’île de Rathlin. À 14 kilomètres de la côte, l’île s’est construite autour du petit port ; sa minuscule épicerie, son église, son pub et ses 150 habitants.

Le quai est surplombé par d’impressionnantes falaises. « On y a recensé plus de 200 espèces, explique Liam McFaul, le gardien ornithologique de l’île. Des guillemots, des petits pingouins, des fulmars, des macareux. » Ce dernier, petit oiseau noir et blanc au bec coloré, est une mascotte à Rathlin, mais « la population décline depuis 15 ou 20 ans », déplore-t-il.

La pollution plastique explique la disparition progressive des oiseaux marins, ainsi que le dérèglement climatique : en réchauffant la mer, il perturbe la chaîne alimentaire. L’apparition d’espèces invasives sur Rathlin, comme le rat et le furet, terminent de menacer les oiseaux.

Liam McFaul connaît par cœur l’île qui l’a vu naître… Et ses habitants à plumes. « Si notre génération ne fait rien, ils disparaîtront de la planète. Et les suivantes nous demanderont pourquoi personne ne les a protégés. » En plus de son activité d’agriculteur, il travaille pour la Royal Society for the Protection of Birds (société britannique de protection des oiseaux, RSPB) à la conservation des espèces sur l’île.

Autour du port, tous les habitants remarquent l’impact du dérèglement climatique, déjà souligné par le groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC) : l’absence de requins pèlerins cette année, l’accumulation de sargasse sur les plages et la multiplication des tempêtes, de plus en plus violentes.

Face à ces menaces, l’association communautaire de développement de Rathlin s’est donné un objectif : devenir neutre en carbone, d’ici 2030. Michael Cecil, président de l’association, compte sur l’énergie solaire ou éolienne : « On peut toujours produire de l’énergie renouvelable, mais vous ne pouvez pas la stocker et il faut toujours avoir un générateur. Si on parvient à stocker cette énergie en produisant du gaz hydrogène, alors nous aurons un approvisionnement constant. »

« L'innovation maritime n’est pas que pour les grandes entreprises... »

La technologie de l’hydrogène est encore balbutiante, mais l’association est sur le point de finaliser ses études comparatives, pour un début de projet pilote l’an prochain (2022), qu’il espère voir financé par le gouvernement local… Avec 14 tonnes de CO2 par an et par habitant, Rathlin émet presque deux fois plus que le reste du Royaume-Uni, principalement à cause des traversées en ferries. Michael Cecil espère « faire fonctionner les ferries, les véhicules, chauffer nos maisons avec l’hydrogène », mais les habitants devront renoncer à leurs vieilles voitures et faire réisoler les habitations.

Près de la plage, le magasin de souvenirs a abandonné le plastique. Dans le port, une nouvelle entreprise a vu le jour : Islander Rathlin Kelp. Sa fondatrice, Kate Burns, a eu l’idée de produire du varech alimentaire : « Il absorbe le carbone et peut résoudre certains problèmes de production alimentaire mondiale ». L’ancienne consultante a dû tout apprendre, sur le tas : « Je voulais montrer que l’innovation maritime n’est pas que pour les grandes entreprises, elle doit aussi fonctionner pour les petites communautés ».

Bottes en plastique et marinière, elle admet que « [son] bateau possède un vieil engin de tracteur », et que, pour atteindre la neutralité carbone, il faudra en changer. « Ça va coûter cher et la technologie n’est pas encore au point. Mais évidemment, nous voulons pouvoir aller récolter notre varech sans rien émettre. »

À la clé de la neutralité carbone : un atout touristique. 7 visiteurs sur 10 viennent à Rathlin pour les oiseaux, et pour profiter de ce petit bout de terre escarpé. « Nous espérons proposer une traversée en ferry sans émission, des logements, des transports sur l’île aussi verts que possible, détaille Michael Cecil, de l’association communautaire. C’est ce que voudront les touristes, ça va jouer en faveur de Rathlin. »

Le président espère aussi, évidemment, se poser en modèle. « Ce serait tellement plus simple de laisser faire les autres. Mais si nous, à Rathlin, nous pouvons y arriver, alors tout le monde peut le faire. » Selon le GIEC, les petites îles comme Rathlin sont les plus menacées par le dérèglement climatique.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Suivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI