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Invité Afrique

Ahmedou Ould Abdallah: l’indépendance mauritanienne, «l’affirmation de notre identité»

Audio 04:01
Mauritanie : Ahmedou Ould Abdallah, ancien ministre des Affaires étrangères du président Ould Daddah, ancien représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest.
Mauritanie : Ahmedou Ould Abdallah, ancien ministre des Affaires étrangères du président Ould Daddah, ancien représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest. © UN Photo/Eskinder Debebe

La Mauritanie commémore ce samedi 28 novembre le 60e anniversaire de son indépendance. C’était le 28 novembre 1960, après 60 ans de colonisation française. Une indépendance proclamée à Nouakchott par le président Mokhtar Ould Daddah. Ahmedou Ould Abdallah avait 20 ans à l’époque. Ancien ministre des Affaires étrangères du président Ould Daddah, ancien représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest, il revient sur le parcours du pays ces dernières décennies. Il est l’invité de Charlotte Idrac.

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RFI : D’abord, est-ce que vous pouvez nous montrer les deux médailles que vous avez là sur votre table ?

Ahmedou Ould Abdallah : Il y a deux médailles. La première médaille a été donnée aux invités le 28 novembre 1960, à l’époque j’étais guide du prince Aga Khan Et l’autre médaille, c’est celle du 15e anniversaire. C’est très important parce qu’il n’y a pas d’histoire sans support. Le père fondateur Mokhtar Ould Daddah tenait beaucoup à des symboles qui vont rester et qui marquent l’histoire.

Ce 28 novembre 1960, vous le disiez, vous étiez guide, vous aviez tout juste 20 ans ?

Oui, le 28 novembre je me souviens parfaitement, c’était un lundi et, contrairement au jour précédent, il n’y avait pas de vent de sable,  donc je me sentais absolument comblé de voir toutes ces grandes personnalités historiques du pays comme les émirs du Tagant, des grands chefs de Néma, Timbedra, Aïoun, Kiffa, Aleg, Atar, Nouadhibou, Boutilimit, ainsi de suite... Il y avait aussi le Premier ministre Michel Debré, il venait affirmer le support de la France à la Mauritanie naissante.

Est-ce que c’était une atmosphère de fête ou une atmosphère solennelle ?

Il y avait des deux, pour le président Ould Daddah c’était solennel, il était ému, mais pour la plupart des Mauritaniens surtout les notables traditionnels c’était un moment intéressant de se rencontrer et d’affirmer qu’ils sont Mauritaniens. Ils savaient ce qu’ils étaient et, comme nation, j’ai l’impression que c’était nouveau et le slogan était de Ould Daddah : « Faisons ensemble la patrie mauritanienne ». J’étais heureux et fier : on avait notre drapeau - que j’espère revoir de nouveau, il a été modifié récemment -, et c’est la première fois que je voyais en chair et en os les grandes personnalités de l’époque. C’était impressionnant.

Donc, beaucoup d’espoir ce jour-là…

Beaucoup d’espoir et surtout j’étais convaincu que dans la décennie, nous allions rattraper physiquement la France sur le plan économique. Finalement 60 ans après, je vois qu’il y avait beaucoup de naïveté, je vois aussi que l’Histoire est un long chemin.

Vous évoquiez l’enthousiasme que vous avez ressenti à l’époque, pourtant le Maroc s’est opposé à cette indépendance de la Mauritanie, il a fallu attendre 1969 pour une reconnaissance, il y avait donc un courant qui n’était pas favorable à l’indépendance ?

La très grande majorité des Mauritaniens étaient avec Ould Daddah pour l’indépendance. Mais le Maroc a revendiqué la Mauritanie à cause des Mauritaniens, je veux dire par là que nous avons des personnalités éminentes dont l’émir du Trârza, l’une des plus anciennes familles de ce pays, deux ministres en fonction qui ont quitté le gouvernement pour aller faire allégeance au Maroc.

Est-ce que vous pourriez nous décrire Mokhtar Ould Daddah, considéré comme le père de cette indépendance mauritanienne ?

Mokhtar Ould Daddah, exprimait par excellence ce côté de la tradition mauritanienne : la modestie. Il croyait profondément en la Mauritanie quelles que soient les régions, les appartenances comme on dit maintenant ethniques et linguistiques. Il n’était pas régionaliste de son temps, il n’était pas dans nos habitudes, dans nos comportements, dans notre culture, de demander à quelqu’un de quelle région il venait ou de quelle famille il venait.

Vous évoquiez tout à l’heure les espoirs que vous aviez en 1960. Alors 60 ans après ?

Les espoirs déçus, c’est par exemple cette absence d’intérêt pour la modernité. Je trouve dommage que la Mauritanie n’attache pas une importance à l’urbanisation de la ville de Nouakchott. Le fait que nous puissions penser que nous allons nous développer par nos propres moyens et que beaucoup de l’élite gardent encore une mentalité de guerre froide contre la présence d’investisseurs étrangers me préoccupe. Je souhaite que la Mauritanie s’ouvre davantage aux investisseurs privés comme résidents dans ce pays.

 

 

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